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«Il faudrait des états généraux de la fiction française»

D.H. Il faut effectivement retrouver une certaine fraîcheur, revenir aux sources. J'en prends pour preuve le succès des concerts, même s'il faut maintenant s'attaquer au prix des places, qui sont trop chères.

Vous connaissez bien le marché télévisuel américain pour avoir tous deux longtemps vécu aux États-Unis. Qu'avez-vous appris des Américains?

C.V. Que ce n'est pas parce qu'on a beaucoup d'argent qu'il faut faire tout et n'importe quoi. La liste est longue des Français qui se sont fait plumer par excès d'arrogance. Les grands studios de production américains sont des usines à fric au mode de fonctionnement assez obscur. Ils n'ont pas leur pareil pour vous facturer des décors ou des services bien au-dessus de leurs coûts réels !

Quelles sont les tendances du marché américain en matière de programmes ?

C.V. Le changement majeur porte sur les formats. Les grands studios ont pris conscience que la capacité d'attention des téléspectateurs avait changé. Ils travaillent sur des formats plus courts, plus diversifiés, sans tabou. Les Américains ont par ailleurs une formidable capacité à sortir des têtes nouvelles. Certaines stars les mieux cotées aujourd'hui étaient inconnues il y a seulement cinq ans. En France, on tourne avec les mêmes depuis des années... Là-bas, un ex-rappeur et mannequin peut devenir le producteur le plus en vue d'Hollywood sans que cela ne gêne personne.

Comment analysez-vous l'évolution du paysage audiovisuel français au regard de l'américain, qui a toujours eu une longueur d'avance.

C.V. Je ne suis pas surpris que les grandes chaînes comme TF1 soient à la peine. Prenez les grands réseaux américains, tels NBC, CBS ou ABC. Il y a longtemps qu'ils ont compris que le paysage allait changer en même temps que l'explosion de l'offre. Tous les réseaux se sont diversifiés dans des chaînes plus segmentantes, comme MSNBC, CNBC, sans parler de leurs sites Internet. Ils ont compensé d'un côté ce qu'ils perdaient de l'autre. TF1 a été plus lent à se diversifier, y compris en dehors de la France. Par bien des côtés, une radio comme RTL est plus connue à l'étranger que la Une.

Quel regard portez-vous sur les programmes télévisuels en France ?

C.V. Il faudrait pouvoir remettre à plat toute la fiction française, organiser des états généraux. J'ai regardé Henri IV, l'autre soir, une production à plusieurs millions d'euros. C'est un peu l'archétype de la vieille fiction, dans un certain système. Mettez une série comme Les Experts à 150 000 euros l'épisode en face : il n'y a pas photo. En France, on arrive au bout d'un modèle. Or, c'est la fiction qui fait les grandes audiences, pas la variété.

Que préconiseriez-vous ?

C.V. Pour commencer, il faudrait que les professionnels Français soient plus présents à Hollywood, avec des équipes permanentes auprès des scénaristes, des producteurs, pour essayer par exemple de glisser des acteurs français dans les productions internationales. Les chaînes françaises pourraient imposer des histoires plus en phase avec le marché européen. Elles en ont la légitimité. Les Américains sont pragmatiques, ils savent où est leur intérêt. Et ne me dites pas que c'est impossible. Les Anglais et les Latinos ont bien réussi, eux. Quand Antonio Banderas est venu à Hollywood, il parlait à peine anglais. Il est devenu l'un des acteurs les plus «bankable».

Le public français a peut-être envie de voir autre chose que des séries ou des films américains avec pour décor des villes américaines...

D.H. C'est peut-être davantage une question de forme que de fond. C'est majeur, la forme. Car ce ne sont pas les sujets franco-français qui manquent. Nous travaillons actuellement à une série sur les compagnons de la Libération. Il n'y a pas plus français, comme sujet...

C.V. Ce sont effectivement des histoires merveilleuses de héros. Sauf que, sur la forme, on essaie de traiter le sujet en s'inspirant de ce qui se fait de mieux en matière de fiction : le rythme, les scénarios, etc. Pensez qu'il a fallu que ce soit Spielberg, un Américain, qui fasse La Liste de Schindler, l'une des plus incroyables histoires de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ne nous intéressons nous pas à des sujets comme cela ? D'une manière générale, l'accès à la fiction française est bloqué. Je vous mets au défi de vendre un tel sujet aux chaînes françaises. C'est l'humiliation assurée. Mais nous croyons qu'il est possible de changer les choses. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls, heureusement.


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Cyrile Viguier, David Hallyday, production, fiction, émissions, Hollywood

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