MARKETING COMMUNICATION MEDIAS
Marques
Agences
Médias

Date de parution :


Plan de la rubrique Médias
Voir les dossiers Médias
Votre Flux Rss Stratégies Médias
Accueil > Actualités > Médias > Le pactole, et après ?

Le pactole, et après ?

29/01/2009 - En signant un chèque de 600 millions d'euros pour la presse, Nicolas Sarkozy sera-t-il le sauveur d'un secteur en péril ? Ou le médecin qui repousse le mal sans le soigner ?

Difficile de trouver un éditeur qui ne loue pas «la grande générosité dans les aides» dont a su faire preuve, le 23 janvier, Nicolas Sarkozy, en débloquant 600 millions d'euros sur trois ans en faveur des journaux. Renonçant à toute modification des règles de concentration, le chef de l'Etat s'est montré soucieux d'apporter son soutien à une presse en crise après 10,5 milliards d'euros injectés pour les banques et 6 milliards pour l'automobile. Ces 600 millions sont une bouffée d'oxygène pour un secteur qui collecte, jusqu'à présent, 280 millions d'euros d'aides directes. Mais ce pactole va-t-il vraiment servir à quelque chose ? Etat des lieux des mesures de soutien.

Les aides financières : un cadeau empoisonné ?

Le plan Sarkozy reprend d'abord les mesures d'urgence synthétisées par Bernard Spitz en conclusion des états généraux : un moratoire d'un an avant la hausse des tarifs postaux. Soit une ardoise de 24 millions d'euros effacée en 2009 des comptes des éditeurs. Quant au doublement des investissements en communication dans la presse, soit quelque 20 millions, il procède d'une redistribution entre médias. Son coût est donc nul pour l'Etat, tout comme l'extension au hors-médias et à Internet de la loi Sapin. De plus, les particuliers seront incités à faires des dons aux entreprises de presse (y compris celles en ligne) via des déductions fiscales (66%).

Les +. Le report de l'inflation tarifaire de La Poste, conclu cet été avec l'Etat, tient compte de la nouvelle conjoncture économique. Côté dépenses en communication de l'Etat, la presse ne reçoit actuellement que 16% de l'enveloppe : un doublement la rapprochera de son poids réel. Côté loi Sapin, «cela devrait amener les agences à ne pas défavoriser les médias pour aller vers le hors-médias», observe Etienne Mougeotte, directeur des rédactions du groupe Figaro.

Les -. Le soutien publicitaire existe aussi dans d'autres pays, comme la Belgique, mais il est rare qu'il coïncide avec des aides directes. Selon Frédéric Filloux (mondaynote.com), le montant total des aides en France atteint même 1,2 milliard d'euros (si on inclut allégements de taxes et abonnements à l'AFP). Or, ce montant n'a cessé de progresser entre 2003 et 2007 : +71% en France, contre 21% de hausse en Suède alors que notre pays a 2,9 fois moins de lecteurs de quotidiens. Conclusion de Frédéric Filloux : les aides font perdurer un système déficient, créent une dépendance et empêchent de renouveler l'offre.

La distribution : jusqu'où aller ?

Nicolas Sarkozy a annoncé une exonération de 30% des cotisations pour les marchands de journaux. La mesure est «temporaire», en attendant que la profession augmente les rémunérations des diffuseurs, mais le coût pour l'Etat atteint quand même 60 millions d'euros. Parallèlement, l'aide directe au portage passera de 8 à 70 millions d'euros, les charges patronales étant supprimées pour tout emploi d'un porteur rémunéré au Smic. Sarkozy s'est déclaré favorable à la création de nouveaux points de vente et à l'idée d'accueillir des présentoirs de gratuits pour les diffuseurs qui le souhaitent. La presse quotidienne régionale (PQR) est incitée à mettre à disposition des quotidiens nationaux son réseau de distribution.

Les +. L'engagement de l'Etat pour le portage est réel. Or, c'est dans les régions où le portage est développé que la presse quotidienne se porte bien. De même, le coup de pouce aux diffuseurs ne peut que les aider à tenir la tête hors de l'eau. Nicolas Sarkozy a bien compris qu'il fallait passer d'une culture de la manutention d'invendus à une dynamique de vendeur.

Les -. Le caractère temporaire de la mesure en faveur des marchands de journaux suppose que les éditeurs trouvent les moyens d'investir dans leur réseau de diffusion. Les autres points sont plus controversés. «Les gratuits dans les kiosques, c'est une idée qui ne me plaît pas du tout», lance Bruno Frappat, PDG de Bayard. De même, certains éditeurs de PQR ne croient pas à une mesure offrant un boulevard à des quotidiens nationaux, qui sont malgré tout des rivaux. Quant à Claude Perdriel, propriétaire du Nouvel Obs, il se méfie du lobbying en faveurs d'une sélection de titres à gros tirages dans les grandes et moyennes surfaces (GMS).


Page 1/2
Déontologie : le sujet qui fâche

Le 23 janvier, Nicolas Sarkozy s'est bien gardé de se mêler des règles déontologiques de la profession. Tout juste a-t-il estimé que la création d'un «observatoire des pratiques de presse», préconisé par le pôle de François Dufour, ne pouvait relever que d'un consensus. S'il peut se justifier de sanctionner deux ou trois cas «scandaleux» par an, le chef de l'État suggère de «ne pas mettre en cause la liberté de ce qui va bien pendant toute l'année».

À la création d'un conseil de presse, Nicolas Sarkozy préfère donc la solution suggérée par Bruno Frappat : l'élaboration par un comité des sages d'un code de déontologie, qui serait «soumis à la concertation en s'appuyant sur les textes existants». Il est également conseillé d'accoucher d'une charte éditoriale par titre : ce serait «l'instrument d'une plus grande confiance entre le lecteur et son journal» ainsi que «l'occasion d'un échange entre la rédaction et l'éditeur».

Si Nicolas Sarkozy a donné le sentiment de faire la synthèse des différentes options pour esquisser une voie médiane, la question de la déontologie reste néanmoins en suspens. Alors que la reconnaissance juridique des rédactions, réclamée par les sociétés de journalistes, est écartée par le chef de l'État au motif qu'elle ferait fuir actionnaires et investisseurs, il est recommandé de mettre en place un système qui respecte l'indépendance éditoriale.

Pourtant, l'exécutif n'a retenu qu'une très faible partie des recommandations de la commission Dufour, dont une bonne partie des travaux portait sur la déontologie. Ainsi, les chartes éditoriales ne seront pas obligatoirement inscrites dans l'ours [encart dans un journal contenant notamment les mentions légales], mais renvoyées à une consultation en ligne. De même, il n'est plus question de séparer les fonctions de directeur de la publication de son homologue à la rédaction : «C'est pourtant une règle de base de l'indépendance des journalistes, insiste François Dufour. Le premier s'occupe des annonceurs, le second des lecteurs.» Mais une telle mesure aurait pu indisposer au Monde, au Nouvel Observateur, au Point, à Libération ou à Ouest France...

Envoyer par email Réagir à cet article Créer un lien sur votre blog Imprimer
Vos commentaires

Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire : Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Plus d'informations sur Stratégies.fr

Dossiers :
Presse : le plan de relance de Nicolas Sarkozy

STRATEGIES SERVICES