
15/10/2009 - Ces nouveaux récits multimédias, qui redonnent un souffle créatif aux médias, pourraient s’étendre à la fiction. Leurs diffuseurs ? Autant Arte ou Canal+ que lemonde.fr.
«Vous avez décidé de mener une enquête sur l'obésité.» Ainsi commence le tout nouveau Web documentaire du photographe Samuel Bollendorf. Le but : permettre à l'internaute de mener sa propre enquête au sein même du documentaire. Et pour cela, l'auteur de The Big Issue, diffusé sur Curiosphere.tv, le site de France 5, ne s'interdit rien : du texte plein écran, de la photo mêlée à du son. Une écriture multimédia qui donne un sacré coup de vieux au documentaire télé.
Il faut dire que Samuel Bollendorf n'en est pas à son premier essai. Son Voyage au bout du charbon diffusé en 2008 sur lemonde.fr avait marqué les esprits. Depuis, des récits multimédias ont éclos ici et là, grâce à d'autres pionniers comme Arte.
Depuis son Web docu Gaza/Sderot (production Upian) en 2008, la chaîne n'a pas déserté le genre : deux opus, Cuba/Miami (prod. Alegria) et Prison Valley (prod. Upian) seront diffusés début 2010. Entre-temps, Canal+ promet, elle, de transformer l'internaute en acteur de sa prochaine enquête, Le Challenge, mise en ligne mi-novembre.
Depuis plus de six mois, cette nouvelle fenêtre d'expression est vécue comme une bouffée d'air frais par des professions quelque peu «sinistrées». Photographes, journalistes et réalisateurs voient dans cet objet multimédia un moyen de réaliser leurs idées les plus audacieuses. En témoignent les nombreuses réponses reçues par l'appel à projets lancé par France 5 et la société de production Narrative. «Nous allons dresser les portraits d'un nouveau monde à travers une série de vingt-quatre Web documentaires», explique Laurence Bagot, cofondatrice de Narrative. Première diffusion : Le Journal d'une concubine d'Axelle de Russé, Marina de Russé et Elsa Fayner en février 2010.
Un genre pas vraiment «low cost»
Pourquoi les chaînes s'intéressent-elles au genre ? Au-delà d'une image de marque à défendre, le Web docu serait-il la solution de repli des chaînes face à la crise ? Pas vraiment. Si la tentation d'une production Web «low cost» a dû en effet effleurer certains diffuseurs télé, ces récits multimédias restent dans l'ensemble des objets assez coûteux. «Un projet comme Gaza/Sderot a coûté autour de 216 000 euros», témoigne Alexandre Brachet, producteur et fondateur d'Upian.
«L'échelle de prix est très large, avec un démarrage à 10 000 euros. Tout dépend de l'ambition du projet», confie Boris Razon, rédacteur en chef du monde.fr. Le site, à la fois coproducteur et diffuseur, lancera d'ailleurs en novembre deux récits multimédias, autour de la chute du mur de Berlin et sur le catch.
L'appel à projets de France 5, lui, est doté de 480 000 euros. «C'est le plus gros budget consacré jusque-là par une chaîne à ce type de production», souligne Pierre Block de Friberg, responsable du pôle documentaire de la chaîne. Dans cette somme, 100 000 euros proviennent du Centre national du cinéma, qui soutient depuis deux ans les Web productions.
(encadré)
La fiction à la traîne
Côté fiction, la mécanique Web n'est pas encore aussi avancée. Plusieurs Web séries ont déjà été produites, mais la fiction long format traîne la patte. «Certains producteurs, globalement assez jeunes, s'y intéressent. Des projets se font parfois en complément d'une fiction diffusée à la télévision, explique l'auteur et scénariste Elsa Marpeau. Mais, là aussi, le modèle économique reste à inventer.» En effet, tourner des fins alternatives – donc des scènes supplémentaires – coûte logiquement plus cher. Canal+, déjà engagée sur un projet pour le premier semestre 2010, réfléchit à plusieurs types de revenus. Selon Cécilia Ragueneau, directrice des nouveaux contenus de la chaîne, cette dernière ne se dit pas «hostile à des coproductions avec des annonceurs, mais en toute liberté.»
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