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Prisa se cabre contre Zapatero

international

05/11/2009 - Longtemps seul à gauche de la scène médiatique et autour des terrains de football, le groupe de presse doit désormais compter avec Mediapro, proche du gouvernement et nouveau détenteur des droits de la Liga.

Une «république bananière». Ce n'est pas l'opposition conservatrice à José Luis Rodriguez Zapatero qui lance cette féroce attaque contre le gouvernement espagnol, mais bien le directeur général du groupe Prisa, Juan Luis Cebrián, pourtant allié de longue date des socialistes. Ce géant de la communication et de l'édition, propriétaire d'El País et actionnaire du Monde, fut longtemps le seul groupe à régner au centre-gauche en Espagne. Jusqu'à ce qu'un trublion catalan, Mediapro-Imagina, fasse irruption sur son terrain et ouvre une brèche dans les rapports avec le gouvernement.

Fondé en 1994, Mediapro (les fondateurs détiennent 60% du capital tandis que WPP et Torreal possèdent 20% chacun) est encore loin des résultats de Prisa : 151 millions d'euros d'Ebitda en 2008, contre 948,3 millions pour l'éditeur d'El País. Mais il a de l'appétit et compte rapidement doubler ce chiffre. En face, Prisa est asphyxié par une dette de cinq milliards d'euros et devra s'acquitter en mars 2010 d'une échéance de près de 2 milliards. Sa décision récente de vendre une part de capital de deux sociétés (éditions et télécommunications) devrait à peine adoucir la facture. À moins qu'il ne parvienne à vendre Sogecable (Canal+ Espagne, le bouquet Digital+, la chaîne gratuite Cuatro) à Vivendi…

Producteur du dernier Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona), Mediapro le Barcelonais jouit d'une image «fraîche» face à son rival plus que trentenaire. Le madrilène Prisa est proche de la génération de socialistes des années 1980 tandis que l'on chuchote que Mediapro a une ligne directe avec l'entourage du jeune Zapatero, d'ailleurs supporteur du Barça.

Le duel entre les deux groupes se joue sur de nombreux supports : la télévision en clair depuis 2005, où s'opposent Cuatro (Prisa) et La Sexta (Mediapro), et la presse depuis le lancement par Mediapro en 2007 du quotidien Público, le premier depuis longtemps à se lancer sur les terres d'El País.

Tacles autour du ballon rond

Mais c'est le football qui suscite la bataille la plus acharnée. Alors que Prisa régnait depuis des années sur sa diffusion à travers la plate-forme numérique Digital+ , l'irruption de Mediapro, nouveau propriétaire des droits télévisés des meilleures équipes espagnoles en plus de ceux de la Formule 1 et des droits mondiaux de basket européen, a révolutionné le marché. Après une guerre des retransmissions qui a secoué les téléspectateurs pendant deux ans, les deux rivaux sont finalement parvenus à un accord de diffusion à la rentrée, moyennant une note salée pour Sogecable.

Mais c'est encore le ballon rond qui provoque, depuis août, la rage de Prisa. Les ministres approuvent alors un décret urgent, une procédure exceptionnelle, autorisant la création de chaînes de TNT payantes. Coïncidence ? Mediapro est presque la seule dans les starting-blocks. Il s'en faut de quelques jours avant qu'elle lance Gol Televisión, où les matchs de la Liga sont offerts à meilleur marché que chez Sogecable. «Interventionnisme sans vergogne», s'indigne immédiatement Juan Luis Cebrián sur les ondes de sa propre radio, en affirmant que le décret «n'a aucun sens sauf à aider (ses) amis.» «Nous sommes passés d'un monopole des droits du foot vieux de vingt ans à un autre», reconnaît Juan Varela, journaliste indépendant. «Mais les téléspectateurs au moins en sortent gagnants : les prix ont déjà baissé et les supports de diffusion se sont multipliés.»

Depuis, les attaques virulentes contre M. Zapatero et sa gestion de la crise se succèdent dans les médias de Prisa. La direction d'El País défend ses critiques, arguant qu'elles précèdent l'affaire TNT et sont justifiées au vu du profond déficit et des 18% de taux de chômage frappant l'Espagne. Mais beaucoup devinent aussi le nom de Mediapro entre les lignes acerbes. L'indignation publique de M. Cebrián est en tout cas hardie puisque l'expansion de Prisa dans les années 1980 et 1990 a pu s'appuyer sur des décisions bienveillantes de précédents gouvernements socialistes…


Elodie Cuzin, à Madrid
Information traitée dans Stratégies Magazine n°1564

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