
05/11/2009 -
«Dans les années à venir, les journaux n'auront pas d'autre choix que de se mutualiser, car leur contenu est identique.» Voilà la conclusion, lapidaire et provocatrice, à laquelle est parvenu Alain Minc (AM Conseil), qui s'exprimait le 16 octobre lors d'un colloque NPA Conseil sur le thème «Écrans, réseaux contenus, les questions clés pour 2010». «Je pense surtout aux sites des hebdomadaires, qui reprennent énormément de dépêches et dont la fusion me paraît inéluctable», précisait-il.
Le futur serait-il donc aux plates-formes d'information? Les professionnels sont circonspects. «C'est vrai que du fait de l'utilisation de dépêches, on peut avoir le sentiment que les sites se ressemblent: on y retrouve les mêmes informations, parfois les mêmes photos, reconnaît Philippe Mathon, rédacteur en chef du Point.fr. Et les exemples venus d'outre-Atlantique ne sont pas encourageants: le site du New York Times, pourtant excellent, voit chaque mois ses recettes publicitaires diminuer un peu plus.»
Mais «si l'idée d'Alain Minc est de dire qu'il faut constituer un flux d'information commun, cela existe déjà et cela s'appelle l'AFP, lâche Corinne Denis, directrice des éditions électroniques de L'Express-L'Expansion. Certes, juste après un événement, nous allons tous sortir la même dépêche. Mais une heure après, chacun aura sa manière d'aborder l'information.»
Bref, le Google News de la presse française, ce n'est pas pour tout de suite. «Les marques de presse restent fortes, y compris sur Internet, estime Corinne Denis. Il existe un contrat de lecture entre une marque et son public sur le Web, tout comme il existera un contrat de lecture sur les mobiles. Et si les recettes ne sont pas encore au rendez-vous, nous avons trouvé l'audience, et nous ne sommes pas près de la lâcher.»
Bataille d'audience
Les lecteurs ont-ils besoin d'autant de marques de presse, surtout dans le domaine des news magazines? C'est la question que pose Pierre-François Colleu, président de la société de consulting Media Market Factory. Il rappelle le temps, dans les années quatre-vingt-dix, où Le Point et L'Express appartenaient au même propriétaire, Occidental Média, et où l'on se demandait s'il n'y avait pas un news de trop en France. «Lorsque l'on se penche sur l'offre éditoriale de L'Express, du Point et du Nouvel Observateur, on constate une duplication des sujets», souligne-t-il.
Il est vrai que le ciel s'assombrit pour les news magazines. Leurs indicateurs – diffusion et publicité – ne sont pas au beau fixe (lire le tableau). Le marché pourra-t-il continuer à soutenir autant de titres? «Le marché publicitaire n'est pas extensible et paraît durablement fermé, note Pierre-François Colleu. De plus, les news historiques sont concurrencés par des titres plus récents comme Marianne, ou des hebdomadaires comme Paris Match, qui a un positionnement très proche, du moins d'un point de vue publicitaire.» Selon lui, c'est certain, «on va assister à une bagarre de l'audience dans les années à venir.»
Il est vrai que la situation outre-Atlantique n'incite pas à l'optimisme. Malgré une diffusion à 900000 exemplaires, Business Week a été racheté pour une bouchée de pain par l'agence Bloomberg : 5 millions de dollars, alors que le magazine avait été évalué à 1 milliard de dollars il y a 10 ans... Et le prestigieux Time pourrait être mis en vente par Time Warner, avec des recettes publicitaires en baisse de 26 %…
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