
12/11/2009 - Le site français du magazine de mode, qui fait la part belle aux nouveaux talents du Web, s'adresse à une audience triée sur le volet.
La fameuse Carrie Bradshaw, héroïne de Sex & The City, avoue dans un épisode de la série s'être privée de nourriture dans sa jeunesse désargentée afin de pouvoir s'abîmer dans la lecture de son magazine favori: Vogue. «Je préférais acheter Vogue plutôt qu'à manger: cela me nourrissait plus», raconte la «fashion victim».
C'est bien pour satisfaire l'appétit jamais rassasié de mode de ses lectrices que l'édition parisienne du magazine créé en 1920 a entièrement relooké son site, vogue.fr. Depuis le 22 octobre, celui-ci arbore de nouveaux atours: «Nous avons voulu recréer sur notre site l'expérience du "glossy" [nom donné par les Anglo-Saxons aux magazines haut de gamme en papier glacé]», explique Carole Zibi, directrice générale des activités Internet du groupe Condé Nast France.
Aux États-Unis, le titre dirigé par la terrible Anna Wintour n'a pas de site propre: son contenu est décliné sur un portail, style.com. «En France, nous avons choisi de ne pas créer de portail, car la marque y est très prospère, avec une diffusion de 140000 exemplaires», souligne Carole Zibi.
Ce n'est rien de dire que la lectrice de Vogue est une droguée de mode. Dans un sondage réalisé par Condé Nast, il apparaît que le shopping est son premier centre d'intérêt, avant le cinéma, les livres ou la cuisine. En tout cas bien avant les plaisirs de la chair, qui n'apparaissent qu'en onzième position, juste devant le bricolage et les jeux vidéo. Diable!
Contenu ludique et viral
Si les Vogue-addicts sont du genre à prétexter des migraines, elles ne se torturent pas le cerveau lorsqu'il s'agit de leur plus grande passion: les chaussures. Car elles se disent pour 78% totalement accros et sont prêtes à mettre en moyenne 196 euros dans une paire… «Nous allons d'ailleurs, en plus du nouveau site, lancer une application Iphone dans laquelle on pourra trouver une rubrique "It Shoes"», annonce Carole Zibi.
Pour l'heure, le site piloté par Joseph Ghosn, un ancien des Inrocks qui chapeaute également le portail menstyle.com (regroupant AD et GQ), fait la part belle aux personnalités des médias, comme mademoiselle Agnès ou Alexandra Golovanoff, et aux blogueurs. L'une des rubriques phares de vogue.fr est tenue par la blogueuse star Garance Doré, qui raconte ses rencontres avec les muses de la mode comme Carine Roitfeld, papesse du Vogue français.
Garance Doré, suivant l'exemple de son compagnon Scott Schuman, qui anime le blog The Sartorialist, s'est fait connaître pour ses photos de passants ultralookés. Une nouvelle manière de parler chiffons. Depuis l'apparition de ces rédacteurs de mode venus de la rue, peut-on discourir sur la mode de manière moins corsetée? «Nous essayons en tout cas de produire un contenu ludique et très viral», souligne Joseph Ghosn.
Un exemple ? Le compte Twitter de Vogue, qui délivre des informations du genre «Accordez vos bijoux à vos ongles» ou encore «Le look du jour: Agyness Deyn s'inspire de Twiggy» est le premier Twitter média avec 38 000 «followers», ce qui en fait le sixième Twitter français. «Twitter, c'est vraiment un vecteur d'influence, souligne Carole Zibi. Nous sommes suivis partout dans le monde.»
Vogue.fr est actuellement fréquenté par 296000 visiteurs uniques. Avec la nouvelle mouture, Condé Nast espère séduire 400000 à 500000 visiteurs. Mais pas plus. «Plus on fait de l'audience sur un site féminin, plus on baisse en âge et en CSP+, et nous ne le souhaitons pas, c'est pourquoi nous n'escomptons pas 1 million de visiteurs uniques», constate Carole Zibi. Le club des accros de la chaussure doit rester fermé.
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