
10/12/2009 - Les éditeurs commencent à faire front commun. Mais la position dominante du moteur de recherche rend les négociations difficiles.
«Voleur», pour Rupert Murdoch, le patron de News Corp, «kleptomane» pour Gavin O'Reilly, PDG du groupe de presse irlandais Independent News & Media. Les noms d'oiseaux à l'adresse du puissant moteur de recherche Google ont volé ces dernières semaines parmi les éditeurs de presse.
Depuis la sortie véhémente du patron de News Corp, qui a récemment menacé Google de retirer l'ensemble de ses titres de presse de son référencement pour en donner l'exclusivité à son concurrent Bing, le moteur de recherche de Microsoft, la fronde a pris une dimension mondiale.
Au cœur de la polémique, le modèle du service de recherche d'actualité de Google, qui propose des résumés d'articles tirés de quelque 20 000 sites d'actualité dans le monde. Si pour lire la totalité de l'article, l'internaute doit basculer vers le site de l'éditeur, nombreux sont ceux se contentant de rester sur les pages de Google Actualités, qui revendique en France près de 6 millions de visiteurs uniques par mois.
Pour les éditeurs, ce renvoi d'audience n'est plus une compensation suffisante, d'autant que les recettes publicitaires en ligne sont en grande partie absorbées par Google qui s'arroge «entre 50 et 70% du gâteau publicitaire», dénonce Philippe Jannet, PDG du Monde interactif, sans partage avec les éditeurs dont on cite les contenus.
Une emprise extrêmement puissante
«On ne peut plus produire l'information gratuitement», tranche Denis Bouchez, président du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN). Face à ce constat, les quotidiens réunis au sein du SPQN ont entamé un lobbying actif pour proposer un nouveau modèle de presse en ligne. Des propositions communes ont notamment été transmises à la commission Zelnik, chargée par le ministère de la Culture de réfléchir au développement d'offres légales en ligne. Les éditeurs de quotidiens régionaux sont eux aussi entrés en réflexion sur le sujet.
Les plaintes communes d'éditeurs ont commencé à porter leurs fruits car Google a fait quelques concessions. Mais reste qu'avec une part de marché de la recherche en ligne proche de 90% en France, son emprise reste extrêmement puissante. «Qu'un quotidien décide de sortir de Google alors que son concurrent Bing représente à peine 3% du marché est un non sens», reconnaît Philippe Jannet, qui déclare tirer de Google 14% de l'audience du site lemonde.fr.
Meilleur contrepoids face au leader, l'alliance prévue en 2010 entre les moteurs de recherche de Microsoft et de Yahoo ne représenterait qu'un peu plus de 5% du marché en France… «Il faut un peu de concurrence pour que les éditeurs retrouvent de la marge de manœuvre», concède Olivier Marcheteau, directeur général «consumer & online» de Microsoft.
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