
04/02/2010 -
Et si on pariait sur l'intelligence ? Dans l'univers des médias, la suggestion est moins iconoclaste qu'il n'y paraît. Car il n'y a pas que les grosses machineries abrutissantes qui captent de l'audience ou même, simplement, l'intérêt d'un public : dans un univers de choix où la sélection et les contenus à la demande prennent de plus en plus de poids, le consommateur médias est plus actif que passif. Ce ne sont pas nécessairement les contenus les plus faciles qui l'intéressent, mais plutôt ceux qui confèrent du sens à un monde secoué par la crise économique, les menaces sur la planète ou les inégalités. Sans prétendre bien sûr à l'exhaustivité, Stratégies vous propose cette semaine dix exemples de contenus qui font le pari de l'intelligence et réussissent dans leur domaine. Un pari gagnant à tous les sens du terme.
Alternatives économiques, +50% en six ans
«Nous n'avons aucune prétention à faire un journal spécialement intelligent, mais nous essayons de faire notre travail avec une réelle exigence intellectuelle», explique Philippe Frémeaux, le directeur d'Alternatives économiques. On a aussi parfois des jugements un peu rapides et il nous arrive de nous tromper. Mais notre parti pris est de faire un journal sérieux qui ne dit pas toujours ce que ses lecteurs ont envie d'entendre. A long terme, ça paie.» Avec une diffusion payée de 110 000 exemplaires, le mensuel progresse depuis 2007, essentiellement dans les ventes en kiosques (+50% en six ans) auprès de cadres payants à plein tarif. «Nous sommes des profiteurs de la crise, s'amuse Philippe Frémeaux. Lehman Brothers a fait découvrir Alternatives économiques à des gens qui cherchent à comprendre ce qu'il se passe sur le plan économique et apprécient les marges de manœuvre.» Il constate qu'il est aussi davantage invité sur les plateaux de France Info ou de France 5 : «La parole de l'économiste de banque standard s'est un peu dévalorisée.» Le journal (une coopérative) a réalisé près de 200 000 euros de bénéfice en 2009, pour 7 millions de chiffres d'affaires. Quant au site, il a rassemblé en décembre dernier 400 000 visiteurs uniques.
C'est pas sorcier, un succès international
Une émission scientifique de vulgarisation accessible aux petits comme aux grands… Au début des années 1990, Frédéric Courant et Jamy Gourmaud, jeunes journalistes chez Canal Santé, ont eu cette idée géniale… à laquelle personne ne croyait. Sans la persévérance du duo et l'audace de France 3, C'est pas sorcier n'aurait jamais vu le jour. Depuis novembre 1994, l'émission n'a pas dévié de son but : montrer que la science est partout et que ce n'est pas forcément barbant. Sur le terrain, Fred et son acolyte Sabine Quindou mènent des observations grandeur nature, avec l'aide de chercheurs, aventuriers, sportifs, passionnés… A bord du camion-laboratoire, conduit par l'invisible «Marcel», Jamy reproduit les expériences, à grands renforts de maquettes. Le tout est enrobé par la «petite voix» qui distille ses commentaires. Pari tenu. Quatre cent soixante émissions plus tard, C'est pas sorcier a même reçu des prix : deux Sept d'or de la meilleure émission éducative en 1999 et le prix Descartes de l'Union européenne en 2004. Le programme désormais produit par MFP est plébiscité par les enfants et leurs parents, et même recommandé par l'Education nationale. Il attire chaque jour 800 000 téléspectateurs en moyenne (21% de part d'audience sur les 4-10 ans) et près de 980 000 le dimanche. Succès identique dans une vingtaine de pays et avec les produits dérivés : plus d'un million de DVD vendus, 500 000 jeux de société, 180 000 jeux vidéos… Au printemps prochain, C'est pas sorcier sera pour la première fois diffusée en prime time pour un numéro consacré à la biodiversité. A l'été, des colonies de vacances «C'est pas sorcier» seront ouvertes.
Ce soir ou jamais, 700 000 téléspectateurs chaque soir
Le magazine L'Optimum l'a surnommé «Le QI du PAF». A quarante-neuf ans, Frédéric Taddeï, l'animateur au look de dandy branché est devenu le porte-drapeau de la caution «intelligente» de la télévision publique. Les élites intellectuelles, politiques ou artistiques se pressent désormais à Ce soir ou jamais, sur France 3. «Je veux donner à mes invités la liberté d'aller au bout de leur raisonnement, la liberté de déplaire aussi», explique l'animateur. Avec en moyenne 700 000 téléspectateurs chaque soir depuis la rentrée 2009, son émission atteint même des pics d'audience, jusqu'à 1,6 million de personnes. Liberté de ton, intérêt pour ses invités et mélange des genres sont les principaux ingrédients du cocktail «Taddeï». Sans diplôme universitaire, le journaliste a pourtant été à bonne école. Ce profil atypique s'est d'abord nourri de livres, de musées et de cinéma. Puis de rencontres, comme Jean-François Bizot et Thierry Ardisson. Ce dernier pensait d'ailleurs Taddeï «trop cultivé pour la télé». Mais de Paris Première à France 3, l'animateur a réussi à transformer l'essai. Il a donné naissance à une émission intellectuelle, mais pas élitiste, dont beaucoup ont rêvé de découvrir la recette.
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