
15/04/2010 - Alors qu'Alexandre Bompard est favori pour lui succéder, Patrick de Carolis choisit l'affrontement avec Nicolas Sarkozy en gelant la privatisation de la régie publicitaire.
Ce n'est qu'un malheureux concours de circonstance, mais la décision – contestée – de la présidence de France Télévisions de flouter les visages des deux journalistes de France 3 otages en Afghanistan, tout en révélant leurs noms à la demande des familles, apparaît à l'image de la stratégie et l'avenir du groupe public: dans le flou.
Mardi 13 avril, le conseil d'administration de France Télévisions, qui s'est soldé par une suspension des négociations engagées avec le consortium Lov-Publicis concernant la vente de la régie publicitaire, n'a pas contribué à éclaircir la situation.
Malgré une fin de non-recevoir adressée par l'Elysée, le groupe public semble tabler sur un maintien de ses recettes publicitaires en journée, et donc sur une révision de la loi qui prévoit leur suppression totale à la fin 2011. Une clause de rendez-vous rend cette option possible avant mai 2011. Mais l'équipe dirigeante arrive en fin de mandat, au plus tard en août. Et c'est à Nicolas Sarkozy de choisir qui va lui succéder.
En faisant voter, par dix voix contre les cinq des représentants de l'Etat, le gel de la privatisation, et non son report au 31 octobre comme cela lui était proposé, Patrick de Carolis n'a, en tout cas, pas hésité à entrer en conflit avec le pouvoir. Quitte à surjouer sa divergence avec Nicolas Sarkozy après avoir lui-même accepté de lâcher du lest en écartant Hi-Média des repreneurs de France Télévisions Publicité.
A moins que ne l'emporte, avec la perspective d'une privatisation de la régie entre les mains d'un nouvel acteur à la fois producteur, acheteur d'espace, conseil et régisseur, la crainte de voir sa présidence entachée par d'éventuels conflits d'intérêt ou des «problèmes déontologiques», comme dit Frédéric Mitterrand…
Alors que toute la presse bruisse de la nomination prochaine d'Alexandre Bombard, PDG d'Europe 1, retour sur une semaine folle où se sont succédé faux-semblants, marche arrière et chausse-trappes.
Tout démarre le 7 avril avec une table ronde de la commission des Affaires culturelles à l'Assemblée nationale. A l'étage, la tribune de presse est bondée pour l'intervention de Jean-François Copé, président du groupe UMP et ex-président de la commission sur l'Avenir de l'audiovisuel public.
Outre un satisfecit sur le «bilan extrêmement positif» de la réforme supprimant la publicité, le député reconnaît du bout des lèvres: «Je pensais qu'il y aurait un beaucoup plus grand transfert vers les chaînes privées.» Certes, l'entreprise unique France Télévisions doit encore «gagner en cohérence et en économies», certes, «il y a des choses à faire sur l'Europe, la science et l'économie», certes, il faudrait sans doute retravailler l'identité de France 3 et de France 4 ainsi que la diversification sur Internet… la phrase essentielle finit pas fuser: «Il n'est pas besoin d'être de gauche ou de droite pour saluer le travail accompli par l'équipe dirigeante.» Et Jean-François Copé d'appeler à l'ouverture d'un débat pour le maintien de la publicité en journée, sachant qu'il n'est pas favorable à une augmentation de la redevance et «connaissant la situation des comptes publics».
Ne manquerait-il pas 400 millions d'euros au financement de France Télévisions? D'autant plus regrettable que c'est justement un surplus de recettes publicitaires diurnes qui permet aujourd'hui au groupe public de sortir du rouge, avec un bénéfice net de 19,6 millions d'euros en 2009 alors que le déficit prévu était de 135 millions.
Comme par enchantement, tous les intervenants de la table ronde – à l'exception notable de Benoît Louvet, directeur délégué de TF1 Publicité, qui demande une «certaine stabilité dans le paysage publicitaire» – font ensuite consensus pour valider cette prise de position autour de la suppression partielle de publicité. Au risque de faire capoter, ou tout au moins d'ajourner, la cession de la régie entre les mains de Stéphane Courbit et de Publicis.
Patrice Duhamel, directeur général de France Télévisions, souligne par exemple qu'il n'y a «aucun enjeu éditorial à supprimer la pub avant 20 heures» et, quelques minutes plus tard, que la confusion des métiers de producteur et de régisseur ne peut que nuire à «sérénité des arbitrages» et entraînerait immanquablement des «risques de suspicion».
Avec un volume en baisse de 17,9% en 2009, la fiction française connaît une crise sans précédent à laquelle tente de répondre le club Galilée, dans un rapport remis cette semaine à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. «Il faut prôner une diversité des formats en s'adaptant au marché international», souligne Olivier Zegna Rata, cofondateur du club avec Philippe Chazal.
En clair, le rapport plaide pour une clause de diversité des formats de fiction pour les chaînes thématiques et de TNT afin de «sortir de la dictature du 90 minutes», qui est régulièrement battu, en première partie de soirée, par des séries américaines de 52 minutes.
De même, Olivier Zegna Rata estime qu'il est temps d'assurer le financement de la fiction par de nouvelles perspectives de recettes : «On appelle à la libéralisation du marché publicitaire en télévision et à l'alignement des conditions de diffusion de la publicité sur la directive européenne.»
Quant au Compte de soutien à l'industrie des programmes (Cosip), il est demandé que son assiette de prélèvement (5,5%) soit étendue à la totalité du chiffre d'affaires des opérateurs «triple play» (au lieu de la moitié actuellement).
La R&D, parent pauvre
Soucieux d'édifier des «champions français» dans la fiction, le rapport suggère aussi de faire de la production audiovisuelle une filière industrielle qui pourrait bénéficier du fonds structurel d'investissement. De même, le genre doit intégrer les «pôles de compétitivité» afin de mêler recherche technologique, notamment sur la 3D, et initiatives éditoriales. La recherche et développement (R&D) est d'ailleurs le parent pauvre de la fiction française, qui ne consacre que 3% de son chiffre d'affaires à l'écriture et au développement de pilotes, contre 10% à l'étranger. Les auteurs du rapport demandent donc de porter de 3,5% à 10% la R&D dans le contrat d'objectifs et de moyens de France Télévisions.
Enfin, afin de favoriser les nouvelles écritures et l'adaptation aux technologies, les auteurs demandent l'ouverture de droits d'accès à la formation pour les auteurs et les scénaristes. Le ministre a confié à Pierre Chevalier, d'Arte, une mission pour favoriser le développement de projets de fiction.
Et si France Télévisions consacrait deux heures d'antenne «tard le soir ou tôt le matin» afin de permettre l'émergence de nouveaux talents? Lors d'une table ronde sur le financement et l'avenir des programmes de France Télévisions, réunie à son initiative le 8 avril à Paris, en partenariat avec Stratégies, le producteur Cyril Viguier (DHCV), qui a contribué à la création de la Cinquième, a formulé cette proposition. Celle-ci a reçu un bon accueil, notamment de la part d'Hervé Brossard (OMG), qui se propose de trouver les annonceurs pour la financer.
Dominique Delport (Havas Media) a rappelé que les chaînes publiques sont positionnées sur un public âgé de plus de 60 ans et que la convergence entre le téléviseur et l'ordinateur va donner une importance nouvelle aux programmes délinéarisés qui se consomme à la demande. Exemple : la BBC, plébiscitée par les jeunes et dont 50% des programmes sont consommés via un «player» sur les plates-formes numériques (Wii, Xbox, Iphone, Set up box, etc.).
France Télévisions, qui est sur le point de lancer un portail d'accès unique à l'ensemble de ses marque en VOD (vidéo à la demande), peut en faire autant grâce à la force de ses programmes, comme l'a montré le documentaire Apocalypse, sur la Seconde Guerre mondiale, succès en audience et en DVD. Hervé Brossard a souligné que «des émissions deviennent parfois plus importantes que la chaîne elle-même», ce qui constitue pour lui «une formidable opportunité». A condition, toutefois, de prendre en compte un éclairage publicitaire : «Le foisonnement aura plutôt tendance à inquiéter les annonceurs, a-t-il noté. On avait un système peut-être cadenassé, mais on en connaissait les règles. Les annonceurs ont surtout besoin d'être conseillés. Pour eux, la tentation est grande d'aller soit vers ce qu'ils connaissent soit vers ce qu'ils contrôlent, via le parrainage, le “bartering” ou la coproduction. »
«Ce qui sonne faux ne passe plus»
Mais comment assurer l'émergence des contenus culturels à la télévision publique? Jean-Pierre Dusseaux, producteur de Louis la Brocante, a rappelé que la fiction américaine s'est imposée sur les écrans par son «emprise sur le réel» : «La difficulté de la fiction –celle qui ne marche pas– vient de ce que la notion de culture à la télévision laisserait penser qu'il faut forcément être tourné sur le passé, soit littéraire soit historique. Mais la fiction de la vie est elle-même une narration.»
Du côté de la chanson, qui a baissé depuis l'an 2000 de 60% sur France 2 et de 46% sur France 3 (source Sacem), David Hallyday a livré son témoignage d'artiste obligé de se conformer à «un système vieillissant» de vulgarisation-promotion. Or, a-t-il dit, «ce qui sonne faux ne passe plus» auprès des jeunes générations. D'où l'importance d'intégrer une diffusion sur Internet en parallèle.
Pour Martin Rogard (Dailymotion), «les diffuseurs avaient peu intérêt à maximiser la distribution de leurs programmes». Ce n'est plus le cas si les droits sont principalement entre les mains des producteurs. Enfin, Cyril Viguier a relancé son idée de «talk show sans promo», pour laquelle il avait demandé, sans succès, une case le samedi après-midi à Patrick de Carolis, le président de France Télévisions.
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