
22/04/2010 - Contesté par un raider, Arnaud Lagardère va devoir s’expliquer sur sa stratégie devant ses actionnaires, le 27 avril. Une assemblée générale qui s’annonce houleuse.
Le 19 mars dernier, Yannick Bolloré discute à bâtons rompus avec un petit groupe de journalistes à l'occasion de la présentation des résultats du groupe du même nom. «Maintenant que Lagardère se désengage des médias...», lâche-t-il au détour d'une phrase.
Étonnement autour de lui : Bolloré est bien entré en négociations exclusives avec Lagardère pour lui racheter Virgin 17, et Lagardère vient de confirmer son intention de vendre ses 20% dans Canal + France ou de céder les actifs où il est minoritaire dans la presse. Mais, de là à dire que le premier groupe mondial de presse magazine se désengage des médias...
L'anecdote est révélatrice de l'absence de lisibilité de la stratégie de ce groupe à l'heure où le raider Guy Wyser-Pratte demande, pour l'assemblée générale du 27 avril, à mettre fin à une politique dépréciative de conglomérat et d'en finir avec la commandite qui protège son capital.
Le pôle médias, qui a enregistré 389 millions d'euros de pertes nettes en 2009, sera-t-il sacrifié pour séduire les marchés ? « Je suis convaincue qu'Arnaud Lagardère n'a pas le désir de se séparer de ses actifs médias », assure Constance Benqué, présidente de la régie Lagardère Publicité, qui le voit tous les mois dans des réunions de «reporting». Il est donc faux, ajoute-t-elle, de dire qu'il n'est jamais là.
Mais d'autres sources internes rappellent qu'il passe beaucoup de temps aux États-Unis, où sont installés femme et enfants, qu'il a cédé à Didier Quillot, PDG de Lagardère Active, son bureau à Europe 1, et à Dominique D'Hinnin, cogérant du groupe, les rênes de l'entreprise.
«On approche d'une vérité impressionniste, note Jean-Clément Texier, banquier spécialiste des médias. Jean-Luc Lagardère avait compris qu'Arnaud ne serait jamais un ingénieur dans la défense et l'aéronautique. D'où sa montée en puissance dans les médias. Mais est-ce qu'au fond, ce domaine intéressait son fils?»
Longtemps, l'homme a endossé le couplet paternel «moi, c'est lui et lui c'est moi». Il s'agissait de poursuivre le rêve d'un père bâtisseur en conquérant une place de choix dans la télévision, après la déroute de La Cinq en 1992.
Aujourd'hui, la décision de vendre ses 20% dans Canal+ montre que Lagardère a renoncé au métier de diffuseur audiovisuel. S'il reste présent dans Gulli, il cherche à vendre aussi ses chaînes thématiques Canal J, MCM et Mezzo. Et dire qu'au plus fort de la crise de Vivendi, Canal+ apparaissait à portée de main pour «un euro symbolique»...
De même que Martin Bouygues s'est inventé un avenir dans les télécoms et le nucléaire, Arnaud Lagardère cultive son jardin. S'il se fait un plaisir d'encourager les champions du team Lagardère sur les courts, c'est aussi que le marketing et le négoce de droits sportifs mobilisent son attention depuis le rachat de Sportfive.
Arnaud Lagardère est sorti de son silence mardi 20 avril dans une interview au Figaro. «Depuis dix ans, j'ai piloté la stratégie de recentrage sur les médias de mon groupe», lance-t-il, ajoutant: «Quant aux considérations sur mon implication personnelle, voire mon absence, je refuse d'entrer dans ce jeu, je laisse cela aux commentateurs dans les dîners en ville.» Pour lui, le fonds géré par Guy Wyser-Pratte (GWP), qui détiendrait 0,53% de Lagardère, est «un fonds vautour, [qui] utilise de vieilles recettes d'activiste et une tactique simpliste: faire du bruit, faire monter le cours de l'action, prendre l'argent et sortir.»
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