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Un trio angélique pour Le Monde ?

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01/07/2010 - Le 28 juin, le conseil de surveillance du quotidien a voté en faveur du plan de reprise de Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. Enquête sur une campagne victorieuse.

Ce mardi 22 juin au soir, au cours d'une fête au bois de Boulogne, un grand patron de presse quotidienne balaye ses doigts sur le revers de sa main en prenant soin de caresser sa peau dans le sens du poil. Un geste qui veut illustrer la façon dont, à son sens, le trio «BNP» (pour Bergé-Niel-Pigasse) va l'emporter dans la recapitalisation du Monde, face à l'autre trio, celui emmené par Claude Perdriel, allié à France Télécom et Prisa. Ce sera en effet chose faite moins d'une semaine plus tard, lundi 28 juin, à l'issue d'un conseil de surveillance du Monde.

Que ce groupe de presse emblématique ne suscite que deux offres de reprise est pour lui dramatique…  Pour une centaine de millions d'euros seulement, trois hommes vont donc réussir à mettre la main sur une entreprise qui pèse 390 millions de chiffre d'affaires avec les Publications de La Vie catholique (Télérama, La Vie, Courrier international). Sans avancer, pourtant, aucune solution industrielle ou éditoriale de nature à sauver l'ensemble, en perte. Ni, bien sûr, le moindre plan de départs…

Ce même 22 juin, Pierre Bergé et Xavier Niel sont venus à la rencontre des salariés des Publications de La Vie catholique. Et ils ont su séduire. Le premier avec son élégance de grand mécène, sa passion jamais démentie pour la presse et sa profession de foi en faveur de l'indépendance du Monde. «Il a été éblouissant», racontent plusieurs journalistes. Le second par son côté électron libre d'entrepreneur ayant réussi dans Internet et désireux de s'acheter une honorabilité.

Quant au troisième, le banquier «rock» qui se dit en rupture avec l'ancien monde capitaliste, il ne sera présent que le jeudi matin devant les salariés, le temps de prendre une douche à Roissy après un voyage à New York.

Comme il l'a déjà écrit à Louis Schweitzer, président du conseil de surveillance du Monde, le trio s'est efforcé de montrer patte blanche: «Aucun d'entre nous, actionnaires, n'a la vocation ni l'ambition d'occuper un quelconque poste opérationnel. Nous serons actionnaires, uniquement actionnaires et pleinement actionnaires. […] Nous entendons servir Le Monde et non nous en servir.»

Gilles van Kote, président de la Société des rédacteurs du quotidien, se souvient des mots de Pierre Bergé: «Il nous a dit que ce vote, c'était une question de confiance. Faire du Monde un outil de pression à leur profit? Ce serait suicidaire. Cela conduirait à détruire le journal.» L'annonce de la création d'une fondation, dans laquelle Pierre Bergé investirait 15 millions d'euros pour permettre aux personnels de détenir la minorité de blocage dans le capital, a été déterminante.

Face à ce trio si séduisant, Claude Perdriel, porteur de l'offre rivale, n'a pas démérité devant les salariés. Mais il n'a pas su convaincre. À une immense majorité (entre 80 et 90%), les sociétés de personnels lui ont préféré la proposition «BNP».

Pourtant, le vieux patron de presse, propriétaire du Nouvel Observateur, qui a planché devant les journalistes en compagnie de Pierre Louette, secrétaire général d'Orange, avait lui aussi sa stratégie. D'abord, il s'est présenté comme le sauveur de l'indépendance du Monde face à «des gens très riches». Il a ensuite été jusqu'à promettre de restituer aux salariés 20% des parts en cas de cession de son capital.

Enfin, il s'est montré rassurant devant les employés de la presse magazine, qui travaillent quai d'Ivry et craignaient de voir siphonnés leurs fichiers d'abonnements au profit du Nouvel Obs: «Je suis prêt à vous accueillir près de la place de la Bourse. On ne peut pas imaginer que les journalistes soient loin des gens qu'ils veulent rencontrer.»

Incohérences internes

Mais s'il a affirmé qu'il ne cherchait pas à gagner de l'argent avec le groupe, Claude Perdriel a quand même précisé qu'il ne comptait pas en perdre. Se disant «choqué» par le fait que la clause de cession soit réservée aux seuls journalistes, il s'est prononcé pour son élargissement aux cadres et aux employés. «Nous n'envisageons pas de plan social mais un plan de départs volontaires pour tout le groupe Le Monde», a-t-il reconnu en chiffrant à «au moins 100» le nombre de départs et à 10% la réduction attendue de la masse salariale.


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