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Le crime profite-t-il encore aux médias

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Les vrais amateurs de faits divers ont maintenant un nouveau terrain d'investigation: Internet. Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde, a ouvert son blog en 2006. Celui-ci compte 1 500 à 2 000 habitués, avec des pointes de 50 000 visites, comme récemment sur l'affaire Viguier, ce professeur de droit accusé d'avoir tué sa femme. La journaliste constate la grande expertise de ses lecteurs, qui «parlent comme des “sachants”». «Pour certaines affaires, les lecteurs en veulent toujours plus, le blog devient un Moloch qu'il faut en permanence alimenter. Concernant l'affaire Colonna, j'aurais pu écrire 30 000 signes par jour, tandis que pour l'affaire Viguier, les internautes sillonnaient frénétiquement le Web, avides d'informations sur le procès», explique la journaliste, qui vient de publier un recueil, Le Monde, les grands procès (1944-2010), aux éditions Les Arènes.

L'avocat pénaliste lillois maître Mo (un pseudonyme), lui, s'est taillé un petit succès d'audience sur son blog, ouvert parce que, comme tout bon tribun, il «aime les mots en général»: 2 000 à 3 000 fidèles lisent chaque jour ses comptes-rendus d'audience. «Petite fille», témoignage d'une victime d'inceste dont le courage avait bouleversé l'avocat, a été lu plus de 100 000 fois. Uniquement par des amateurs de chroniques judiciaires? « Sur Internet, les lecteurs sont plus éduqués que les gens de la rue. J'ai très peu à modérer les commentaires.»

Mais, comme avec tous les passionnés, on n'est jamais très loin du dérapage. Pascale Robert-Diard s'est trouvée dans l'obligation de fermer les commentaires sur l'affaire Viguier: «On était proche du café du commerce, avec des propos à l'emporte-pièce sur la culpabilité d'Olivier Durandet, l'amant de la victime.» En 2009, lors du procès Édouard Stern, du nom de ce banquier de haut vol assassiné par sa maîtresse lors d'un jeu sado-masochiste, le principe de précaution a prévalu: «Je m'étais mise d'accord avec les modérateurs car l'affaire, qui englobait sexe, argent et origine juive de la victime, pouvait potentiellement générer les pires commentaires.»

Le crime est dans l'œil de celui qui le regarde

Sang, sexe, larmes: les ingrédients sont peu ou prou les mêmes, mais il existe des modes dans le fait divers. Comme la beauté, le crime est dans l'œil de celui qui regarde. «Racontez-moi vos faits divers, je vous dirai dans quelle société vous vivez», a coutume de dire Serge Garde (Le Cherche-Midi). «En 1899, une femme était arrêtée devant l'église Saint-Germain, à Paris, et condamnée à huit ans de prison pour attentat à la pudeur: elle avait fait du vélo en jupe au lieu des pantalons bouffants usités alors, raconte-t-il. En 1943, on guillotinait les “faiseuses d'anges”, alors qu'aujourd'hui, l'avortement est remboursé par la Sécu.» Maintenant, Jacques Mesrine est un héros de cinéma, après avoir été «l'ennemi public numéro un» dans les années 1970. Mais, après les années des grands criminels, les années du terrorisme, du grand banditisme, des scandales de santé publique ou de pédophilie, on arrive désormais, selon Dominique Rizet, journaliste au Figaro magazine, aux années de la délinquance financière. Des années Madoff à l'image d'une société? «Le fait divers, ce n'est plus, “Je t'aime, je te tue”, mais plutôt “Je te vole ou je te trompe”: l'affaire Kerviel a attiré quatre-vingt-dix médias du monde entier.»

Paradoxe du fait divers: de ce genre éminemment spectaculaire et théâtral, on ne voit qu'un nombre infime d'images. Impossible de filmer les reconstitutions policières ou les procès d'assises. Pourtant, les caméras, interdites de prétoires depuis 1954, pourraient bien y entrer à nouveau.

Sur Planète justice, on filme déjà les procès en correctionnelle (en direct du tribunal, depuis avril 2010). La commission Élisabeth Linden, qui a sorti en 2005 un rapport sur la captation d'images lors des procès, allait plutôt dans ce sens, pour des fins pédagogiques. Pas aberrant, à l'heure du «live-bloging», où les journalistes sténotypent en temps réel les procès, comme l'a fait récemment La Nouvelle République du Centre-Ouest pendant le procès Courjault. «Nous twittons déjà nos audiences, pourquoi ne pas les filmer?», s'interroge maître Mo. L'historien Patrick Éveno va plus loin: «Bientôt, avec l'omniprésence des caméras de surveillance et la démultiplication des téléphones portables, on pourra vivre les scènes criminelles en images.» Le crime en direct? Voilà qui promet de donner vraiment la chair de poule.


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