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Robert Badinter demande la fin de la location des téléviseurs en prison

télévision

26/08/2010

L'ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, estime dans une interview paraissant ce jeudi dans Stratégies  et à lire ci dessous , que le système de location des téléviseurs dans les prisons est «honteux». «Ce prélèvement devrait être gardé pour les victimes et la réinsertion», ajoute celui qui a permis l'arrivée de la télévision dans les prisons en 1985. Cette déclaration intervient alors que l'association Robin des lois dénonce «le racket institutionnalisé de la télévision dans les prisons» dans un courrier à l'actuelle garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie. Les établissements pénitentiaires sous tutelle publique gérés par des associations ont en effet la liberté de pratiquer des tarifs de location différents. La ministre a demandé un état des lieux à l'administration pénitentiaire. Le rapport sera rendu à la rentrée.

Lire également l'enquête à paraître le 26 août : Les médias ouvrent les portes du pénitencier


Amaury de Rochegonde
«La location des téléviseurs, c’est honteux !»

Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, de juin 1981 à février 1986, a permis l'arrivée de la télévision dans les cellules. Il s'érige aujourd'hui contre le système de location des postes. Et se prononce pour un accès au Web des détenus

 

 

Pourquoi avez-vous autorisé la télévision dans les prisons, en 1985, en tant que garde des Sceaux?

Robert Badinter. La prison est un monde clos, fermé de l'extérieur, avec des ouvertures assez étroites et filtrées. On oublie que le détenu est voué à en sortir, il faut l'y préparer. Or, la réinsertion se prépare depuis la prison. Même quand les peines sont courtes, je recommande qu'il n'y ait pas de rupture de contact avec l'extérieur. La télévision contribue à cette ouverture. Dès 1982, j'ai voulu favoriser l'accès au petit écran, non pas une fois par semaine pour regarder les matchs ou un film, mais tous les jours, afin que les détenus soient en contact avec les moyens d'information. Cette volonté a été bien accueillie – j'allais dire pour une fois – par le personnel pénitentiaire. C'est à la fois un moyen de regarder ce qu'il se passe dehors et un facteur d'apaisement des tensions carcérales. Pour moi, c'était surtout un facteur éminent de sociabilité.

 

L'opinion publique n'y était-elle pas hostile, comme elle était hostile à l'abolition de la peine de mort?

R.B. L'opération était, c'est vrai, très mal vue du public. La télévision restait alors un instrument de divertissement et, sinon un luxe, au moins une commodité. Quand l'annonce a été faite, elle n'a pas été populaire, comme toutes les mesures prises en faveur des détenus. C'est le mythe de la prison quatre étoiles qui revient périodiquement. Au début du siècle, déjà, pour l'ouverture de la prison de Fresnes, avec ses bouches de chauffage dans les cellules et ses lavabos individuels, une caricature montrait un gardien apportant un sceau à champagne à un détenu en robe de chambre, cigare aux lèvres.

 

Vous êtes-vous heurté à des difficultés pour la mise en œuvre de votre décision?

R.B. La mise en place des téléviseurs était prévue pour la Coupe du monde de football, en juin 1986. C'était une occasion pour les détenus de suivre les matchs autrement qu'à la radio et de créer un facteur d'apaisement et de sociabilité dans des prisons surpeuplées. Mais voilà que les crédits affectés à l'opération ont été épuisés par les travaux d'installation. Il n'y en avait plus pour l'achat de postes. Nous avons donc retenu une formule transitoire de location des téléviseurs et de remboursement sur le pécule du détenu. Malheureusement, j'ai constaté qu'après vingt-cinq ans, la télévision était toujours louée. C'est honteux! Ce prélèvement devrait être gardé pour les victimes et la réinsertion. Dans un monde comme le nôtre, il n'y a rien de plus facile que de faire un appel au public pour obtenir des postes. Il faut mobiliser les fonds nécessaires ou utiliser les médias.

 

Faut-il aujourd'hui permettre un accès du détenu à Internet pour favoriser sa réinsertion?

R.B. Absolument. Cela doit procéder de la même inspiration. Tout ce qui constitue une fenêtre sur le monde et favorise l'information est bon à prendre, si c'est techniquement possible et sous réserve des exigences de sécurité. Il faut apprécier bien sûr les situations et les possibilités de filtrage.

 

Comment jugez-vous les rapports prison-médias?

R.B. Les médias ne s'intéressent qu'épisodiquement à la prison, par à-coups, dans la mesure où cela intéresse le public: s'il y a un drame ou pour la sortie du livre du docteur Vasseur [médecin chef à la prison de la Santé]. Or, le public, lui, s'intéresse à ce que révèlent les médias. Il faut profiter de ces moments d'intérêt pour mettre l'accent sur des problèmes clés, comme la surpopulation pénale ou la santé mentale des détenus. Si le régime des centrales s'est sensiblement amélioré, ce n'est pas le cas pour les maisons d'arrêt. La surpopulation y est présente et parfois insupportable. Il y a alors impossibilité de préparer la réinsertion.

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