
20/01/2011 - Les repreneurs du groupe de presse ont dévoilé le 14 janvier les grands axes de leur projet stratégique pour remettre à flot l'entreprise dès la fin 2011.
Pour distinguer Pierre Bergé de Xavier Niel et de Matthieu Pigasse, inutile de regarder dans leurs participations financières au capital du Monde: elles sont rigoureusement identiques et effectuées à titre personnel, comme l'a martelé ce dernier, par ailleurs directeur général délégué de la banque Lazard, le 14 janvier, devant l'Association des journalistes médias (AJM). Inutile aussi de glisser une feuille de papier à cigarette au sein de leur projet éditorial, car ils revendiquent tous les trois une vision à l'anglo-saxonne du journalisme, où l'on sépare les faits du commentaire. Et attendent un renforcement des pages sur l'économie.
Ils refusent d'ailleurs que le quotidien «prenne parti», y compris lors de la prochaine élection présidentielle. Pierre Bergé évoque un temps où Le Monde «lui a beaucoup déplu», lorsqu'un autre trio (Colombani-Plenel-Minc) le dirigeait, que «la rigueur n'était plus là» et que des «officines étranges, pour ne pas dire policières», dictaient son contenu.
Même le partenariat avec Wikileaks suscite une unanimité qui n'est pas que de façade: «Moins il y a de limites, mieux je me porte», résume le fondateur de Free, qui précise quand même qu'il faut des règles déontologiques susceptibles d'expliquer pourquoi on dévoile des câbles diplomatiques, mais pas des enregistrements lors de l'affaire Bettencourt.
Seule différence notable au sein du trio «BNP»: l'usage générationnel des nouveaux médias. Si Pierre Bergé lit chaque soir Le Monde sur son Ipad, il préfère le contact direct au tweet. Matthieu Pigasse et Xavier Niel, en revanche, ont toujours une moitié du cerveau connectée à leur compte Twitter.
Mais la différence, là encore, s'arrête là. Les nouveaux maîtres du Monde sont au diapason quand il s'agit de préconiser un rapprochement des rédactions Web et papier ou d'expliquer leur refus d'entrer dans le kiosque numérique des journaux, via le GIE E-Presse Premium: «Nous n'avons pas peur de Google, Apple et autres», dixit Xavier Niel. Quant à l'avenir du Post.fr, qui perd toujours plus de 1 million d'euros malgré ses 3,2 millions de visiteurs uniques, il est soumis à l'impératif catégorique du moment: la rentabilité, ou tout au moins l'équilibre… dès cette année.
Redressement à marche forcée
Car c'est bien un projet de redressement à marche forcée qui caratérise le projet industriel du trio. Objectif assigné au nouveau directeur, qui sera désigné le 7 février en conseil de surveillance: «Qu'il incarne le journal, soit présent, très travailleur et ait la volonté de bouleverser les choses», selon Pierre Bergé, pour qui «c'est une idée reçue qu'il ne faut pas bousculer les vieilles dames.» Louis Dreyfus, le président du directoire, ne cache pas ses ambitions: «À périmètre constant, on veut que le groupe puisse avoir une exploitation équilibrée en 2011, avant l'impact des investissements.» Devant les représentants du personnel, le 15 décembre, il était encore plus précis en indiquant vouloir atteindre un résultat opérationnel positif d'une dizaine de millions d'euros dès la fin 2011, contre 22,5 millions projetés en 2010, en intégrant une clause de cession provisionnée à hauteur de 7 millions d'euros (une centaine de départs est attendue au 30 juin).
Le quotidien doit arriver à l'équilibre dès cette année (contre un résultat négatif de 8,9 millions d'euros en 2010) et Télérama tripler ses bénéfices, en passant de 2,1 millions d'euros de marge à près de 5,7 millions d'euros (en réintégrant 1,3 million d'euros de «management fees» ou redevance versée jusque-là à la holding).
Mais comment arriver à un résultat aussi spectaculaire en un temps record? Le trio, qui entend démontrer qu'il n'y a «pas de fatalité pour un groupe de presse à perdre de l'argent», ne songe plus à relaxer les rédacteurs avec des paroles apaisantes. «Il faut s'incrire dans le changement et refuser la continuité», clame même l'homme de Lazard Matthieu Pigasse.
Un premier train d'économies (une dizaine de millions d'euros) à réaliser a été confié à Michaël Boukobza, l'ancien bras droit de Xavier Niel à Free (et son associé dans le mobile en Israël). Mais il ne suffira pas d'encadrer les notes de frais, de contrôler les embauches et de réduire la flotte de quarante-six véhicules de fonction pour parvenir à l'équilibre.
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Xavier Niel, Pierre Bergé, Matthieu Pigasse, Louis Dreyfus
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