
Appliquer les règles locales. «Je comprends qu'il faut surtout présenter les choses d'une certaine manière. Tout est dans la façon de poser la question. Si je demande aux Japonais s'ils ont peur, ils rougissent et disent non. Mais si je leur demande s'ils sont inquiets, là, ils nous disent que oui. D'une manière général, le gouvernement ne leur ment pas.»
Les premières craintes. «Dès le départ j'avais pris en compte le risque de l'accident nucléaire. En arrivant au Japon, j'était très confiant sur le niveau d'information que je pouvais avoir. Mais, petit à petit, nous nous sommes posé des questions, jusqu'à un reportage tourné dans Tokyo où des responsables chargés de réaliser des relevés de taux de radioactivité ont refusé de nous montrer des résultats qu'ils assuraient rassurants. A l'ambassade de France aussi, le discours est blanc un jour et noir le lendemain.»
Partir vers le sud. «Mardi 15 mars, je regarde la météo, qui n'est pas très encourageante: les vents viennent du nord et risque de pousser les poussières radioactives sur Tokyo. Notre «fixeur» s'affole. TF1 rapatrie déjà une équipe. Nous, nous décidons de partir en urgence plus au sud, à Osaka. Mes affaires sont toujours prêtes. Nous prenons quatre billets de train et quittons Tokyo illico. Dans ces cas, il faut toujours avoir un plan A, et même un plan B, de repli.»
Un billet d'avion dans la poche. «Depuis mercredi [16 mars], nous sommes à Osaka. Paris ne nous trouve pas d'hôtel. Notre «fixeur» nous déniche des chambres dans ce que je soupçonne être une ancienne maison de passe, mais nous avons un toit. La rédaction de TF1 nous réserve tous les jours un vol, pour Paris ou ailleurs, afin de nous assurer un départ. Paris a également pris, pour nous, les conseils de médecins spécialisés dans les risques nucléaires.»
Un conflit invisible. «C'est la première fois que je vis une telle situation. Ce qui est horrible, c'est que l'on ne voit rien, au contraire d'un conflit où il existe un front de combats, où les gentils et les méchants sont bien identifiés. Nous sommes ici pour rapporter à Paris ce qui s'y passe. Mais la première règle est de rester responsable et de garder la tête froide, malgré la pression de la famille et des proches.»
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