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Attendu au rebond

Audiovisuel

05/05/2011 - Alain de Pouzilhac, sur un siège éjectable à la tête de l'Audiovisuel extérieur de la France, n'est pas du genre à faire valoir ses droits à la retraite s'il se fait remercier. Des accidents de parcours, il en a vu d'autres. Et a toujours su retomber sur ses pieds.

Dans Tous Ego (1), Jacques Séguéla raconte l'une de ses premières entrevues avec Alain de Pouzilhac. Cela se passe fin 1991 dans le bureau de ce dernier chez Eurocom, à l'époque navire amiral d'Havas dont il est le PDG, et Séguéla fixe son regard sur un aphorisme de Nietzsche placardé au mur: «Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort.» Le genre de maxime que «Poupou» – son surnom dans la publicité – doit certainement avoir en tête ces temps-ci.

Depuis cet automne, la guerre des chefs à laquelle se livre le tandem Pouzilhac-Ockrent à la tête de l'Audiovisuel extérieur de la France anime les gazettes sur fond de procédures judiciaires. Qui sifflera la fin du pugilat? Ils sont l'un et l'autre sur un siège éjectable. Reste à savoir qui appuiera sur l'un, l'autre, ou les deux leviers à la fois? Faudra-t-il que le chef de l'État actionnaire s'en mêle? Au vu de l'orgueil des deux protagonistes, seul Nicolas Sarkozy (ou son successeur) apparaît en mesure d'éteindre l'incendie.

Alain de Pouzilhac en a vu d'autres. Des victoires et des défaites. Une ascension remarquée dans la publicité pour celui qui a commencé comme assistant chef de pub chez Publicis pour finir patron d'Havas.

C'est en 1975 que sa carrière décolle. Il rallie la bannière Eurocom, dont il prend la direction générale. Il décroche son bâton de maréchal en 1985 en devenant PDG. Il mettra vingt ans à transformer une boutique alors très – pour ne pas dire trop – liée aux budgets de l'État, pour hisser Havas au cinquième rang mondial des groupes de communication.

Avant cela, il fut l'artisan de la fusion entre Eurocom et RSCG, en 1992. Un sacré coup préparé dans des vestiaires de foot… On le sait, ce sont parfois des antichambres propices au business. Il existe en périphérie du gotha de la pub une équipe de foot nommée France Pub, subventionnée par Manchette, la régie du groupe L'Équipe. France Pub a pour capitaine un fou du foot nommé Alain Cayzac, le «C» de RSCG. Alain de Pouzilhac porte le n°2 dans l'équipe. «Un arrière latéral rugueux et dur au mal», comme le définit Cayzac.

«Il a eu l'intelligence de ne pas nous virer et de s'appuyer sur notre marque et notre réputation créative», se souvient, vingt ans après, Alain Cayzac. Dans le jardin secret d'Alain de Pouzilhac, il y a Le Petit Prince de Saint-Exupéry, dont il possède une collection rare dans toutes les langues. Il en déniche lui-même les éditions. «C'est cruel et réaliste. C'est écrit avec un regard d'enfant et ça raconte des douleurs d'adultes», confie Alain de Pouzilhac, qui voit dans le roman de «Saint-Ex» une école de la vie: «Le rêve, la confrontation au réel et la part inconnue du destin.» Cette lecture du Petit Prince est à mettre en perspective avec l'une de ses phrases cultes: «Toute idée sans réalisation est une hallucination.»

Guerre des Gaules

Cofondateur de l'agence 5ème Gauche, Édouard, le fils aîné de 40 ans, évoque les mots du père du temps de l'éducation familiale. Sur le mode «faites ce que voulez, mais faites-le à fond». Là où certains soupçonnent ce natif de Sète du complexe de l'autodidacte qui impose à ses enfants un cursus d'études supérieures brillantes qu'il n'a pas fait, Édouard s'inscrit en faux. «Je suis dans la com, mon frère est avocat et ma sœur crée des bijoux. Il n'a jamais cherché à nous tracer la route. Juste à soutenir ce qu'on avait envie de faire.»

L'ascension d'Havas finit par nourrir des appétits et la chute d'Alain de Pouzilhac, en juin 2005, malgré l'appui d'Anne Méaux, la grande prêtresse d'Image 7, ressemble un peu à un épisode de la guerre des Gaules. Un héritier d'armateur breton se met dans la tête de conquérir le monde de la communication. Le baron de Pouzilhac lui semble, parmi d'autres, une proie à sa portée. Bolloré vaincra.

«Alain n'imaginait pas partager le pouvoir au sein d'une boîte qui représentait son plus haut fait d'armes et avec quelqu'un dont il ne voyait pas clairement le projet», commente Alain Cayzac. Pouzilhac gardait aussi en mémoire le match Bouygues-Bolloré sur le capital de TF1 et se méfiait à juste titre des ambitions de l'armateur.


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