
15/12/2011 - Les séries TV se sont installées dans le PAF et savent faire preuve d’audace, à l’image de Mad Men et son agence de publicité des années 1960. Moins connues, mais plus proches de nous, d’autres séries TV anglo-saxonnes auscultent avec ironie le monde de la communication et des médias du XXIe siècle.
Série américaine au remarquable succès critique et populaire, Mad Men restitue pourtant un univers très éloigné du nôtre dans le temps et l'espace, celui de la publicité aux États-Unis dans les années 1960. «La publicité est un moyen extrêmement puissant pour étudier les mœurs d'une époque, explique Pierre Sérisier, journaliste et écrivain, qui tient un blog spécialisé dans les séries TV (Le Monde des séries) et vient de publier Sériscopie*. À travers elle, Matthew Weiner (créateur de la série Mad Men) raconte les années 1960 de manière beaucoup plus efficace qu'une approche chronologique de la grande histoire. Par ricochet, on s'interroge sur notre époque.»
En France, si l'on connaît bien Mad Men, on méconnaît parfois d'autres séries anglo-saxonnes, diffusées en 2011, qui scrutent d'un œil aiguisé le monde de la communication et des médias de notre temps. Elles décrivent notamment une presse instrumentalisée. «Dans les séries, rares sont celles qui montrent des médias qui jouent le rôle de quatrième pouvoir, estime Pierre Sérisier. Chose étonnante, les Américains n'ont jamais puisé dans l'histoire des deux journalistes du Washington Post qui ont fait tomber Robert Nixon pour créer un feuilleton.»
Diffusée depuis le mois d'octobre 2011 sur la chaîne Showtime (Dexter, Californication, The Tudors, etc.), la série Homeland met en scène un soldat américain qui est l'objet de toutes les attentions médiatiques. Nicholas Brody est en effet revenu au pays après avoir été retenu prisonnier en Irak par Al-Qaida pendant huit ans. «Face aux médias qui font le siège devant chez lui, il n'assume pas son statut de héros au début, raconte Pierre Sérisier. Puis il s'adapte, et c'est son agenda qui détermine alors celui des médias. La télévision américaine est comme convoquée, car celle-ci a impérativement besoin d'images pour rendre compte de l'actualité.»
Ce système de convocation des médias se retrouve aussi dans une autre série qui a commencé au mois d'octobre, la bien nommée Boss, diffusée sur la chaîne Starz (Party Down, Spartacus, etc.). Il s'agit d'une variation sur la vie de Richard Joseph Daley, maire de Chicago pendant plus de vingt ans, transposée à notre époque. Ses petites et grandes manipulations sont dévoilées au fil des épisodes. «Il mène tout le temps le jeu, observe Pierre Sérisier. À la suite d'une affaire de pollution, le maire de Chicago distille des indiscrétions aux journalistes afin que leurs articles mettent l'accent sur le comté voisin dans lequel la pollution s'est répandue.»
Cette vision américaine colle-t-elle à la réalité? «Dans l'affaire DSK, la presse a été convoquée par l'adjoint au procureur, et le site du New York Times a suivi quasiment en temps réel cette conférence», observe Pierre Sérisier. Cette mise en évidence du rôle de caisse de résonance n'est d'ailleurs pas isolée. Avec une approche quasi documentaire, voire ethnographique de la criminalité dans la ville de Baltimore, la série The Wire a été créée par David Simon, ancien journaliste du quotidien Baltimore Sun. Produite par la chaîne HBO (Rome, The Sopranos, Sex and the City, etc.) et diffusée dans l'Hexagone par France Ô sous le nom de Sur écoute, cette série pose des questions cruciales sur le journalisme. Qu'est-ce que le métier de journaliste? Pourquoi certains se contentent-ils de répéter des communiqués de presse? «Dans la cinquième saison de The Wire, David Simon démontre que depuis que les communicants élaborent des stratégies de communication, les journalistes se laissent glisser sur une grande pente, analyse Pierre Sérisier. Le reproche formulé est le suivant: les journalistes ne sortent plus de leurs salles de rédaction, ils ne cherchent plus de sujets, ils les attendent. En creux, si la presse n'enquête pas pour mettre au jour l'information intéressante, elle ne remplit pas son rôle démocratique.»
Un constat similaire est dressé au sujet de la couverture du sport par les médias, comme en témoigne Friday Night Lights. Produite par NBC, l'un des principales chaînes américaines (30 Rock, À la Maison Blanche, My Name is Earl, etc.), cette série a pour décor une ville de l'Amérique profonde et pour sujet le rêve d'une carrière professionnelle dans le football américain. Les radios locales couvrent les matchs de championnat et leurs journalistes ne dévoilent pas le côté le plus reluisant de leur métier. «Le rôle qu'ils tiennent est celui de donneur d'opinion, de commentateur de faits qui n'ont pas d'importance, sans aucune recherche d'information, estime Pierre Sérisier. On peut établir un parallèle avec les émissions de radio françaises sur le football, car on recrée l'illusion du débat démocratique en faisant parler des auditeurs, sans leur donner les informations nécessaires à une discussion argumentée.»
Autre aspect des médias abordé par les séries, l'industrie du divertissement est joyeusement décryptée par Entourage, produite par HBO et diffusée en France par la chaîne TPS Star, qui raconte l'histoire de quatre amis venus de New York pour vivre le rêve hollywoodien. On y découvre les coulisses du milieu du cinéma et de ses médias, en particulier les hebdomadaires Variety (publié par Reed business Information, l'éditeur de Stratégies) et The Hollywood Reporter. Il s'en dégage une vision utilitariste des médias et notamment de leur dépendance aux people. Lorsque le personnage principal, l'acteur Vincent Chase, se retrouve en fâcheuse posture dans la demeure d'un producteur hollywoodien, le premier conseil de son entourage est d'étouffer l'affaire par l'intermédiaire de son attachée de presse.
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