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Musique et télévision sur un mode mineur

26/01/2012 - La place de la musique à la télévision reste un sujet compliqué. Noyés dans le divertissement ou le télé-crochet, les artistes ont de moins en moins de fenêtres d’exposition sur le petit écran.

Le Midem 2012, du 28 au 31 janvier, sonne le rappel annuel cannois pour toute la filière musicale. Cette année, il y aura un invité de marque: Rémy Pflimlin, le président de France Télévisions. Une première. En effet, le Palais des festivals faisant traditionnellement la part belle aux antennes privées TF1 et NRJ via la cérémonie des NRJ Music Awards, le service public donnait jusque-là dans la discrétion.

Mais les temps changent, et un déjeuner avec la presse est notamment prévu le dimanche 28 janvier. «Nous serons au Midem pour dire aux professionnels de la musique ce que l'on fait et qu'on réfléchit à des plateformes nouvelles. Nous sommes ouverts aux idées», explique Nicolas Auboyneau, directeur de l'unité de programme musique et spectacle vivant du groupe public (lire l'interview ci-dessous).

Une démarche d'ouverture qui découle de l'annonce faite, mi-janvier, par France Télévisions du lancement d'une plateforme Internet consacrée à la diffusion de spectacles vivants (concerts, opéras, pièces de théâtre, danses...) à la fin de l'année.


Une nouvelle tentative d'évacuation de la musique à l'antenne, cette fois-ci vers le Web?, s'interrogent déjà certains sceptiques. Il est vrai que France Télévisions a beau arguer de diffuser 2 000 heures de musique par an sur ses différentes antennes, les grilles semblent de plus en plus se résumer à la portion congrue en termes de programmation musicale.

L'indétrônable Taratata de Nagui est abonné à la troisième partie de soirée de France 2, après l'abandon de sa diffusion sur France 4 en septembre dernier. Le tardif «live» de Ce soir ou jamais n'est plus qu'hebdomadaire sur France 3. Le très court format CD d'aujourd'hui se glisse, lui, à 17h50 sur France 2.

Au second semestre 2011, deux magazines musicaux ont, toutefois, fait leur apparition sur le service public: Planète musique mag, le samedi à 10h50 sur France 2, et Monte le son! sur France 4, diffusé le mercredi à 23h30 sur France 4.

Néanmoins, ces petites plages consacrées aux artistes ne pèsent pas lourd. «Il n'y a plus aujourd'hui à la télévision publique aucune prime à la nouveauté et à la découverte. La grande majorité des programmes diffusés ne fonctionnent que sur le recyclage et le succès consacré, estime le journaliste Didier Varrod, animateur sur France Inter et auteur de nombreux documentaires TV sur des artistes.

«Pour moi, poursuit-il, le combat de la création musicale à la télévision publique est perdu. Je n'y crois plus. Mais le diffuseur n'est pas le seul responsable. Pour que les choses évoluent, il faudrait également une volonté gouvernementale mais les promesses ne sont jamais suivies d'effets.»

Un constat partagé par les maisons de disques, qui regrettent la disparition progressive des fenêtres d'exposition télévisuelle pour leurs artistes. Car la musique reste un sujet compliqué au-delà du service public.

Une «patate chaude», même, que se renvoient patrons de chaînes et directeurs de programmes actionnant toujours le même argument: la musique est désormais partout à la télévision. Dans la bande-son pointue d'un magazine de décoration ou de football. Dans un télé-crochet comme The Voice, à l'antenne sur TF1 fin février-début mars. Ou encore dans un divertissement-nostalgie, comme le prochain A la recherche du nouveau Claude François sur W9.

Noyer la musique dans le divertissement est, pour les patrons de chaînes, un moyen de lutter contre le principal écueil des magazines musicaux classiques (interviews d'artistes, prestations «live» et captations de concerts): une audience faible. «La musique à la télévision ne se consomme pas comme à la radio. Les téléspectateurs ne cherchent pas la musique en soirée par exemple», souligne Frédéric de Vincelles, directeur général de W9.

«Pour moi, le format "promo" de l'interview d'artiste a vraiment vécu. Il faut proposer autre chose, comme le mélange de la musique et de l'humour, pour intéresser le télespectateur», estime Thomas Vandenberghe, humoriste et animateur de Planète musique mag.


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Gérard Pont, producteur en tous genres

Etre dehors tous les soirs, pour découvrir des artistes sur scène. Il y a des choses qui ne s'oublient pas. A cinquante-quatre ans, devenu un des plus gros producteurs de télévision avec sa société Morgane, Gérard Pont a conservé intacte sa toute première passion pour le monde du spectacle. Gardant toujours à l'esprit ses débuts d'organisateur des premiers grands festivals de rock en Bretagne dans les années 1980, il s'était d'ailleurs juré qu'on ne l'y reprendrait plus… Et pourtant, depuis 2004, ce Brestois est aux manettes des Francofolies, la société organisatrice du festival musical de la Rochelle. «Entre-temps, j'avais appris de mes erreurs», sourit Gérard Pont. Entre les deux, il a surtout eu le temps d'être libraire, animateur télé, découvreur de talents artistiques, directeur de la communication des Relais H, fondateur du festival Etonnants Voyageurs, à Saint-Malo… Dix vies avant de fonder la société de production Morgane en 1992, avec son compère depuis ses débuts, Gérard Lacroix, un autre Brestois.

Si la production l'a emmené sur des chemins variés, comme ceux du documentaire, de la fiction et du cinéma, la société Morgane conserve néanmoins une forte image musicale. Et ce n'est pas le magazine Monte le son! que Gérard Pont produit, depuis fin octobre 2011, pour France 4 qui devrait brouiller les cartes. Quoique. «Parler musique à la télévision, cela devient compliqué et cela va bien au-delà du problème de l'audience. Réaliser un documentaire musical pose aujourd'hui de gros problèmes de droits, notamment au niveau des archives et des exigences des ayant droits. Résultat, produire un magazine comme La Maison rêvée des Français, diffusé en octobre à 20h35 sur France 2, et qui fait de l'audience, est aussi très intéressant», raconte le producteur.

Direction New York

Malgré tout, l'empreinte musicale de Morgane reste indéniable, renforcée à la fois par la renommée des Francofolies et par le grand nombre de captations de spectacles réalisées chaque année par Morgane. «Résultat, nous avions de plus en plus de demandes pour organiser des événements ou des show-cases privés via les Francofolies. Nous avons donc décidé de créer une nouvelle filiale spécialisée, Morgane Events. Les Francofolies sont une société en partie subventionnée, qui n'était donc pas destinée à monter ce genre d'opérations», explique Gérard Pont. Les événements réalisés et produits par Morgane Events pourront aller du Grand Prix de la Sacem aux show-cases privés.

Même en partie subventionnée, la société Francofolies est néanmoins devenue un festival au budget conséquent (5,6 millions d'euros de chiffre d'affaires). Un savoir-faire et une marque qui attire nombre d'annonceurs désireux de s'acheter une visibilité dans la musique. «La première année où nous avons repris les Francos, il y avait du Coca-Cola partout… C'était trop», se souvient Gérard Pont, qui avoue sans langue de bois «être toujours prêt à grossir les logos des marques partenaires de l'événement. Il faut essayer de trouver pour chaque annonceur une réponse personnalisée», ajoute-t-il. Et pour «ses» Francos, il ne manque pas d'ambition: «Je voudrais maintenant les implanter à New York. Nous sommes en repérage. Cela permet d'offrir une nouvelle fenêtre d'exposition aux artistes des Francos.» New York, Broadway… un fantasme du Breton qui devrait voir le jour courant 2012.

D'autres défis en cours

En attendant, dans ses locaux de l'île de La Jatte, à Neuilly-sur-Seine, le producteur tient difficilement en place, malgré une jambe cassée par un récent accident de scooter. D'autres défis l'agitent: la production et l'édition musicale à travers deux nouvelles filiales, Belleville Music et Morgane Music Publishing. «Cela fait vingt ans qu'on nous le proposait. A présent, cela fait sens, car grâce à ces filiales, nous allons, par exemple, pouvoir éditer la musique que l'on met dans nos documentaires», explique Gérard Pont. Dirigé par Fabrice Nataf (ex-PDG d'EMI Publishing), le nouveau label vient de signer un jeune artiste suisse, Bastian Baker, après un trio de filles, baptisé… Théodore, Paul et Gabriel. Et devient ainsi un acteur de plus dans la fragile industrie du disque. «Morgane, on l'a fondée avec les Assedics. Les Francos, on a emprunté pour les acheter», rappelle Gérard Pont. Serein.

 

Encadré

Morgane en chiffres

1992. Date de création du groupe Morgane.

26 millions d'euros. Chiffre d'affaires 2011.

1er producteur de captation de spectacle en volume (source: CNC 2010).

3e producteur français de flux en volume (source: CNC 2010).

«Trouver des langages différents»

La musique a-t-elle déserté la télé?

Non, sa présence a simplement évolué. Quelque soit le genre musical, pour un média de masse, c'est compliqué car la musique s'adresse a un public segmenté. Du coup, effectivement, dans les programmes les plus populaires, diffusés en première partie de soirée, les émissions de divertissement ou de variété sont moins musicales, mais plus tournées vers l'humour ou la nostalgie. Nous avons aussi une contrainte d'audience à laquelle nous sommes obligés de répondre.

 

Quel est l'objectif de la visite de Rémy Pflimlin au Midem?

Le président de France Télévisions est très impliqué. Il préside notamment le conseil d'administration du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. L'objectif est de trouver de nouvelles formes d'expressions de la musique. La télé n'est pas un simple tuyau dans lequel chaque corporation peut diffuser son travail. Notre travail est de donner les clés et tenter de rendre un peu plus ludique ce qui ne l'est pas forcément.

 

Quel genre musical est plus difficile à couvrir?

Les concerts ! Il est très difficile de faire ressentir au téléspectateur la même émotion que s'il était dans la salle. Il faut trouver des langages différents. Ce peut être des émissions télé avec des formes à imaginer. Nous devons trouver la manière de donner la parole à des musiciens qui n'ont pas encore la notoriété.

Un problème d'audience, pas d'exposition

Plus de musique à la télé? Les chiffres laissent penser le contraire. En effet, selon Médiamétrie, entre 2006 et 2010 la part des programmes de «variétés» (émissions musicales, télé-réalité et humour) dans le volume global des chaines nationales est passée de 7,3% à 9,4%. Mais, dans le même temps, la part dans la consommation totale, sur la même période, a reculé de 5% à 4,4%. Conclusion: la musique est à l'antenne mais les téléspectateurs la consomment peu. Le carton annuel des «Enfoirés» (régulièrement au-dessus des 10 millions de téléspectateurs), seul programme non-sportif comptant dans les larges audiences, cache un couac: l'an passé, les Victoires de la musique ont été suivies par 2,6 millions de téléspectateurs, contre 4,3 millions en 2006.

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