
02/02/2012 - Ils ont les honneurs des journaux de Canal + et de France 2 pour leurs actions de blocage de sites et leurs premières manifestations en faveur de la liberté totale sur Internet. Mais qui sont donc ces bidouilleurs-bloqueurs qui font du contre-Internet comme on faisait de la contre-culture ?
Le masque en noir et blanc des Anonymous est-il en passe de devenir aussi célèbre que le chapeau en feutre vert de Robin des bois? Samedi 28 janvier, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés dans une trentaine de villes en France, arborant les traits ironiques de Guy Fawkes, le révolutionnaire anglais du XVIe siècle, qui a inspiré la bande dessinée V pour Vendetta et son adaptation au cinéma.
Au cours de la semaine écoulée se sont multipliées les actions de cette mouvance imprécise qui se dit «légion» et bloque les sites Internet de grandes institutions (Elysée, ministère de l'Intérieur ou de la Défense, Hadopi, Parlement européen…) d'entreprises (Vivendi, Universal…) ou même de média (L'Express).
Remontés contre une proposition de loi sur le piratage aux Etats-Unis, mobilisés après la fermeture par le FBI de Mega Upload qui se targuait de représenter 4% du trafic internet mondial, piqués au vif par la perspective d'un accord européen sur la contrefaçon et le téléchargement (ACTA), les Anonymous clament qu'ils «n'oublient ni ne pardonnent»… et commencent à inquiéter les pouvoirs publics français.
Au point que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a procédé la semaine dernière à l'arrestation d'un des leurs supposés, en Bretagne. Accusé d'avoir participé en avril-juin 2011 au blocage du site Internet d'EDF pour un préjudice estimé à 160 000 euros, ce jeune homme de 29 ans a été placé sous contrôle judiciaire après 45 heures de garde à vue et 15 heures d'attentes dans une cellule du Palais de justice de Paris.
«Il a fait soixante heures de gnouf et son ordinateur avec ses données personnelles a été saisi, résume Jérémie Zimmermann, cofondateur de la Quadrature du Net. Le lendemain, c'est le site Internet d'un syndicat de police [SGP-FO] qui a été visé, dont une base de données de 500 noms.»
Faut-il donc avoir peur des Anonymous? «Si j'étais un gouvernement ou une société qui fait des choses malsaines, met au point des système de filtrage pour restreindre les libertés sur Internet comme BlueCoat en Syrie ou Amesys en Libye, alors oui je ne serai pas rassuré, explique Frédéric Bardeau, auteur avec Nicolas Danet de Anonymous, peuvent-ils changer le monde? (Editions FYP, novembre 2011). De même que Hadopi est vue comme une disposition politique destinée à rassurer des multinationales d'ayants droit qui font pression sur le gouvernement.»
Mais qui sont-ils, ces anonymes de la toile ? La réalité est celle d'une nébuleuse difficile à appréhender. Autour d'un noyau dur de trente à quarante personnes en France, on estime à un millier le nombre de sympathisants capables de participer à un déni de services ou DDOS («Distributed Denial of Service»).
Parfois, il suffit d'un simple compte Facebook pour contribuer à ce type de blocage informatique qui vise la saturation d'un site sous le poids de requêtes (comme la lecture d'une vidéo). Mais, généralement, l'action se cristallise dans un canal de discussion sur Internet (Internet Relay Chat), qui décide collectivement de coordonner une attaque visant à faire tomber un serveur sans masquer d'ailleurs l'adresse IP. «C'est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d'un serveur: au bout d'un moment, il tombe», décrit Nicolas Diaz, chargé des nouvelles technologies à la Fédération internationale des droits de l'homme.
«Une forme de défense individuelle et collective»
Les Anonymous, qui sont apparus en 2008 contre l'Eglise de la scientologie, ont leurs lettres de noblesse. Ils ont accompagné le combat de Julian Assange et de Wikileaks dans leur lutte pour le dévoilement de câbles confidentiels sur la guerre en Irak. Et surtout, ils se sont révélés de précieux auxiliaires des révolutions arabes. L'un des leurs, Slim Amamou, n'est-il pas devenu, en janvier 2011, secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports en Tunisie?
Dépourvus de chef ou même de porte-paroles – ce qui rend toute représentation médiatique suspecte – ils apparaissent donc non pas comme un mouvement structuré, mais comme une constellation de hackers expérimentés plus ou moins bien intentionnés et de jeunes gens de 15 à 25 ans capable de participer à une attaque DDOS.
S'il est une leçon que le monde du lobbying doit retenir de la montée en puissance des Anonymous, c'est bien la question de la transparence forcée. Attention aux petits secrets entre soi: ils peuvent être à tout moment éventés sur la Toile.
L'exemple de Tiphaine Hecketsweiler, fille du ministre de la Défense Gérard Longuet, est révélateur. En janvier 2011, cette ancienne d'Image 7 est devenue directrice de la communication de Bull. Or, Bull est l'actionnaire majoritaire d'Amesys, une société bien connue des anonymes de Telecomix, pour avoir vendu un système de surveillance de l'Internet libyen mis au point, dès juillet 2008, avec l'aide de la Direction du renseignement militaire français.
En même temps qu'il met à jour les liens familiaux entre un membre du gouvernement français et Amesys, le site Reflets.info rappelle le rôle de cette société dans l'aide apportée à l'espionnage des populations par le régime de Kadhafi et l'implication de l'homme d'affaires Ziad Takieddine, proche de l'entourage de Nicolas Sarkozy.
Faut-il voir un lien entre l'attaque informatique du site du ministère de la Défense, le 23 janvier, et les déclarations de Gérard Longuet évoquant un mois plus tôt à l'Assemblée nationale à propos du système d'Amesys (Glint Eagle) un «détournement d'emploi de tel ou tel matériel»? Toujours est-il que les blocages de sites Internet et les fuites ne s'opèrent jamais totalement au hasard...
Valjean
l'équivalent d'un enfant qui donne des coups de pieds ; s'ils respectent la vie privée même quand il s'agit de policiers (...) : "le gamin (de Paris) possède tous les sergents de ville de Paris, et sait toujours,lorsqu'il en rencontre un, mettre le nom sous la figure. Il les dénombre sur le bout des doigts. Il étudie leurs moeurs, et il a sur chacun des notes spéciales. La suite de cette préfiguration de copwatch à lire dans Les Misérables (1862)
Valjean
bloque les sites Internet de grandes institutions (Elysée, ministère de l'Intérieur ou de la Défense, Hadopi, Parlement européen…) d'entreprises (Vivendi, Universal…) ou même de média (L'Express) : et même de média ? C'est dire...
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