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Les e-quotidiens en plein boom

17/10/2013 - par Delphine Soulas-Gesson, envoyée spéciale à Berlin

Les éditeurs du monde entier, réunis à Berlin au 6th Tablet & App Summit, sont de plus en plus nombreux à proposer des versions enrichies pour tablettes de leur journal. L'occasion pour certains de changer de modèle.

Occuper le doigt et le rendre heureux. S'il ne fallait retenir qu'un conseil du gourou du design de presse, Mario Garcia, ce serait celui-là. «Sur tablette, les gens ne veulent pas tourner les pages, ils veulent des fenêtres qui s'ouvrent, des pop-up, ils aiment pouvoir cliquer sur une photo, jouer avec leurs doigts. Une des raisons qui expliquent l'échec du Daily, le premier journal exclusivement conçu pour tablettes [arrêté par le groupe News Corp en décembre 2012], est qu'il n'y avait pas assez de moments d'interaction avec l'écran.»

Ce besoin d'interactivité, les exemples présentés lors du 6th Tablet & App Summit, organisé par l'association Wan-Ifra à Berlin les 7 et 8 octobre, l'ont bien intégré. Fini le simple PDF du journal. A l'instar du Monde et de son journal tactile (voir encadré), de plus en plus d'éditeurs dans le monde proposent également une vraie édition interactive de leur quotidien pour une lecture sur tablette, dont le taux d'équipement est en pleine croissance. L'américain The New York Times, le brésilien O Globo, le britannique The Guardian, l'allemand Bild ou le norvégien VG, tous ont des déclinaisons spécifiques de leur édition papier à destination des tablonautes. 

«Le lecteur moyen de notre journal papier a cinquante-huit ans. Il aime son quotidien, mais il adore aussi les nouvelles technologies et particulièrement sa tablette. C'est pour toucher cette personne que nous avons développé le Daily Mail Plus», explique ainsi Paul Field, rédacteur en chef de cette nouvelle offre éditoriale, lancée par le quotidien britannique en février 2013 et accessible sur abonnement via une application ad hoc sur Ipad et tablette Android.

Quatre-vingts personnes travaillent sur cette édition quotidienne, un produit très graphique de près de 180 pages, deux fois plus que la version papier. Seul le début de chaque article est mis en avant; au tablonaute de cliquer pour lire la suite. Même chose s'il veut lire la légende d'une photo, zoomer sur une image ou même voir l'arrière d'une robe portée par une célèbre actrice à l'occasion des Oscars. Le Daily Mail Plus intègre également un volet e-commerce: en quelques clics, le lecteur peut acheter l'un des produits présentés, sans même quitter l'application.
«Nos revenus publicitaires sont disproportionnés par rapport au nombre de lecteurs que nous avons. C'est parce que nous bénéficions du budget qu'ont certains annonceurs pour des choses expérimentales», souligne Paul Field, qui ne souhaite pas en dire davantage.
Autre exemple présenté à Berlin, «L'édition numérique 17h», lancée début 2013 par le quotidien belge Le Soir. L'objectif est d'offrir aux abonnés un produit éditorial supplémentaire en fin de journée, plus «frais» que le journal du matin, accessible sur tablette et riche en contenus multimédias. «Proposer cette version à 17 heures permet d'éviter les conflits avec l'édition du matin. Ça nous permet aussi d'attirer des lecteurs qui avaient perdu l'intérêt dans le journal imprimé», estime Fred Hurkmans, directeur commercial et marketing du Soir.
Chaque jour, cette édition est consultée près de 6 000 fois, assure-t-il, quand le quotidien papier totalise 590 000 lecteurs. Une initiative qui s'inscrit pleinement dans la stratégie numérique du Soir, qui a déjà conquis 3 000 abonnés avec son offre Newstablette et sa tablette Samsung offerte moyennant un abonnement de deux ans.

Même la publicité est interactive

Au Canada, le quotidien La Presse pousse la logique beaucoup plus loin. Tous les matins, il propose sur Ipad et début 2014 sur tablette Android, une édition multimédia complète… gratuitement. Le groupe a investi 40 millions de dollars dans le projet La Presse+ et fait de la gratuité l'avenir de son modèle économique. «Nous voulions sortir de la situation de décroissance dans laquelle se trouve la presse aujourd'hui, insiste Guy Crevier, PDG du journal. Quand un modèle ne fonctionne plus, ce qui est le cas du modèle payant aujourd'hui, il faut le changer. Aucun journal n'arrive à joindre les 18-35 ans avec un “paywall”. Nous voulons devenir un média de masse qui exploite le plein potentiel de la tablette.»
Six mois après son lancement, La Presse+ compte plus de 300 000 abonnés, gratuits donc, dont 220 000 usagers différents par semaine. Chacun passe en moyenne 35 minutes en semaine et 70 minutes le week-end dans l'application, où se mêlent articles, photos, vidéos, cartes interactives, etc. A tout moment, le tablonaute peut, d'un clic, renouer avec l'actualité en temps réel via la page d'accueil du site Internet de La Presse et même acheter des tickets de cinéma pour le film dont il vient de voir la bande-annonce.
Même la publicité est interactive, avec ici un curseur que le lecteur déplace pour mesurer l'effet d'un blanchisseur de dents, là les ongles du modèle qui changent de couleur en fonction du vernis à ongles que l'internaute choisit. «A terme, nous voulons transférer 80% de nos revenus publicitaires sur la tablette. Nous n'avons pas pris de décision sur l'avenir du papier. C'est le consommateur qui choisira. C'est sûr que ce ne serait pas viable avec 50 000 abonnés papier, mais je ne donne pas de chiffre précis», ajoute Guy Crevier.
Pour l'heure, 15 000 abonnés papier ont déjà résilié leur contrat pour ne garder que la version gratuite pour tablette. L'exemple de La Presse fait figure d'ovni. Jusqu'à quand?


(encadré)

Floraison de projets en France

Le Monde propose, depuis mai, une version enrichie sur Ipad avec Le Journal tactile, qui devrait s'élargir à Android. Début octobre, Le Journal du dimanche lui a emboîté le pas, après avoir préparé le terrain avec une fonctionnalité de réalité augmentée. Surtout, sur tablette, les éditions de 18 heures semblent être le nouvel eldorado des éditeurs français. Dans les cartons, un projet chez Libération, Paris Match, Challenges et même à Ouest France. Reste à leur trouver un modèle.

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