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Gerard Ryle (ICIJ): «Nous n’aurions pas traité Wikileaks de cette façon»

08/11/2013 - par Entretien : Delphine Soulas-Gesson

Née de la collaboration entre 36 grandes rédactions à travers le monde, l’enquête Offshore leaks a permis en avril dernier de révéler l’existence de milliers de comptes détenus dans les paradis fiscaux. A l’occasion des Assises du journalisme, Gerard Ryle, directeur de l’ICIJ, l’ONG qui a coordonné l’enquête, revient sur le potentiel de grandes enquêtes journalistiques internationales.

A quoi peuvent servir de grandes enquêtes internationales comme celle que vous avez menée sur les paradis fiscaux ?

Gerard Ryle. Ce type d'enquête redonne du pouvoir aux citoyens car même si vous avez dans votre pays des lois qui encadrent la manière dont les informations peuvent être révélées, grâce à des organismes comme l'ICIJ [Consortium international des journalistes d'investigation], vous pouvez profiter des lois d'autres pays pour révéler une affaire. Et c'est en révélant des affaires comme celle-ci qu'on pourra lutter contre l'évasion fiscale.


Pour quels autres types de sujets l'investigation internationale peut-elle être adaptée ?

G.R. L'une des dernières enquêtes de l'ICIJ concerne le domaine de la santé, puisqu'elle porte sur la manière dont des dépouilles humaines ont été recyclées en implants médicaux. C'est une affaire internationale qui part d'Ukraine, qui passe par l'Allemagne, les Etats-Unis avant de concerner des pays du monde entier, y compris la France. Il y a peut-être aujourd'hui des morceaux de corps ukrainiens qui ont été implantés chez des Français, et ils ne le savent pas.

Au cœur de toutes les grandes enquêtes journalistiques, il y a les failles du système. Vous pensez qu'il y a des choses qui sont là pour vous protéger en tant qu'individu, et en fait ce n'est pas le cas du tout. Sur l'affaire Offshore leaks, il existe un système parfaitement légal que les gens utilisent, mais qui n'est en fait ouvert qu'à certaines personnes. Les riches sont autorisés à faire des choses que vous-mêmes n'êtes pas autorisés à faire. Le système les autorise à payer moins d'impôts, par exemple. Le plus surprenant dans cette histoire, c'est que tout est légal. C'est pour cela que c'est très important de révéler cette affaire.


Auriez-vous publié les documents de l'affaire Wikileaks si vous les aviez obtenus ?

G.R. Oui, nous les aurions pris avec plaisir, mais nous les aurions traités différemment. Nous n'aurions pas tout publié comme ça sur Internet. C'est important d'appliquer une éthique journalistique à ce que nous obtenons, et donc de publier un article sur quelque chose seulement si cela relève de l'intérêt public. Dans l'affaire Offshore leaks, nous avions par exemple des informations intéressantes sur des réalisateurs de Hollywood qui détiennent des comptes à l'étranger, mais nous ne les avons pas sorties, car nous avons considéré que cela relevait de l'intérêt privé.


Comment décidez-vous de ce qui est d'intérêt public dans tel ou tel pays ?

G.R. Ce n'est pas nous qui décidons dans quel pays telle histoire est importante. C'est d'ailleurs tout l'intérêt d'un modèle comme le nôtre. Contrairement aux grands médias, nous ne travaillons pas avec des correspondants étrangers, comme peut se le permettre le New York Times, par exemple, qui envoie ses journalistes américains à l'étranger pour enquêter sur des choses de leur point de vue américain. Nous faisons même l'inverse: nous travaillons avec des journalistes implantés dans chaque pays, par exemple avec des journalistes du Monde ou de Mediapart en France. Ce sont eux qui déterminent ce qui est important.


Pensez-vous que le futur du journalisme passe par de grandes enquêtes internationales ?

G.R. C'est l'une des voies possibles mais il n'y a pas une solution unique. Mais notre modèle est fragile, puisqu'il dépend beaucoup des dons que nous recevons pour nous permettre de continuer à faire ce que nous faisons. Et c'est difficile de recueillir de l'argent.

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