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Détecteur de bobards

21/11/2013 - par Delphine Soulas-Gesson

Pour lutter contre le mensonge en politique, le Washington Post a mis au point un algorithme qui vérifie de façon automatique les déclarations des politiciens.

Imaginez un robot qui puisse dire en temps réel si telle déclaration politique est vraie ou fausse. C'est le rêve de tout journaliste spécialisé dans le «fact checking», cette pratique chronophage de vérification des faits qui se développe depuis près de cinq ans dans les grands médias, à l'instar de la rubrique Désintox dans Libération ou des Décodeurs sur Lemonde.fr. Un rêve que le Washington Post est en train de réaliser avec son application Truth Teller, une sorte de détecteur de mensonges des temps modernes.
«Nous voulons être le Shazam de la vérité», a expliqué Cory Haik, rédactrice en chef de l'actualité numérique au Washington Post et responsable du projet Truth Teller, à l'occasion des Assises internationales du journalisme, qui se sont tenues à Metz du 5 au 7 novembre. Un projet pour le moins ambitieux.
Coiffure déstructurée, piercing à l'oreille, la trentenaire aux airs de Lisbeth Salander, la célèbre hackeuse du film Millénium, raconte à Stratégies la genèse du projet : «L'idée nous est venue pendant la primaire républicaine de 2012. En meeting dans l'Iowa, Michele Bachmann a passé les 45 minutes de son discours à mentir à des gens qui avaient tous dans la main un téléphone. C'est à ce moment-là que l'on a eu l'idée de Truth Teller: permettre à une personne d'enregistrer avec son portable une vidéo d'un discours politique et de nous l'envoyer pour vérification.»
La vidéo est ensuite retranscrite sous forme de texte et les affirmations ainsi obtenues sont croisées avec une gigantesque base de données élaborée par les journalistes du Washington Post. Un travail titanesque, qui consiste à entrer dans un format lisible par un ordinateur toute information susceptible un jour de vérifier une déclaration politique. Taux de chômage, pourcentage des salariés à bénéficier d'une assurance santé, mais aussi faits d'actualité : celle que l'on pourrait surnommer la base de données de la vérité doit être enrichie continuellement.

 

«Un système binaire à améliorer»

Ensuite, lorsque l'internaute regarde la vidéo en ligne, un module indique en temps réel si telle affirmation est juste ou fausse. «Pour l'instant, nous pouvons faire fonctionner Truth Teller sur des vidéos que nous avons déjà, mais l'objectif est vraiment de permettre à quelqu'un qui filme avec son portable un meeting de démêler en temps réel le vrai du faux. Nous préparons cette fonctionnalité pour l'élection présidentielle américaine de 2016», s'enthousiasme Cory Haik, qui aime se définir comme une journaliste hackeuse.
Encore faut-il que les journalistes du Washington Post jouent le jeu. «Culturellement, c'est difficile de demander à nos salariés de contribuer à un outil géré par une machine. Mais en aucun cas, nous allons remplacer les journalistes par des ordinateurs. Nous utilisons les nouvelles technologies pour aider le journalisme à être davantage dans son temps», estime la rédactrice en chef. Elle peut compter sur un soutien de taille : celui du nouveau propriétaire du quotidien américain, Jeff Bezos, fondateur d'Amazon.
Autre défi que devra relever Truth Teller, l'entre-deux, le ni-vrai ni-faux cher aux politiques. «Aujourd'hui, notre système est binaire: soit l'information est juste, soit elle est fausse. Mais on réfléchit à la manière dont nous pourrions améliorer ce système», souligne Cory Haik. La jeune femme cite en exemple l'un des blogs maison, The Fact checker, qui estampille de une à quatre icônes Pinocchio chaque mensonge en fonction de son importance. Quid des politiques girouettes qui changent leurs positions, ou ceux qui parlent au conditionnel, histoire de ne pas se tromper? Le détecteur de langue de bois reste à inventer.

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