Portrait
La nouvelle directrice de la rédaction de L’Obs, élue à 72 % par la rédaction, veut imposer un fonctionnement bimédia avant l’été. C’est le premier défi de cette journaliste économique, spécialiste du numérique et profondément singulière.

Tout chez Dominique Nora tranche avec les usages en cours dans les hautes sphères du pouvoir médiatique. À commencer par son profil purement journalistique. Ingénieure diplômée de l’agro dans une famille au tropisme intello (elle est la fille de Léone Georges-Picot, proche de Mendès France, et de l'économiste Simon Nora), elle travaille depuis trois décennies à L'Obs où elle est devenue spécialiste des mutations numériques. Sa franchise surprend :  « Je pensais qu’ils [les actionnaires Xavier Niel et Mathieu Pigasse] choisiraient quelqu’un de plus jeune » lâche-t-elle avant de concéder devant notre étonnement « je ne suis pas dans le storytelling ». Son peu de goût pour le pouvoir transparaît aussi. « J’ai été chef de huit personnes au service éco pendant quatre ans. Ce n’est pas comme diriger une rédaction de 130. Mais cela s’était bien passé. »

« J'étais abasourdie »

Elle avait fait le choix de redevenir grand reporter et de dégager du temps pour écrire cinq livres et de présenter une émission économique. « C’était une cheffe très courageuse, défendant ses équipes, intègre et très indépendante » confie un ancien qui a quitté la profession. Sa réaction quand Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde, lui a proposé le poste de directrice de L’Obs ?  « J’étais abasourdie. Je lui ai dit : “Laisse-moi 24 h pour savoir si je suis candidate à ce poste”. Je n’ai pas beaucoup dormi. Le séminaire mené par Boris Razon sur l’identité éditoriale du journal auquel je venais de participer m’a rendu optimiste, à rebours du fatalisme et du déclin qui s’installait. Il y a dix ans, je n’aurais pas dit oui, mes trois enfants étant plus jeunes. Une de mes sœurs m’a dit “Il est peut-être temps de déployer tes ailes à 59 ans”. »

Louis Dreyfus cherchait un profil « capable de remobiliser le collectif autour d’une envie de journalisme plutôt que de fédérer contre lui » confie-t-il. « J'ai été agréablement surprise d'être élue à 72 % par la rédaction à laquelle la veille je n’ai pas promis de la sueur, du sang et des larmes mais presque. » Depuis, elle a plongé les mains dans le cambouis. Et entend fusionner les rédactions print et web (130 cartes de presse dont 44 sur le digitale). « Un grand big bang qui doit se faire avant l’été ». La journaliste croit aux articles longs et payants sur le digital, à l’impact des décisions politiques sur la société et aux grands combats sociétaux plus qu’à la politique politicienne, sans renier son attachement et celui de L’Obs à la deuxième gauche. Avant de quitter son bureau, on lève les yeux sur le tableau animalier peint par son compagnon Guillaume Lecasble. Rapaces ou fauves comme les aiment les hommes de pouvoir ? Ce sont un ours et un ourson qui veillent sur cette femme singulière dont la dernière une de L'Obs porte l'empreinte : « Dans la tête des animaux ».

Parcours :

30 septembre 1958. Naissance de Dominique Nora, fille de Léone Georges-Picot, proche de Mendès-France et de l’économiste Simon Nora, frère de l’académicien Pierre Nora.

1984–1988. Journaliste à Libération où Pascal Riché prend sa succession.

1989. Entre au Nouvel Obs.

1989-1991. Correspondante éco du journal à New York.

2007-2009. Correspondante éco du journal à San Francisco. 

2018. Élue directrice de la rédaction de l’Obs.

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