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International

Malek Khadhraoui: «Je me méfie de Facebook»

16/01/2019 - par Amaury de Rochegonde

Son site, Inkyfada.com, considéré comme le Mediapart tunisien, est à la fois un modèle de développement de la presse en ligne et un révélateur d’informations sensibles. Rencontre avec son cofondateur et directeur Malek Khadhraoui aux Assises du journalisme, à Tunis.

Facebook a joué un rôle dans le printemps arabe en 2011. Est-il considéré comme le média de tous les médias ?
Malek Khadhraoui. 80% de la population est chez nous sur Facebook, presque 100% est connectée par la 3G ou la 4G sur mobile, et le débat se fait la plupart du temps sur cette plateforme avant d’arriver dans les rédactions. Quand on produit du contenu original et qu’on fait de l’enquête, on arrive à imposer un débat mais le passage par Facebook est incontournable. Cette influence va au-delà des médias. Les personnalités politiques ne s’expriment quasiment plus que sur Facebook. C’est difficile de rétropédaler. Il faut que les gens comprennent que l’information se fabrique avec des journalistes, des modèles économiques qui doivent tenir. Entre le réseau social et le média, ce n’est pas être l’un ou l’autre. Ce doit être l’un qui alimente l’autre.

Faut-il se méfier des plateformes internet ou sont-elles d’abord pour vous un atout ?
Je m’en méfie, et c’est une opinion partagée dans la rédaction. Ou tout début de leur émergence, on a vu ces plateformes vouloir se substituer à Internet, qui était un espace formidable, ouvert, open source, sans propriété… On y voyait les opinions proliférer et on acceptait que cela puisse dégénérer, qu’il y ait des fake news, car c’est un risque à prendre. C’est l’avantage d’un lieu où les gens commentent et s’expriment. Puis, on a vu des sociétés vouloir en faire un espace privé. Même si Facebook reste gratuit, on sait à quel prix. Les internautes lui ont donné pendant toutes ces années de quoi être le monstre qu’il est aujourd’hui. La vraie question est de savoir si internet va rester un espace indépendant et diversifié où des médias vont pouvoir continuer à exister. Où si l’on va avoir une hégémonie totale de ces mastodontes sur l’information.

Inkyfada est un webzine qui a trouvé son modèle ?
Sur une quinzaine de personnes, nous avons huit journalistes permanents et une bonne équipe de développeurs et de graphistes ou designers. Nous avons fait le pari que l’information reste gratuite dans un pays où les modes de paiement ne sont pas encore assez développés. Nous avons basé notre modèle économique sur un ensemble de services annexes: une agence web qui fait du consulting et du développement, et on apporte du savoir-faire en restructuration éditoriale à destination d’autres médias et d’ONG. On explore aussi des prolongements avec des entreprises. Cela représente 60% de nos revenus. Le reste provient du mécénat et de fondations. Nous avons en moyenne 100 000 visiteurs par mois pour deux ou trois enquêtes. Mais nous pouvons monter à 1 ou 2 millions de visiteurs. 

Inkyfada est partenaire du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Après les Swiss Leaks ou les Panama Papers, il a été associé aux Implant Files. Que vous apporte votre intégration dans l’ICIJ ?
Beaucoup d’expertise du monde entier, avec de grands journalistes de grands médias. On apprend beaucoup de leur façon de mener des enquêtes au niveau international. Cela représente aussi des moyens supplémentaires pour nous: nous pouvons poser des questions à des grandes sociétés. Le Monde ou le Guardian apportent tout le poids de leur crédibilité à un petit média local comme le nôtre. Le public a compris que toutes les attaques qu’on a subies était dû à l’importance de notre travail. On aimerait produire plus et augmenter notre équipe éditoriale.

Avez-vous transformé la façon de produire de l’information dans votre pays ?
En Tunisie, l’enquête n’est pas un exercice facile, l’accès à information n’est pas si évident, les politiques ne se sentent pas encore obligés de répondre à un média. Panama Papers nous a cependant bien aidés. On a démonté des business tout en publiant les démentis. Désormais, en général, on nous répond. Et le public voit que c’est possible. On donne la parole à ceux qu’on met en cause, même s’il s’agit du ministère de l’intérieur ou des pouvoirs établis. Après soixante ans de dictature, cela met à jour l’image que les gens ont des médias,  qu'ils ne voient plus forcément comme des amis du pouvoir. Nous avons, en outre, créé un espace d’incubation adossé à notre rédaction pour faire émerger de nouveaux vecteurs de journalisme.

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