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L'actu vue par...

Nicolas Chagny : « Il faut un socle éthique commun pour les géants d'internet »

28/03/2019 - par Constant Espanel

Nicolas Chagny est président de l’Internet Society France, association représentative des internautes dans les instances de la Gouvernance de l’Internet en France et dans le Monde. Il nous livre son point de vue sur l'actualité.

Donald Trump triomphe après la conclusion de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller qui n'a pas démontré que son équipe de campagne a collaboré avec la Russie.

À mon avis, cela ne change pas la nature du problème. Ce que dit le rapport, c’est qu’il n’y a pas de lien entre l’équipe de Donald Trump et l’influence que la Russie a eu sur les réseaux sociaux. Qu’il n’y ait pas de lien, c’est une chose, et cela arrange l’équipe du Président, mais il n’empêche que ce problème de fond demeure, celui de l’influence qu’un État ou qu’un groupe peut avoir en diffusant de la fausse information ou de la publicité sur un réseau qui est massif. Tous les acteurs du numérique deviennent tellement importants qu’ils doivent à cet égard prendre des engagements éthiques au-delà de la loi.

 

L’amende d’1,49 milliard d’euros imposée à Google par la Commission Européenne pour position dominante sur le marché de la publicité.

Google se retrouve une nouvelle fois condamné sur une problématique de concurrence. Quand on a commencé à les titiller sur le sujet de la non-concurrence, ses dirigeants se sont mis en conformité. Mais n’auraient-ils pas pu le faire plus tôt ? Qui, chez eux, a décidé de la mise en place de cette non-possibilité d’afficher les autres publicités des concurrents ? Il faut donc que les géants d’Internet se posent la question éthique à chaque fois qu’ils font quelque chose, et pas seulement celle en matière de gains de clics, d’utilisateurs et d’argent. C’est leur devoir. Les GAFAs font d’ailleurs des choses, à l’instar de Google qui investit dans la presse. Mais je pense qu’il faut avant tout, au-delà de saupoudrer de financements, qu’ils prennent du recul et qu’ils mettent en place un vrai socle éthique commun. On doit les mettre face à leurs responsabilités, et c’est ce qu’on fait là avec Google.

 

La reconnaissance ce jeudi 21 mars par Facebook du stockage de façon non-cryptée de centaines de millions de mots de passe d’utilisateurs.

Facebook reconnaît en mars quelque chose qui s’est passé en janvier ; et on ne sait pas trop ce qu’il s’est passé entre janvier et mars. C’est toujours un peu nébuleux, d’autant que leur explication manque cruellement de clarté. On ne peut pas imaginer qu’un acteur qui est utilisé par plus d’un Français sur deux et qui est utilisé par un tiers des habitants de la planètene ne mette pas la sécurité au plus haut point dans son échelle d’investissements. C’est assez grave d’avoir une nouvelle fois connaissance de failles concernant Facebook. En novembre dernier, nous avons lancé à l’Internet Society France une action collective à l’encontre de Facebook dont on va annoncer la suite dans les prochains jours. Ce que je peux vous dire, c’est qu’on est étonné parce que les réponses qu’on a obtenues de leur part ne comportent pas d’avancée, d’autant que la plateforme se cache derrière les droits des États pour faire la négation d’un droit élémentaire, celui pour un utilisateur de saisir sa juridiction locale. Et c’est là où il y a un paradoxe. On ne peut pas s’adresser à plus d’un Français sur deux et ne pas se soumettre à la juridiction française quand une ONG dénonce en France l’existence d’un problème.

 

La loi portée par la députée LREM Laetitia Avia qui devrait être déposée au Parlement pour mieux lutter contre les propos racistes et antisémites publiés en ligne.

Cette loi est indispensable, d’autant qu’elle intervient dans un contexte où ce qui se passe sur Internet commence enfin à être pris au sérieux. Cette semaine par exemple, le dernier auteur des menaces dont a été victime la chroniqueuse Nadia Daam a été condamné et Facebook a été stigmatisé pour avoir laissé en live pendant 17 minutes la tuerie de la Nouvelle-Zélande. Notre inquiétude en tant qu’ONG, c’est que tout le monde ne soit pas autour de la table pendant ces discussions. Aujourd’hui, on ne peut pas faire une loi qui s’adresse aux plateformes qui diffusent les contenus sans intégrer à la réflexion les opérateurs techniques pour permettre l’identification des auteurs qui est aujourd’hui très complexe quand les personnes sont en mobilité. Il faut avoir une approche multi-parties prenantes pour éviter le risque de porter un coup d’épée dans l’eau. La Belgique est à cet égard un bon exemple à travers la mise en place d’un code de bonne conduite, cosigné par l’État, la justice et les opérateurs téléphoniques, qui permet d’aider à l’authentification rapide des utilisateurs qui sont en mobilité. C’est un point que je ne vois pas discuté aujourd’hui, et l’Internet Society France pèsera de tout son poids pour faire en sorte que la discussion s’élargisse au-delà des seules plateformes. Il faut aussi avoir une vigilance sur l’équilibre subtil avec la liberté d’expression. Quelques dizaines de secondes seulement sont nécessaires à Facebook pour censurer un bout de sein. Il faut faire attention à ce que l’on met entre les mains des machines et ce que l’on met entre les mains des opérateurs manuels.

 

Le report du Brexit selon deux scénarios, dont l’un pourrait aboutir à un no deal.

A priori, les grandes entreprises françaises y sont prêtes, mais ce n’est pas sûr que les PME le soient. Si le Brexit aboutit à un no deal, le Royaume-Uni se verra appliquer des missions particulières qui sont prévues au RGPD (le Règlement Général sur la Protection des Données), soit un consentement spécifique des utilisateurs, soit des causes contractuelles précises qui doivent valider les échanges de données avec les États qui ne font pas partie de l’Union Européenne. S’il y a un no deal, il y aura une insécurité pour les données des utilisateurs qui sont stockées au Royaume-Uni. Il faudra donc être vigilant sur les accords qui seront pris.

 

La fin du Grand Débat lancé par Emmanuel Macron pour calmer la crise des Gilets Jaunes.

Qu’on soit d’accord ou pas avec le mouvement des Gilets Jaunes et la réponse apportée par le gouvernement, il y a quand même quelque chose de nouveau qui s’est passé avec ce Grand Débat : il a ouvert la participation des citoyens. Il a créé un élan assez exceptionnel qui débouche sur une sorte de grande démocratie participative. Cela s’est notamment passé en ligne à travers une plateforme qui a enregistré des dizaines de milliers de contributions. On est là face à deux nouveautés, d’une part une participation réelle des citoyens, et d’autre part une ouverture de l’analyse de ces propositions puisqu’elles sont mises en opendata. Il va falloir que les propositions faites par le gouvernement soient vraiment à la hauteur des contributions et des engagements qui ont été reçus.

 

La reprise du terme de «fake news» cher à Donald Trump par Jair Bolsonaro lors de sa visite aux Etats-Unis ce mardi 19 mars dernier.

Le président du Brésil et le président Américain sont des gens qui surfent beaucoup sur la crédibilité de la presse. Je pense que c’est assez inquiétant de colporter ce climat de fake news et de défiance systématique de la presse. Quand on voit deux chefs d’Etat majeurs qui se moquent du journal télévisé, on se dit que l’heure est assez grave, grave à la fois pour le message qu’ils véhiculent, et grave pour l’image que ces médias renvoient. C’est aussi une rhétorique qu’ont adoptée les Gilets Jaunes. L’un des axes majeurs pour lutter contre cela est l’éducation aux médias. Le rapport aux médias, à l’Internet, aux données, à la haine en ligne, aux fake news, etc. passe par l’école. Je suis sans doute un peu utopique. Néanmoins, de nombreuses initiatives qui vérifient sans cesse et vont au fond des choses voient de plus en plus le jour. Aussi, une nouvelle forme de journalisme se crée face à tout cela, notamment à travers le mouvement du slow content, des médias qui commencent à prendre du recul, à refaire des enquêtes et à vérifier l’information. Je pense que cela passera à la fois par la prise de conscience des médias, mais les journalistes ont déjà bien conscience qu’il y a une certaine défiance envers leur métier, mais aussi par les écoles. L’Éducation Nationale fait déjà beaucoup, mais il faut qu’elle fasse encore plus sur ce sujet là qui est un sujet majeur.

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