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Presse

David Groison : « Les jeunes ont envie d’être les acteurs du monde qui vient »

24/06/2019 - par Caroline Bonacossa

Quelle est l’appétence des ados pour l'information ? Quels consommateurs de média seront-ils demain ? ​David Groison, rédacteur en chef de Phosphore, spécialiste des 14 ans et plus chez Bayard, estime qu'ils veulent qu'on leur parle d'écologie... mais pas de façon anxiogène.

Quelle relation les jeunes entretiennent-ils avec l’information ?

Contrairement à l’idée reçue, ils sont intéressés par l’actualité et ils ont envie de se forger une opinion. C’est ce qu’a confirmé l'enquête du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire) de février dernier. 68 % des élèves de terminale déclarent s’informer sur l’actualité en France (politique, économique, sociale…). Plus des deux tiers des élèves de troisième ont confiance dans la télévision, la radio et les journaux papier, contre seulement 27 % dans les réseaux sociaux. Dans cette même classe, 79 % des élèves favorisés font confiance aux informations provenant des journaux papier contre 63 % des élèves défavorisés (16 points d’écart). En revanche, ils nous font souvent remarquer qu’ils ont du mal à trouver une info adaptée à leurs pratiques et à leurs besoins.
 

 

Quels reproches adressent-ils aux grands médias généralistes ?

Ils sont de trois ordres. D’abord, ils trouvent les informations développées trop anxiogènes, sur le mode « On nous présente un monde assez noir dans lequel on va dans le mur en klaxonnant » notamment sur le sujet de l’écologie. D’autre part, ils peinent à comprendre certains sujets d’actualité. N'étant pas nés lors des attentats du World Trade Center ou lors de l’arrivée au pouvoir de Bouteflika, certains repères leur manquent. Enfin, ils se questionnent sur la confiance qu’ils peuvent avoir dans les informations divulguées. Ils se focalisent souvent sur une erreur ou une faute journalistique pour se demander si on ne leur ment pas plus souvent.

 

Sont-ils plus poreux que d’autres tranches d’âge aux infox ?

Nous sommes tous susceptibles de l’être. La seule différence, c’est qu’ils n’ont pas encore eu le temps de construire une relation de confiance avec certains médias, car elle prend du temps. Mais les jeunes sont très sensibilisés à l’info et au travail des journalistes, comme leurs enseignants, via les programmes du Clemi (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), créé en 1983. La semaine de la presse et des médias dans l'école joue un rôle important comme le Wikiconcours qui les incite à créer ou améliorer des pages Wikipedia et donc à appréhender la fabrication des contenus disponibles sur internet. 

 

Quel regard portent-ils sur les chaînes d’info ?

Ils entretiennent une relation paradoxale avec ces chaînes, notamment BFMTV. Ils réduisent souvent le journalisme à ce qui est pratiqué sur cette antenne. Ils la citent spontanément pour pointer une erreur et en même temps, ils continuent de la regarder.

 

 

Quels sont les sujets qui les intéressent le plus ?

L’écologie et la lutte contre le sexisme sont les deux valeurs fortes des 14-18 ans suivies de l’économie sociale et solidaire. Ils ont envie d’être les acteurs du monde qui vient. En revanche, ils n’ont aucune appétence pour la politique.

 

N’y a-t-il pas une projection bisounours sur cette jeunesse qui, par ailleurs, peut sembler cynique ou accro à des jeux de survie comme Fortnite où il est question de tuer d'autres joueurs ?

C’est une génération plurielle, comme toutes. Si 70 % d'entre eux s’intéressent aux infos, cela veut aussi dire que 30 % s’en détournent. Ce sont ces jeunes-là qu’il faut aller chercher. En leur offrant de l’information mais aussi du plaisir via des BD, des sujets sur la musique, le cinéma, le sport, la tech et avec des personnalités qu’ils aiment.
 

 

Quel est leur support de prédilection pour s’informer ?

 Leur appétence va massivement vers le numérique, avec lequel ils ont un lien intime. Et surtout sur le smartphone avec la notification qui apparaît sur leur écran. Cela leur paraît souvent suffisant pour s’informer sans qu’ils ne questionnent les algorithmes qui leur adressent ces notifications.

 

Quelle est leur principale source d'information ?

Selon l’étude du CNESCO, l’entourage tout d'abord (83 % en troisième, 90 % en terminale), suivie par les réseaux sociaux : 71 % des collégiens et 84 % des lycéens les consultent. Coté médias traditionnels, la télévision a un impact massif (92 % des troisièmes et 89 % des terminales) suivie par la radio et la presse papier (31 et 36 %). Les jeunes préfèrent les journaux en ligne.

 

Au fond, ils décrochent surtout du papier…

Il peut y avoir un décrochage pour l’écrit, qui pourtant permet de contextualiser et de donner des repères. Le rôle d'un médiateur est alors fondamental (parent, profession, documentaliste). Notre lectorat est légèrement plus féminin : 52 % pour Okapi (10-15 ans) et 60 % pour Phosphore (plus de 14 ans). Mais la presse écrite généraliste ne s’adresse pas suffisamment aux 14-18 ans. Le danger, c’est que les médias n’aillent plus vers ces jeunes, qui ne vont plus vers eux. Il ne faut pas laisser YouTube être leur seule source d’info.
 

 

Quels consommateurs d’info seront-ils demain ?

Il se dessine un paysage marqué par la force du mobile. Mais la presse écrite peut être un moyen de s’informer en se posant, en prenant le temps d’approfondir pour se forger une opinion.

Bayard, un groupe tourné vers les jeunes

De Pomme d’Api (pour les 3-7 ans) à Phosphore pour les ados, le groupe Bayard est le champion incontesté de la presse jeunesse. En incluant les éditions Milan Presse, il propose 32 publications. Dans sa nouvelle formule sortie l'année dernière, Phosphore accentue l'interactivité avec son lecteur : « Nous leur demandons de nous poser via Instagram ou Phosphore “Give me five” une question d’actu chaque semaine à laquelle nous répondons. Nous avons traité de questions comme “Bachar est-il un terroriste ?” ou “Les Syriens portent-il du Gucci ?”, autrement dit “y a-t-il des jeunes de leur âge qui y suivent des études et s’achètent des vêtements de marques ?”. Cela nous a amenés à faire tout un dossier sur la guerre en Syrie, qui a commencé alors qu’ils n’étaient pas nés. Nous valorisons aussi les projets porteurs d’espoir en ouvrant notre magazine sur “dix infos qui font du bien” avec des initiatives de jeunes qui s‘engagent positivement notamment » explique David Groison.



 

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