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Perspectives médias

Salto, Mediapro, Reworld, CMI : de nouveaux équilibres médiatiques

02/09/2019 - par Caroline Bonacossa, Amaury de Rochegonde et Delphine Soulas-Gesson

Ils s'appellent Salto, Mediapro, Reworld, CMI... Ces nouveaux joueurs ont bien l'intention de rebattre les cartes du jeu français en s'invitant dans la partie, en imposant leurs règles et en misant sur leurs atouts face aux acteurs installés des médias.

La rentrée 2019-2020 est celle de tous les préparatifs. Il faudra bientôt compter avec Salto, qui vient de se voir autorisée par l’Autorité de la concurrence. Mais aussi avec Mediapro qui annonce des chaînes couvrant la L1 et la L2 et qui va chercher à damer le pion à Canal+, en pleine restructuration. Ou encore, côté presse, avec Reworld qui vient d’absorber Mondadori sur fond sur de bras de fer avec les syndicats. Quant au groupe Le Monde, il est de plus en plus dans l’expectative après la décision de son actionnaire Prisa de céder ses 20 % au nouvel homme fort de l’entreprise, le Tchèque Daniel Kretinsky. Retour sur une tectonique des plaques estivale.

Salto, le saut dans l’inconnu

Plus d’un an après l’annonce de son lancement, la plateforme vidéo commune à TF1, France Télévisions et M6 a obtenu le feu vert, sous conditions, de l’Autorité de la concurrence. Au premier trimestre 2020, la nouvelle offre payante va tenter de se frayer un chemin parmi Netflix, Amazon Prime Video et bientôt Disney+, Apple TV+ ou WarnerMedia. Elle démarrera donc en respectant quelques engagements. Pas question, par exemple, de multiplier les passerelles entre les maisons mères et la plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) : Salto sera limitée dans ses achats couplés de droits puisqu’elle ne pourra proposer plus de 40 % de contenus audiovisuels (hors cinéma) acquis en exclusivité par ses actionnaires. Elle devra aussi réserver des conditions non discriminatoires aux distributeurs tiers de ses chaînes de la TNT, et de leurs services associés. Enfin, si Salto ne comprendra pas de publicités, elle pourra assurer sa promotion croisée avec les chaînes des trois groupes de façon limitée et transparente. La plateforme pourra leur acheter de l'espace « dans des conditions objectives et non discriminatoires », précise l’Autorité.
Reste à régler de nombreux points. Sur le plan juridique d’abord, il y aura sans doute une régularisation à faire pour que les droits SVOD des chaînes soient utilisés par Salto. Seront-ils rétrocédés à la plateforme ? Sur la base de quelle négociation avec les ayants droit ? Tout cela devra être précisé. Ensuite, il s’agira de valoriser une offre qui comprendra du sport, de l’information, de la fiction et du cinéma. Mais pourquoi payer au moins 1 à 3 euros en entrée de gamme pour des programmes que l’on peut retrouver sur les offres de rattrapage des trois groupes ? Les trois acteurs, qui réalisent un premier investissement de 15 millions d’euros chacun pour Salto, auront à cœur de démontrer que la plateforme cumule deux atouts : une facilité d’accès et des périodes de replay plus longues. Une campagne de publicité sera lancée pour vanter ses bienfaits.

Mediapro prend forme

Après des mois de suspense, c’est Julien Bergeaud, directeur général France de Discovery et Eurosport, que le groupe Mediapro a choisi pour piloter le lancement de sa chaîne de foot à la rentrée 2020. Ce spécialiste des droits sportifs ne prendra ses fonctions que le 1er novembre, signe que c’est bien le Catalan Jaume Roures, fondateur de Mediapro, qui mène la danse. À la surprise générale, le groupe espagnol, racheté par un fonds chinois début 2018, a acquis les droits de la Ligue 1 pour plus de 800 millions d’euros par saison jusqu’en 2024. Avec neuf matchs de L1 et huit matchs de L2 par journée de championnat, il entend proposer « une chaîne attractive et accessible au plus grand nombre ».

Commercialisée autour de 25 euros par mois, celle-ci viserait 3,5 millions d’abonnés. Reste à connaître les accords de distribution qui seront conclus, et d'abord avec Canal+, qui détient les principaux droits de la Ligue 1 encore pour une saison. Jaume Roures a prévenu qu’il ne vendrait pas ses matchs à la découpe. Également challengée par Netflix et par la multiplication prochaine des offres de SVOD en France, la chaîne cryptée a d’ores et déjà annoncé, au début de l’été, un plan de départs volontaires visant près de 500 personnes, soit 18 % de ses effectifs en France. Au premier semestre, la chaîne a encore perdu 263 000 abonnés dans l’Hexagone, soit une baisse de 3,3 %, à 7,6 millions d’abonnés au total. 2020 sera crucial.

 

Reworld en pleine absorbtion

Reworld Media a acquis Mondadori France le 31 juillet alors que les équipes attendaient l’exécution de la décision du 11 juillet du TGI de Nanterre qui enjoignait le groupe à une « consultation sur les orientations stratégiques 2019 avant toute remise valable d’un avis sur le projet de cession ». Quid de Télé Star (731 842 ex. en diffusion France payée), de Pleine Vie, (607.035 ex) et des trente autres magazines ? Des craintes sur leur pérennité se cristallisent car Reworld, spécialisé dans la monétisation de ses marques digitales, a déjà fermé Be et L’Officiel des spectacles, rachetés à Lagardère en 2014. Quid d'Auto Plus et de L’Auto-journal, qui placent Reworld, déjà propriétaire d'Auto Moto, en position dominante au regard de l’Autorité de la concurrence ? D'où une plausible cession... Quid de l'emploi des 697 salariés ? Ces questions posées aux deux cofondateurs Pascal Chevalier et Gautier Normand, venus le 1er août faire le tour du propriétaire, demeurent sans réponse. Seule la brieveté de la clause de cession offerte aux seuls journalistes en CDI est connue : deux mois. Court pour trancher sans connaître la stratégie de l’entreprise. Selon nos informations, nombre de managers comptent partir dont Laurence Pieau au pôle infotainment, Sophie Delaugère et Delphine Apiou au pôle Femme et Laurent Chiapello au pôle Auto. Des réponses seront peut-être données lors du prochain Comité social et économique du 5 septembre. Mais la réunion se tiendra avant les décisions du TGI de Nanterre et du Conseil d’État, saisis par les syndicats. La rentrée s'annonce agitée.   

 

Kretinsky à la manœuvre

Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky poursuivent leur offensive sur Le Monde. Ils sont entrés en négociations exclusives avec le groupe espagnol Prisa pour racheter ses 20 % de participation du Monde Libre (LML). Une opération menée en embuscade qui fait écho à celle réalisée l'été dernier par le milliardaire tchèque (propriétaire des magazines de Lagardère via CMI Media), qui avait racheté 49 % des parts du Nouveau Monde (LNM) à Matthieu Pigasse, assorti d'une option d'achat de 100 %. Le coupe est pleine pour Xavier Niel : « Je ne peux pas imaginer que Daniel Kretinsky prenne une position de contrôle au-dessus de nos têtes » a-t-il lancé en conseil de surveillance. Cette opération ferait de Pigasse-Kretinsky les premiers actionnaires du journal avec 46 % de LML, même si elle ne leur donnerait aucun pouvoir de gouvernance suplémentaire. Seuls Xavier Niel et Matthieu Pigasse restent codécisionnaires. Quant au pôle d'indépendance, qui détient 25 % des parts de la société éditrice du Monde et réunit journalistes, salariés et lecteurs, il s'impatiente de la non-signature par Kretinsky, Pigasse et Niel du droit d'agrément débattu depuis le 25 octobre 2018. Il soumettrait l'arrivée de tout nouvel actionnaire à l'approbation des salariés. Un texte que le nouveau magnat des médias rechigne à signer, en dépit d'un aval donné à l'automne dernier.

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