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Entretien

Laurence Bachman : Je veux des histoires qui défendent des points de vue

01/09/2000

Directrice de la fiction de France2 depuis janvier dernier, Laurence Bachman dévoile sa stratégie éditoriale.

Après avoir travaillé plus de dix ans dans le camp des producteurs comme directrice d'Alya/Ellipse, vous êtes passée de l'autre côté du miroir. Qu'avez-vous découvert? Laurence Bachman. Diriger la fiction d'une chaîne comme France2 est bien évidemment une fonction formidable. On voit passer tous les talents: des auteurs, des comédiens et des metteurs en scène. Ces dernières années à Ellipse, je faisais davantage de la gestion et du management. France2 produit une centaine de films par an et lance plus de deux cents conventions d'écriture pour un budget total de 700millions de francs: ici, je retrouve le plaisir de travailler sur l'aspect artistique et sur les idées. Mais vous n'imaginez pas la pression que me font subir les producteurs, car je suis maintenant du côté du pouvoir de décision. Je n'ai pas l'intention d'oublier que j'ai été moi-même productrice. Alors j'essaie d'être juste dans mes choix. Ce qu'il y a de plus difficile, en définitive, c'est de partager de façon quasi intime les projets des producteurs et d'avoir parfois à leur dire non. France2 consacre trois soirées par semaine à la fiction française. Quelle sera votre ligne éditoriale ? L.B. Les trois soirées sont parfaitement identifiées: le lundi reste réservé aux fictions de prestige et de patrimoine plutôt historique et littéraire. Mais je souhaite l'élargir à des thèmes contemporains. Le mercredi est consacré aux sujets de société que je voudrais voir traiter de manière moins dramatique. Le vendredi, nous confirmons les polars de 52minutes. J'attends plus d'humour et, surtout, des histoires avec de véritables points de vue. Avec Napoléon tourné l'an prochain avec Christian Clavier et Gérard Depardieu, Sans Famille avec Pierre Richard, ou encore Madame de avec Carole Bouquet et L'Étrange monsieur Joseph avec Roger Hanin, France2 ne donne-t-elle pas le sentiment, en faisant appel aux stars, de faire du suivisme face à TF1? L.B. Le lundi est très concurrentiel. Il faut évidemment, sur certains films, jouer le casting. Mais le prestige, c'est aussi un ton. Un ton d'auteur comme celui de Nina Companeez et de Mag Bodard, fidèles à la chaîne, qui viennent de tournerPique-nique à Osiris. De Richard Bohringer qui réaliseRetour aux sources. Ou encore de Caroline Huppert qui a écrit et réaliseDeux Femmes à Paris entre 1933 et 1942avec Romane Bohringer et Julie Depardieu. C'est également le ton juste des grands acteurs capables de porter des points de vue difficiles. Ainsi, je n'aurais pas tenté l'histoire de Joseph Janovici, ce ferrailleur ambigu qui a sauvé des juifs, sans Roger Hanin. J'ai la chance toutefois, sur France2, de ne pas avoir à associer un scénario à une star. On me demande de faire 25 à 30% de parts d'audience, pas 40%. C'est un véritable confort. La chaîne peut ainsi prendre des risques comme par exemple avecLa Bicyclette bleue(3x90minutes produit par GTV, la société de Christian Charret) en confiant le rôle principal au top model Laetitia Casta qui n'était pas comédienne et la réalisation à un metteur en scène jusqu'alors inconnu, Thierry Binisti. J'ai donné le feu vert à Gilles Torrent, scénariste d'André Téchiné et de Catherine Breillat, pour un film sur le chevalier d'Éon sans exiger de casting. Comment allez-vous faire évoluer la case du mercredi soir? L.B. Avec Michèle Cotta, directrice générale, nous trouvons la couleur de la chaîne trop sombre ce soir-là. Nous voulons essayer d'apporter un regard plus ludique sur les sujets de société. Il ne faut jamais oublier que la fiction est réductrice. Il s'agit donc de traquer la justesse du propos, de toujours défendre un point de vue, tout en apportant une pointe de comédie. C'est dans cet esprit que nous allons aborder la question du racisme et des minorités, avec un sujet sur les problèmes de voisinage (Nelka Production) et de la polygamie (Auteurs associés). Revisiter le divorce avec l'histoire d'une femme qui, pour faire croire à son mari qu'elle a un amant, accumule des indices aussitôt détruits par ses enfants inquiets (Murmures Production). Ou encore traiter du choix d'une femme de ne pas devenir mère (Dominique Antoine/ Expand)... AvecUn Potager pour deux, écrit par Joëlle Goron et Cathy Pierre, et produit par les Auteurs associés, ce sont les nouveaux retraités que nous allons croquer. Mais, nous aurons aussi des sujets durs. C'est l'avantage de France2 dont la ligne éditoriale est à 180°. Ainsi, Corinne Touzet nous a proposé, en tant que productrice,Et Demain Paula,qui traite du destin d'une avocate devenue SDF. Le mercredi, c'est aussi la case de l'Instit et des autres héros civils récurrents. Leur profil politiquement correct n'est-il pas franchement dépassé? L.B. Nous ne toucherons pas à ces séries de 90minutes -L'Instit, La Kiné, Louis Page, Les Monos, Madame la Proviseur, Marie Fransson-, car leur audience est très stable. Ce qui me permet de tester à côté d'autres types d'écriture. Mais c'est vrai que nous nous interrogeons. J'organise un séminaire avec mon équipe en octobre pour réfléchir aux héros civils de demain. Devront-ils rester des médiateurs? La réflexion portera aussi sur les séries de 52minutes non policières.La Crèche(Télécip), qui a essuyé les plâtres, a démontré que c'était un format difficile en dehors du polar. Quelle écriture testez-vous? L.B. Je trouve que l'on est un peu tiède dans la forme, il faut qu'on bouge. Pourquoi ne pas emprunter aux séries américaines qui tournent en face caméra, avec des voix off, des voix intérieures et des écrans coupés. CommeAlly Mc Beal. Confirmez-vous le policier en 90 et en 52minutes le vendredi soir? L.B. Nous conservons en 90minutes lesMaigret(Dune),Nestor Burma(DEMD),Crimes en séries(Alya) etBoulevard du Palais(GMT). Mais nous voulons développer les 52minutes, même si ce format est un vrai casse-tête, car il se rediffuse moins facilement que les 90minutes. Pour fidéliser, nous devons nous constituer un stock. Plus question donc de commander à tout va des séries de six épisodes sans lendemain. Nous repartons avecPJ(Telfrance),Avocats et Associés(Son&Lumière) etCrim'(Fit) que nous commandons par douze épisodes. Nous mettons à l'antenne deux nouvelles séries:LPS(Alya) qui est feuilletonnesque etBrigad(Expand). Nous tournons aussiLe Crime ne paie pas,une nouvelle série avec Christine Citti. Par ailleurs, nous développons en écritureCentrale nuitavec GTV etUnité de rechercheavec Dune. Avez-vous entamé une réflexion sur l'access en 52 et en 26minutes? Et allez-vous relancer le feuilleton de l'été? L.B. France2 réfléchit à l'idée de séries de 52minutes pour la tranche 17/18heures le samedi ou le dimanche, horaire où l'on diffuse aujourd'hui des séries américaines. Le coût serait de 900000francs l'épisode. Rien à voir avec le polar de 52minutes du vendredi dont le budget est de 3MF. Je n'ai pas la case, mais j'ai demandé aux producteurs de plancher. Aujourd'hui, après avoir reçu plus de soixante projets, cinq scénarios dialogués sont en écriture: Capa a choisi la vie dans un campus, Expand veut adapterMedico di familia,Françoise Bertheau (qui a produitSeconde B) propose les aventures d'un camping, Télé Images, dans l'esprit deFriends,veut raconter la vie de trentenaires à Aix-en-Provence et Hamster développeNoémie a 20ans. Nous ne souhaitons pas de 26minutes en access. Quant au feuilleton de l'été, nous y avons pour le moment renoncé, privilégiant les miniséries de prestige (3 à 4épisodes) le lundi soir. On ne peut pas tout faire! Comme productrice, vous avez participé à la création de l'Association des producteurs de fiction qui réclame une rétribution à la rediffusion et un intéressement à l'audience. Où en sont les négociations? L.B. Elles sont en cours, mais je n'y participe pas. Je considère la demande des producteurs légitime.

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