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Enquête

Panique dans les news

17/11/2000

Les hebdomadaires français ont eu une semaine difficile: Bush ou Gore, qui fallait-il mettre à la une? Ni l'un ni l'autre... Reportage.

Ce devait être Bush ou Gore. Finalement, ce ne fut ni l'un ni l'autre. Le mercredi 8novembre, les patrons des hebdos français, les fameux «news», ont certainement vécu leur journée la plus longue de l'année avec les élections américaines. Tous étaient sur les dents: le mercredi est, pour la plupart d'entre eux, le jour du bouclage pour être en kiosques dès le jeudi. Depuis que Jean-François Kahn a lancéL'Événement du jeudi, c'est le jour de sortie deL'Express,duNouvel Observateur,deParis-Match,deVSDet même deCourrier international.Quant auPointet àMarianne,ils prennent la relève le vendredi et le lundi. Dans son bureau de Montparnasse, le patron deL'Express,Denis Jeambar, a passé une nuit blanche. Comme son état-major. La main sur le téléphone, l'écran de CNN devant les yeux et France Info dans les oreilles, il attend la nouvelle pour donner l'ordre du tirage. Il est déjà en retard. Le bouclage, ordinairement fixé au mardi soir à 21heures, a été reculé au mercredi matin à 4heures pour pouvoir investir les kiosques avec la nouvelle. Tout est fin prêt. Chez l'imprimeur Maury, en région parisienne, deux jeux de plaques sont posés au pied de la machine. L'industriel n'a pas droit à l'erreur: aprèsL'Express,doivent suivreParis-MatchetLe Point... Denis Jeambar a tout prévu: une version Bush président et une version Gore. Sur la recommandation du correspondant local, une troisième version «ballottage», élaborée trois jours avant «au cas où», est restée dans les disques durs.«Il y avait 0,01% de chances que cela se produise...»,explique Éric Maton, chef de fabrication du journal, une pièce maîtresse du dispositif. Les trois unes mises au point par Joseph Maggiori, le directeur de la création, sont validées:«Gore, enquête sur un faux modeste»pour l'une,«Bush, un président inquiétant»pour l'autre et«L'Amérique déboussolée»pour la troisième. 8h19. Sur le fil de l'Agence France Presse, l'information tombe enfin, laconique:«Washington - George W. Bush président.»Agences de presse, télévisions et radios se lancent dans les portraits du nouveau président, de sa femme, etc. Chez Maury, on cale la version Bush et on lance l'impression. ÀL'Express,l'équipe souffle: Denis Jeambar part prendre une douche. Las! 9h20: CNN revient sur ses déclarations car les scores sont trop serrés. Al Gore ne reconnaît pas la victoire de son rival. Il faut attendre les résultats de la Floride. L'équipe deL'Expressse jette sur le téléphone, arrête les rotatives. Il esttemps: 150000exemplaires du cahier de 24pages sur les élections et 9000exemplaires deL'Express,tous brochés, sont déjà sortis. Denis Jeambar s'enferme dans son bureau avec son directeur général, Marc Feuillée.«On se pose et on attend,raconte-t-il.À midi, la situation n'évolue pas: on décide de lancer la troisième version.»En 40minutes chrono, les papiers sont réécrits, «rafraîchis», envoyés à la photogravure.

Une élection où rien n'est raisonnable

Le lendemain,L'Expressest en kiosques, soutenu par une campagne d'affichage montrant un président sans tête. Seule la moitié des exemplaires destinés à la province n'arrivera que le lendemain.«Nous avons couru un vrai danger industriel»,explique Denis Jeambar.«Quand je vois"Rester jeune"en une duNouvel Observateur et "L'Amérique déboussolée"chez nous, je me dis qu'il n'y a qu'un seul news»,commente, vachard, Joseph Maggiori.«C'est un choix délibéré,se défend Laurent Joffrin, directeur de la rédaction duNouvel Observateur.Notre bouclage tombe le mardi à midi: nous n'avions qu'une heure pour réagir. Un commentaire fait à chaud n'est pas meilleur chez nous que dans les quotidiens. Et les papiers préparés à l'avance sont forcément frappés d'obsolescence. Il suffit de regarder ce qu'ont fait nos confrères. Nous reviendrons sur l'événement avec davantage de recul la semaine prochaine .»ÀParis-Match,Olivier Royan, directeur adjoint de la rédaction, était aussi aux premières loges. Cet ancien correspondant aux États-Unis a l'habitude des élections américaines: il a couvert celles de Clinton en 1992 et en 1996. Cette fois, c'est en tant que bras droit du patron, Alain Genestar, qu'il fait ses premières armes. Pour le successeur de Roger Thérond aussi, il s'agit d'une première. Le système est rodé: d'ordinaire,Matchboucle le lundi soir tout en se gardant la possibilité d'intégrer la une et une douzaine de pages le mardi matin. Pour que Match puisse paraître avec le nom du vainqueur jeudi 9novembre, il faut tout décaler d'un jour. Aussi, le mercredi, à 8heures15, lorsqu'est - apparemment - connu, après une nuit blanche, le nom du nouveau président des États-Unis, tout se déroule comme dans un rêve.«Georges W. Bush, un destin américain»,titre alors le magazine, une photo du nouveau couple présidentiel à l'appui. Suit une saga de l'irrésistible ascension de Bush junior...«On la joue très famille»,explique Royan. Une heure plus tard, alors que le titre est déjà en phase de calage sur les machines, conférence de rédaction en catastrophe:«On a très vite compris qu'on ne pouvait pas prendre le risque de parier sur un gagnant et que rien, dans cette élection, n'allait être raisonnable.»Hélas, le retard pris est trop important pour permettre àMatchde tenir son jour de sortie. Il ne sera livré à Paris que le jeudi après-midi et le vendredi en province. Un écart d'un jour d'autant plus préjudiciable que beaucoup de points de vente ferment le samedi 11novembre. MaisMatchest le seul magazine français à montrer les photos de la folle nuit des élections. Mercredi matin, Franz-Olivier Giesbert, le directeur duPoint,pensait avoir un peu de temps lorsqu'il a renoncé à sa version titrée«Bush, un destin américain.»Son pendant,«Gore, un destin américain»,était prêt à l'emploi. Le bouclage ordinaire tombe le mercredi soir.«L'après-midi, quand nous avons vu que le suspense durait, nous avons songé à d'autres sujets: la vache folle, les factures...»,raconte-t-il. Rien d'emballant. Dans l'après-midi, l'équipe confectionne en toute hâte un récit de la nuit sur quatre pages, retouche ses portraits des candidats et titre«L'incroyable histoire d'une élection contestée.»Au final, le journal part vers minuit, comme d'habitude.«Ici, les gens étaient formidables, tous sur le pont,se souvient Franz-Olivier Giesbert.Mais sur le plan cardiaque, c'est effrayant!»Plus tranquille a été Jean-François Kahn. Son hebdomadaire,Marianne,est en dehors de la course ce mercredi 8novembre. En sortant le lundi, il savait qu'il n'avait aucune chance de tirer son épingle du jeu. Dommage: le titre est capable de réagir vite, comme l'a prouvé sa couverture au lendemain des élections législatives de 1997. Quand il était rédacteur en chef duQuotidien de Paris,en 1976, le quotidien avait été le seul a faire sa une, le mercredi, sur la victoire de Carter. Le sort lui a une nouvelle fois donné sa chance. En titrant«Ces crétins qui nous gouvernent»,le 13novembre, le patron de presse reste encore dans l'actualité.«On joue le candidat Bush gagnant,confie le patron deMarianne, car si c'est Gore, on reste dans la continuité de Clinton. Donc pas de changement. Il vaut mieux alors titrer sur un sujet comme la vache folle.»

Les compliments d'un Américain

Plus prudent,Valeurs actuellesa fait sa une sur les deux Amériques. Enfin,Courrier internationala manqué le coche. L'hebdomadaire a publié son collector sur ses dix ans la semaine même de l'élection américaine. Du coup, impossible de couvrir l'événement. Mais pour Philippe Thureau-Dangin, son directeur de la rédaction,Courrierne peut boucler, au plus tard, que le mardi à minuit. Et pour lui, la grande leçon à retirer, c'est que tout le monde s'est trompé.«La presse autant que les autres médias avec leurs sites Internet,explique-t-il,ce qui prouve qu'il n'y a plus de différence, dans l'information en continu, entre la télévision, la radio et les journaux.»De fait, les magazines français comme les quotidiens papier n'ont fait aucune erreur. Le compliment vient d'un Américain:«Les magazines européens ont été très bons,constate Peter Goldmark, président de l'International Herald Tribune. Bien meilleurs que les Américains avec leur couverture superficielle quand il s'agit de traiter des élections européennes.»

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