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Enquête Presse

Dessine-moi un journal

08/12/2000

Le dessin de presse a retrouvé sa place après des années de domination de la photographie. En France comme en Europe ou aux États-Unis, les éditeurs redécouvrent les vertus des «journalistes dessinants».

Les Daumier, Caran d'Ache et autres dessinateurs peuvent reposer en paix. Féroce, émouvant ou simplement illustratif, le dessin de presse fait aujourd'hui partie du paysage habituel des kiosques français. Un vrai «come-back». Réduit à la portion congrue dans les années soixante au profit du tout-photo, le dessin est resté des années l'apanage de Jacques Faizant, auFigaro,seul à disposer du privilège d'occuper la une d'un grand quotidien. Paradoxalement, Faizant a été relégué l'an dernier à l'intérieur du journal alors que la plupart de ses confrères avaient entre-temps conquis une place de choix. Depuis 1985, Plantu occupe la une duMonde.André Fontaine, alors directeur du quotidien, lui a offert cet emplacement «pour rendre sa place à la tradition française des dessins politiques».Libérationfait une large place au dessin grinçant de Willem et le très sérieux quotidienLes Échosfait régulièrement appel aux sobres caricatures de Morchoisne. Les quotidiens régionaux ne sont pas en reste:Sud Ouest, Ouest FranceouLes Dernières Nouvelles d'Alsaceutilisent de plus en plus de dessins, en une ou dans leurs pages intérieures. Enfin, deux des derniers hebdomadaires apparus sur le marché,Courrier international(né en 1990) etMarianne(lancé en avril 1997) publient de nombreux dessins. Ceux-ci gagnent même, et plus souvent, la une du quotidien de Jean-François Kahn.«Il y a un intérêt réel sur le marché,confirme Odile Conseil, rédactrice en chef adjointe deCourrier internationalqui organise, depuis deux ans, Les Journées internationales du dessin de presse à Rouen.Des festivals comme le nôtre sont maintenant nombreux dans le monde.»

Mieux qu'un discours, un bon croquis

Ce regain d'intérêt est logique.«La photo ne peut pas tout dire»,explique Jean Veenembos, le dessinateur vedette du quotidien de centre gauche autrichienDer Standard.«Censée représenter la vérité palpable, elle devient vite ennuyeuse ou même répétitive lorsqu'il s'agit d'accompagner des sujets d'économie et de politique.»Un bon croquis, comme chacun sait, vaut mieux qu'un long discours.«Le trait met les faits en évidence, allège la page et dissout le rectangle imposé par l'image photographique»,précise Jean Veenembos. Personne n'a jusqu'ici trouvé d'autre moyen d'amener un lecteur avec le sourire vers un article consacré à l'euro ou au projet d'écotaxe de Bercy. Même s'il faut parfois piquer là où cela fait mal. Si Plantu ne passe pas pour un tendre auprès des hommes politiques français, il est loin d'approcher la férocité de ses collègues d'outre- Manche. Dans leGuardian,pourtant proche du parti travailliste, le Premier ministre Tony Blair est, par exemple, systématiquement affublé d'une grotesque couche-culotte.«Nous avons carte blanche et nous disposons de plus d'espace dans les pages du journal que nos homologues français dans les leurs»,constate Andrzej Krauze, le dessinateur duGuardian.

Détecter et suivre la tendance

Chaque pays a son public, son style: abstrait en Allemagne, soucieux du détail féroce en Autriche, cruel au Royaume-Uni, allégorique au Japon. Mais le goût des lecteurs évolue rapidement.«Il y a des modes, des styles, des retours,témoigne Paul Gendrot, un indépendant, spécialiste des sujets économiques et sociaux.La tendance actuelle est plutôt au futurisme naïf d'inspiration japonaise, au dessin jeté très dépouillé ou aux années soixante/soixante-dix dans la presse féminine. Généralement, cela ne dure pas...»Tout le génie consiste donc à détecter et suivre la tendance.«J'ai effectué récemment un séjour à New York,raconte Andrzej Krauze.J'ai cessé de travailler pour visiter, rencontrer des gens et m'imprégner du climat. Quand je suis revenu, mon dessin avait changé: je faisais des choses plus simples, plus brutales, plus dépouillées.»Résultat: un fort impact, mesuré par les études de lectorat, auprès des jeunes lecteurs du Guardian...«Ma cote a soudain explosé auprès de la direction du journal!»,s'amuse le dessinateur. Une ficelle pour les nombreux candidats au métier, comme Bauer, qui rêvent de percer le cercle très fermé de ces journalistes dessinants.

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