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Câble et satellite

Les diffuseurs font-ils la loi?

26/01/2001

TPS relègue La Cinquième derrière TF6. Santé-Vie et Allociné TV cherchent à avoir accès au câble parisien... Les plates-formes de diffusion sont aujourd'hui les maîtres du câble et du satellite. Mais jusqu'où peuvent-elles aller?

Marc Tessier, le PDG de France Télévision, ne décolère pas. Lorsqu'il a appris que La Cinquième était délogée du canal 5 de TPS pour faire de la place à TF6, ce fut par le directeur technique d'Arte. Ainsi, la chaîne éducative se retrouve aujourd'hui reléguée au canal 23 de la plate- forme satellitaire.«Nous n'en resterons pas là», confie Marc Tessier, qui a alerté le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et prépare sa riposte juridique.«Que les deux actionnaires principaux d'un bouquet s'entendent pour écarter une chaîne publique, voilà qui serait interdit aux États-Unis», renchérit Ghislain Achard, directeur délégué du holding France Télévision. Pour le groupe audiovisuel, c'est d'autant plus difficile à avaler que TPS a bien profité lors de son lancement, jusqu'à la loi du 1er août 2000, de l'exclusivité de diffusion des chaînes publiques. Mais TF6, née d'un mariage entre TF1 et M6, est à l'évidence une chaîne prioritaire aux yeux des actionnaires principaux de TPS (Suez-Lyonnaise, M6 et TF1). Pour les dirigeants du bouquet, l'argument est imparable: en tant qu'entreprise commerciale privée, elle est seule responsable de l'organisation de son produit... Concernant La Cinquième, par ailleurs diffusée sur le canal 33 de CanalSatellite et sur le canal 13 de Noos, il ne s'agirait que d'un simple changement de numérotation qui n'a«strictement rien à voir avec la politique commerciale d'un opérateur». Selon un porte-parole de TPS, la chaîne a rejoint«le pôle de chaînes découverte, situé entre le 20e et le 30e canal. Et TF6, qui se définit comme une minigénéraliste, a naturellement pris place dans les dix premiers canaux consacrés aux généralistes».Rien à voir, donc, avec une volonté de favoriser TF6:«Si tel était le cas,poursuit TPS,d'autres chaînes "cousines", dans lesquelles TF1 et M6 ont des participations, seraient mieux exposées.»Or, Teva et Série Club flirtent avec les 60, les deux chaînes de télé-achat sont dans les 80. Même Patrick Le Lay affirmait avoir eu du mal à convaincre les actionnaires de TPS de reprendre TV Breizh! Par ailleurs, TF6 n'est pas encore intégrée sur Noos (ex-Lyonnaise-câble), preuve selon le bouquet-satellite, que la connivence d'actionnaires a ses limites. Mais des négociations sont engagées.

Des négociations difficiles

Saisis du «cas TF6», le CSA et Bercy ont préféré s'en remettre aux autorités de la concurrence de Bruxelles. Les pouvoirs publics pourraient être saisis d'un problème non moins vif: l'accès au câble parisien pour des chaînes qui sont candidates à une reprise par Noos. Jérôme Bellay, le patron d'Europe1 et fondateur de Santé-Vie, accuse le câblo-opérateur de lui interdire l'accès à Paris et de profiter de sa situation monopolistique sur la capitale pour renégocier le contrat des chaînes du groupe Lagardère (cf. entretien ci-contre).«Faux,répond Karl Bisseuil, le directeur marketing de Noos.Nous sommes tout à fait prêts à reprendre la chaîne Santé-Vie, à condition de payer la même redevance que les autres opérateurs. Le problème, c'est que le groupe Lagardère a des exigences démesurées pour cette chaîne. S'il s'agissait d'un collectif de pêcheurs suisses, les négociations seraient sans doute moins rudes... Mais il s'agit de Lagardère!»Autres plaintes, celles d'i-télévision et d'Allociné TV. Détenue par Canal+ et reprise sur TPS depuis février 2000, la première déplore une visibilité précaire sur Noos: non incluse dans l'offre analogique du câblo-opérateur, elle échappe en effet au regard d'un tiers du réseau (772000abonnés). De son côté, la seconde, qui a été lancée en septembre par CanalNumédia, filiale de Canal+, est tout simplement absente dans la capitale.«Allociné a élaboré son modèle économique sans jamais entamer de négociations avec nous,rétorque Karl Bisseuil.Je ne suis pas fermé à l'arrivée de cette chaîne, le seul problème est que je n'ai jamais rencontré ses dirigeants. Avec cent quarante chaînes, nous avons l'offre la plus variée de tous les opérateurs. On ne fait pas de sélection par le haut, et encore moins par les groupes.»En aparté, certains éditeurs de chaînes soupçonnent cependant le câblo-opérateur de vouloir faire payer aux chaînes un droit d'entrée pour se faire diffuser, à l'instar de ce qui se fait en Allemagne. Réponse du berger à la bergère? Cinéinfo, lancée en mai sur Internet et sur Noos, risque de payer cher l'entrée récente d'un nouveau partenaire financier nommé... Suez Net Invest, filiale de Suez-Lyonnaise. Si la reprise sur TPS, qui piétine depuis plusieurs mois, peut aboutir au printemps, l'accès à CanalSatellite et NC Numéricâble, du groupe Canal+, semble, lui, se refermer d'autant plus... Autre cas d'école, NRJ TV. TPS devait reprendre la chaîne, mais elle s'est rétractée presque aussitôt, Nicolas de Tavernost, alors directeur général de M6, n'avait pas apprécié l'arrivée sur le bouquet d'une concurrente de sa propre chaîne musicale, M6 Music. Aujourd'hui transformée en Web télé, NRJ TV attend des jours meilleurs avec le numérique hertzien...

Une nouvelle donne

Cette guerre qui oppose opérateurs et éditeurs de chaînes ne date pas d'aujourd'hui. En 1997, France Télécom Câble, filiale de France Télécom (actionnaire à 16,7% de TPS), avait déjà lancé les hostilités en renégociant à la baisse tous les contrats de son offre. Jugée trop chère, Canal J, alors propriété de Canal+, avait été remplacée à Metz par Télétoon, chaîne détenue à 100% par TPS... avant d'être rétablie. France Télécom Câble récidiva ensuite à Biarritz-Anglet-Bayonne, où Planète (Canal+) dut céder la place à Odyssée (TF1). Cette modification du plan de service de l'opérateur fit aussitôt l'objet d'une attaque en règle de Planète qui alla jusqu'à saisir le procureur de la République pour exiger des sanctions pénales à l'encontre de France Télécom Câble. Mais le tribunal de grande instance de Bayonne débouta la chaîne. Un jugement confirmé en appel: il ne peut y avoir de traitement différencié entre le câble, soumis à autorisation, et le satellite, au seul régime déclaratif. La loi sur l'audiovisuel du 1eraoût 2000 remet toutefois les deux modèles en perspective. Selon le service juridique du CSA, toute modification de plan de service d'un câblo-opérateur ne peut désormais se faire qu'à condition de ne pas remettre en cause un grand genre (info, musique), de ne pas avoir pour seule motivation une rémunération inférieure et de ne pas défavoriser les chaînes qui investissent dans la production. Parallèlement, le satellite doit respecter une part légale de chaînes indépendantes des grands groupes. En principe, le nouveau régime protège donc les éditeurs de chaînes de tout abus de pouvoir (voir l'encadré). Mais la prolifération des chaînes donne aux opérateurs l'embarras du choix. Si les bouquets- satellite se battent sur les contenus, les câblos, en situation de monopole sur «leurs» villes, pourraient théoriquement diffuser toutes les chaînes. Or, depuis la généralisation des offres à la carte, la loi du marché s'applique à fond.«Les chaînes restent prises en tenaille entre la nécessité d'être rémunérées au juste prix et leur volonté d'étendre leur visibilité», explique ainsi Claude-Yves Robin, le directeur général de Canal J.

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