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Entretien

Xavier Couture : Sur TF1, le téléspectateur est coproducteur

09/02/2001

En créant Stars à domicile, un divertissement produit par Réservoir Prod, TF1 accentue son orientation vers la real TV. Explications de son directeur d'antenne... avant l'arrivée d'Aventure Robinson, un jeu dans la même veine.

La part d'audience de TF1 a baissé, passant de 35,1% en 1999 à 33,4% en 2000. N'êtes-vous pas de moins en moins une chaîne qui rassemble et de plus en plus une chaîne qui ressemble? Xavier Couture. Il y a eu une baisse mécanique de la part d'audience de TF1 du fait de la multiplication de l'offre, mais aussi en parallèle une grande stabilité du temps consacré à regarder la chaîne. Sur les 3h11 que les Français passent par jour devant la télévision, 1heure va à TF1. C'est dire la prééminence du média. Une offre diversifiée en télévision implique qu'il y ait au sommet de la pyramide des médias qui rassemblent. Et nous fonctionnons comme une agora virtuelle. Quand je regarde TF1, je fais partie d'une communauté. Il s'agit d'un lien particulier qui fonctionne comme une rencontre virtuelle entre tous les téléspectateurs. Mais le lien fédérateur n'est-il pas en train de s'étioler? X.C. Non, car plus l'offre de chaînes explose et plus notre vocation de rassembleur est importante. Quand le village s'agrandit, il faut que la place du village renforce son activité. Il est vrai que le téléspectateur devient de plus en plus expert. Il n'a plus cette fascination pour une offre restreinte, et la TV n'est plus cet instrument qui permet de faire entrer dans le foyer des élites qu'on n'avait pas l'habitude de voir. Cela s'accompagne d'une remise en cause du discours des élites, qu'il s'agisse d'un comédien qui fait sa promotion ou d'un homme politique. Quand ils s'expriment en donnant l'impression que c'est dans leur seul intérêt, cela ne fonctionne plus. Sans doute est-ce ce qui explique l'arrêt deSacrée Soiréeou de7 sur 7. Le «discours autorisé» n'est plus toléré par le téléspectateur. Les hommes politiques déplorent leur absence de la télévision... X.C. On peut toujours déplorer... Nous, nous déplorons que les hommes politiques ne soient pas capables d'attirer le public. On n'est pas dans une démocratie populaire où on peut lui assener un discours de force. Si on demande à un homme politique de faire l'histrion, cela peut marcher - il est dans un rôle de promotion personnelle. Mais il doit aussi s'interroger sur sa capacité à faire vivre de manière correcte le débat démocratique. Vous avez lancé, le 3février, Stars à domicile, une émission produite par Jean-Luc Delarue. La real TV touche-t-elle tous les domaines de la télévision? X.C. Oui.C'est quoi l'amour?, Y'a pas photo, Confessions intimesde Julien Courbet, la fiction deJulie Lescaut,etc. Tous les genres sont touchés par une demande du public d'être mis en scène. AvecStars à domicile, même les variétés sont concernées puisqu'on organise la rencontre entre une vedette et ses fans. DansQui veut gagner des millions,qui reviendra au printemps, le temps est dilaté et c'est le téléspectateur qui écrit le scénario et rythme l'émission. Il est devenu un coproducteur. La real TV s'inscrit dans un mouvement de renouvellement des programmes de TF1, qui met à l'antenne l'inconnu, l'anonyme. Elle touche aussi le journal télévisé. L'information de TF1 fonctionne, car elle montre les conséquences sur le terrain de décisions prises en haut lieu. Le discours de l'homme politique devient alors tolérable. Qu'est-ce qu'Aventure Robinson traduit de nouveau pour TF1? X.C. Nous allons mettre en scène la représentation symbolique de la réalité, en faisant jouer un rôle à des téléspectateurs. De cette contrainte va naître une histoire. C'est ce qu'on voit avecAventures sur le Net, sur TF6, où se fabrique une fratrie: trois équipes de trois candidats ne peuvent sortir de leur isolement que par Internet. Cela fonctionne comme une matrice avec un cordon ombilical: après trois semaines, les individus ne peuvent plus se séparer. C'est fascinant, car on est là dans la représentation en accéléré de situations réelles. Le téléspectateur s'identifie et devient son propre héros. N'y a-t-il pas un danger à jouer ainsi aux apprentis sorciers qui fabriquent du lien humain? X.C. C'est un réflexe des élites que de dire: ils n'ont pas le droit. Mais au nom de quoi? Le public n'aurait pas le droit d'être mis en scène car il aurait un déficit culturel... Mais de quelle culture parle-t-on? Est-il plus dangereux de mettre en vente des cigarettes en prélevant des taxes ou de faire des émissions où des individus vont vivre des expériences? Est-ce que vous contrôlez les programmes de l'école publique? Nous vivons dans une société où il y a une forme de liberté et c'est tant mieux. Nous ne sommes pas des démiurges et nous faisons des émissions avec des adultes consentants. Que je sache, il n'y a pas eu de suicides collectifs de candidats deBig Brother... Reste qu'en l'état,Big Brothern'est pas compatible avec la société française.

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