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Entretien

Étienne Mougeotte : Oui à la télévision du réel, non à la trash TV

30/03/2001

Avant l'ouverture du Mip-TV, le vice-président de TF1, s'explique sur les grandes orientations de sa politique de programmes. Alors que M6 lancera en mai Loft Story, il réaffirme qu'il n'y aura pas d'adaptation de Big Brother, au nom du respect de la «dignité de la personne humaine».

TF1 connaît un regain d'image, en passant de 52% à 57% de satisfaits en 2001, selon notre sondage Ipsos-Stratégies. Comment appréciez-vous cette évolution? Étienne Mougeotte. Quand on est un média avec un public très large, il est très difficile d'avoir une image totalement consensuelle. Mais il me semble qu'elle s'est en effet plutôt améliorée. On le voit dans votre baromètre comme dans le sondage sur la crédibilité de l'informationLa Croix-Télérama-Sofres. Il y a quatre ou cinq ans, nous avions annoncé notre volonté de«quête de sens». Cette direction a été prise avec une politique ambitieuse dans la fiction, l'information et les documentaires. L'heure est donc à la réconciliation avec le microcosme parisien! É.M. Non, et la réconciliation ne sera jamais totale. Il y aura toujours une grande défiance du microcosme vis-à-vis de tout ce qui représente une adhésion forte et populaire, un divorce entre le peuple et les élites. Mais il est vrai que ce que j'entends de ce microcosme est plus favorable à TF1 qu'il y a quelques années. Serait-ce dû à une légère érosion de l'audience de TF1? É.M. Absolument pas. Notre part d'audience s'est érodée mécaniquement avec la multiplication de l'offre de programmes de complément, mais celle-ci a stimulé globalement la consommation de télévision. Du reste, en janvier et février 2001, notre audience est supérieure à celle qu'elle était il y a un an. Nous nous battrons bec et ongles pour maintenir notre leadership tout en développant des chaînes complémentaires qui seront un relais de croissance en termes d'audience et d'offre publicitaire. Nous sommes d'abord un éditeur. Notre métier consistera toujours à être une chaîne fédératrice et rassembleuse, recherchant l'événement et diffusant des produits spécifiques et originaux face aux rediffusions des chaînes de complément. Vous avez fait un effort remarqué sur la fiction avec Balzac et Les Misérables. Allez-vous poursuivre dans cette voie? É.M. Oui, nous venons de finir de tourner un remake deL'Ainé des Ferchaux, avec Jean-Paul Belmondo et Samy Naceri, et nous avons commencé le tournage de trois épisodes deFabio Montale, avec Alain Delon. Par ailleurs, nous diffuserons en 2002 la trilogie desTrois Mousquetaires, une adaptation de José Dayan et de Didier Decoin, avec Gérard Depardieu. Ce qui est encourageant, c'est que les plus grands comédiens ont envie de faire de la télévision, pourvu qu'on soit capable d'offrir des téléfilms à leur mesure. J'ajoute que les mini-séries sont des formats spécifiques à la télévision. Et nous coproduisons quatre-vingt-dix épisodes de prime time par an. Sur les meilleures audiences en 2001, les cinq premières places sont occupées parJulie Lescaut,Une Femme d'honneurouNavarro, avec plus de onze millions de téléspectateurs. Faites-vous, pour autant, preuve d'audace? É.M. Traiter un sujet comme la vie de Balzac en deux épisodes avec Gérard Depardieu dans le rôle titre, c'est de l'audace, et cela ne mène pas, bien au contraire, à des audiences confidentielles. Avec Balzac, on a fait plus de huit millions de téléspectateurs. De même, quand nous décidons de placerUshuaïaà 20h50 ou quand nous présentons un magazine d'information le dimanche entre 19 et 20heures face aux programmes de divertissement de la concurrence, nous faisons preuve d'audace. Auriez-vous, comme France2, diffusé une adaptation deRastignac? É.M. À la lumière de notre expérience, il me semble que l'audace justement consistait à rester dans la période avec les costumes d'époque. Mais, en même temps, ce serait présomptueux de tirer des conclusions définitives des mauvais résultats d'audience de Rastignac. Rien n'est interdit, il n'y a pas de recette. Reste que l'innovation dans l'écriture des fictions doit être très progressive. Sur TF1,Brigades spécialesetFemmes de loiont apporté une innovation, mais en douceur. L'immobilisme est mortel mais il faut aussi se méfier des grands coups de volant sur les médias grand public. Côté divertissements, vous diffuserez, à partir de l'été, l'adaptation française de Survivor. Où situez-vous les limites de la «real TV»? É.M.Les Aventuriers de Ko Lantane ressemblera ni de près ni de loin à de la «trash TV». Ce sont simplement des gens ordinaires qui sont placés dans des situations extraordinaires et qui organisent leur vie avec les moyens du bord, et dont on va scénariser les aventures. La télévision du réel correspond à un mouvement général que l'on constate dans la société d'aujourd'hui. Un besoin de proximité, d'identification. Cela prend des formes diverses,Qui veut gagner des millions?en est un exemple. Restez-vous totalement hostile à unBig Brotherfrançais? É.M. Je continue à dire qu'il n'y aura jamais Big Brother ou un programme de ce type sur TF1. La télévision du réel oblige à mettre des bornes déontologiques claires: pas de caméras cachées scabreuses, pas d'atteinte à la dignité de la personne humaine... Le contrat deTéléfootest actuellement en cours d'examen. Jusqu'où êtes-vous prêt à aller pour le conserver sur TF1? É.M.Téléfootest un beau programme. Je vous rappelle qu'il y a eu un premier appel d'offres l'année dernière. La Ligue nationale de football avait refusé à l'époque de l'attribuer. Nous souhaitons poursuivre Téléfoot. Nous avons fait une proposition à la LNF, qui nous semble équitable. Mais il y a un juste prix pour tout et nous ne ferons pas de surenchère. L'inflation des droits sportifs nous paraît dangeureuse. Nous estimons qu'aujourd'hui, les conditions du marché publicitaire nous obligent à une rigueur particulière sur le contrôle du coût de la grille. Et pour la Coupe du monde 2002? É.M. De la même manière, il y a là aussi un juste prix au-delà duquel nous n'irons pas parce qu'il n'est pas question de mettre en péril les grands équilibres économiques de l'entreprise. Surtout pour une Coupe du monde qui se déroule au Japon et en Corée, donc avec un énorme décalage horaire pour les Français. Certes, le groupe Kirch a acheté les droits pour l'Europe. Mais il a surtout besoin de trouver des diffuseurs en France, et si nous décidions - ce qui n'est pas le cas - de ne pas diffuser la Coupe du monde de football, ce serait plus un problème pour le détenteur de droits que pour TF1. Le gouvernement veut augmenter d'un demi-point en 2001 et d'un point en 2002 les quotas de production. Qu'en pensez-vous? É.M. TF1 investit déjà 15% de son chiffre d'affaires dans la création audiovisuelle. Cela représente 1,21milliard de francs pour la seule année 2000. C'était 600millions de francs il y a dix ans. Ce principe de l'indexation sur le chiffre d'affaires est la quasi-certitude d'une augmentation mécanique chaque année. C'est déjà une contribution très lourde et il n'y a aucune raison d'augmenter ce pourcentage. D'autant que la loi sur l'audiovisuel a déjà obligé les chaînes à renoncer aux parts de coproducteurs et que, par ailleurs, la durée d'exploitation des droits est réduite. Nous demandions au moins qu'on maintienne ce taux de 15% en l'état. L'augmentation d'un point de chiffre d'affaires est d'autant plus injuste qu'un certain nombre de producteurs sont aussi des filiales de diffuseurs (Canal+, Vivendi Universal, Lagardère), donc concurrents de TF1. M6 vient de réclamer au CSA un élargissement de son cahier des charges pour atteindre neuf minutes de publicité par heure moyenne. TF1 va-t-elle demander la même chose? É.M. Je ne peux pas répondre à ce jour. La procédure de reconduction de TF1 sera ouverte le 4avril. Nos demandes et celles du CSA seront publiées huit jours après. Êtes-vous satisfait que le gouvernement semble vouloir modifier la limite capitalistique de 49% concernant la télévision numérique hertzienne? É.M. Nous disons maintenant télévision numérique terrestre: TNT, c'est plus détonnant! Pour nous, c'est un nouveau moyen de distribution de sons, d'images et de services. Nous avons la conviction que si le numérique terrestre est constitué majoritairement de chaînes gratuites, il n'a aucune chance de trouver son équilibre économique. Le modèle majoritaire doit être payant. Quant à la règle des 49%, il est vrai qu'elle est absurde. Elle se justifiait quand on était dans un système analogique où les fréquences étaient un bien très rare. Mais dès lors qu'on passe dans un système d'abondance, avec plus de trente chaînes, la règle des 49% doit évoluer. Tant mieux si cette idée progresse. Nous serons présents d'abord avec TF1, puis éventuellement avec les autres chaînes du groupe. Mais la logique veut que ce soit des chaînes déjà diffusées sur le câble et le satellite qui intègrent l'offre numérique terrestre. Ne craignez-vous pas d'être marginalisé sur le plan international après l'échec de votre projet d'alliance avec Pathé sur les catalogues de programmes? É.M. Il n'a jamais été pénalisant d'être un acheteur national de programmes dès lors qu'on est le leader car les détenteurs de droits ne vendent pas en gros mais marché par marché. Quant au caractère franco-français de TF1, il doit être relativisé puisque nous sommes désormais actionnaires à 100% d'Eurosport qui pénètre dans 85millions de foyers européens. Enfin, il n'est pas interdit de penser que nous passerons des alliances dans les mois ou les années qui viennent. Mais je rappelle qu'au début des années 90, on annonçait notre mort prochaine sous prétexte que nous ne résisterions pas à la poussée des chaînes de Berlusconi qui s'installait dans toute l'Europe. Big n'est pas forcément beautiful... Small non plus!

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