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Karl Zéro : Double je

08/06/2001 - par Amaury de Rochegonde

Il présente le 16juin une émission sur TF1, où il se pose en héritier de la culture Coluche, et fait entrer Jean-Marie Messier dans le capital de son journal. Enquête sur le double Karl Zéro.

À quarante ans, Marc Tellenne a une vie bien remplie. Entre son émissionLe Vrai Journalsur Canal+ et son mensuelLe Vrai Papier Journal, son «métier de Karl Zéro» lui laisse peu de temps pour sa famille. Cette semaine encore, il a dû jongler avec les rendez-vous: John De Mol, le patron d'Endemol et actionnaire de sa structure de production La Société du spectacle, qu'il a interviewé pour Canal+; les Messier's boys avec lesquels il s'efforce de boucler une augmentation de capital pour son magazine; TF1, chaîne pour laquelle il produit et présenteL'Affaire Coluche, une émission en forme de procès, qui sera diffusée le 16juin à 21h50.«Je sais ce que je dois à Coluche, confie-t-il.J'appartiens à cette génération qui a eu un espace de liberté grâce à lui.»Pour cet hommage au comique, Karl Zéro s'est adjugé le rôle de président du tribunal. Pourquoi président?«Ça doit être mon goût pour l'establishment, confesse-t-il.J'adore donner du président.»Les présidents, Marc Tellenne en connaît beaucoup. Il y a les chefs de file de partis politiques. Karl Zéro les tutoie tous, sauf Dominique Voynet («Elle est contre la connivence avec les journalistes»). Il y aussi les présidents de groupes puissants: François Pinault, président de PPR et actionnaire de TF1, avec qui il«rigole bien»une fois par mois; Jacques Séguéla, vice-président d'Havas Advertising; et désormais Jean-Marie Messier, le président de Vivendi Universal. Tous trois ont pour particularité de faire attelage pour financerLe Vrai Papier Journal, un mensuel qui perd près de 100000francs par mois et sera relancé sur un nouveau format à la rentrée.«Pinault fait du mécénat d'artistes. S'il a des desseins secrets pour moi, il ne m'en a jamais parlé, lâche Karl Zéro.Messier est un patron de gauche qui croit à l'éthique duVrai Papier Journal.Et Séguéla est un copain.»Confirmation de l'intéressé:«C'est un ami délicieux, fidèle, dont chaque seconde est un spectacle.»

Un moqueur bien élevé

Il est vrai que Karl Zéro aime le spectacle. Depuis qu'il a pris ce nom de scène en 1976, en référence à Kraftwerk, précurseur de la musique techno, il ne se départit pas de ses costumes des années 50 importés de RDA.«Karl Zéro, c'est un moqueur bien élevé», dit Jean-François Bizot, le patron de Nova, qui l'a vu à l'oeuvre pendant huit ans àActuel.«Il a un côté dandy inoxydable avec son goût pour les vieilles chansons et une forme de tradition.»Fils d'un agrégé de latin/grec qui fut inspecteur général des affaires culturelles sous Malraux, Marc Tellenne a fait toute sa scolarité à l'école de La Rochefoucauld dans le VIIearrondissement de Paris. Avec ses frères, Basile de Koch et Raoul Rabut, il forme un trio de cancres qui a toujours vécu en bonne harmonie avec ses parents. Catholique affiché, il produit aujourd'hui sur la chaîne KTO une émission hebdomadaire présentée par sa propre mère.«La seule opinion que j'ai, c'est ma foi», dit-il. Après son bac, Marc Tellenne s'improvise critique musical puis réalise des interviews de stars pourGlobe,L'Écho des SavanesetActuel. Mais c'est un an plus tard, à l'appel de Pascale Breugnot, qu'il découvre la télévision avec un numéro unique d'une émission sur TF1.«On avait demandé à être payé 45000francs par mois et à avoir le "final cut", rappelle-t-il.On a vite chopé le melon.»L'expérience a abouti auVrai Journalde Canal +, dont il prépare une nouvelle mouture pour septembre. Karl Zéro serait-il aujourd'hui orphelin de ses combats passés? La scission Megret/Le Pen a eu raison du Front national et Édouard Balladur n'est plus qu'un souvenir. Les journalistes de Capa n'ont pas oublié, eux, qu'ils ne pouvaient parler«ni football, ni cinéma, ni Vivendi»dansLe Vrai Journal(«J'ai voulu frapper un grand coup en disant cela», se justifie Karl Zéro). Quant à TF1, chaîne pour laquelle il espère produire d'autres émissions après laSpéciale Coluche, elle entre dans une optique économique. Après avoir vendu l'an dernier sa société à Endemol, le producteur se serait, en effet, engagé à assurer une progression sur huit ans de son chiffre d'affaires.«On le voit maintenant louer le génie de Julien Courbet», lâche l'un de ses anciens salariés. Quant auVrai Papier, il doit aussi respecter les intérêts de ses actionnaires. L'an dernier, un article sur NRJ qui déplaisait à Jean-Paul Baudecroux, le président du groupe radiophonique, n'est jamais paru après une intervention de Jacques Séguéla.«Dans saltimbanque, il y a banque», dirait Coluche.

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