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Reportage

Al Qods, un quotidien palestinien dans la tourmente

22/06/2001

Sa rédaction est dans les territoires occupés, mais son siège administratif est à Jérusalem. Aussi Al Qods, principal journal palestinien, doit-il composer avec les autorités israéliennes. Depuis le début de l'Intifada, la tension est montée d'un cran.

Pour prendre la température de l'Intifada, les journalistes d'Al Qodsn'ont qu'à tendre l'oreille. Installé en banlieue de Ramallah, à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, ce quotidien palestinien surplombe l'un des points de passage les plus critiques des territoires occupés, le «check point» de Kalandia. Chaque après-midi ou presque, des affrontements y opposent soldats israéliens et jeunes du camp de réfugiés situé à proximité. Matin et soir, des embouteillages monstres y obstruent la circulation. Rafales de M16, volées de pierres, concert de klaxons: les journalistes sont aux premières loges. À la fois observateurs privilégiés et victimes impuissantes de la tourmente qui balaie la Palestine depuis huit mois.«Hier, je sortais du journal quand une balle a traversé mon pare-brise,raconte Maha Matwali, l'une des sténos de la rédaction.J'ai fait demi-tour et j'ai attendu pendant une heure que les combats cessent.»

Marasme économique

Fondé en 1951,Al Qods(«Jérusalem» en arabe) est le plus vieux quotidien palestinien. Il est aussi le plus lu. Avec 50000exemplaires vendus chaque jour, il distance sans peine ses deux concurrents,Al Ayam(15000exemplaires), piloté par Akram Hanieh, un proche conseiller de Yasser Arafat, etAl Hayat Al Jedida(10000exemplaires), l'organe officiel de l'Autorité palestinienne. Au siège administratif d'Al Qods, dans le quartier arabe de Jérusalem, Marwan Abu Zalaf, fils du fondateur et actuel directeur général, s'imagine volontiers en franc-tireur de la presse palestinienne.«En tant qu'entreprise familiale, nous sommes beaucoup plus détachés de l'entourage d'Arafat qu'Al AyametAl Hayat Al Jedidaqui lui sont organiquement liés.Al Qodsfait du news, pas de la propagande.»Depuis le début de l'Intifada, la pagination d'Al Qodsest passée de 36 à 24pages. En raison du bouclage des territoires, le marché de la publicité est en chute libre.«C'est un cercle vicieux,explique Marwan Abu Zalaf.260000Palestiniens sont privés de travail. Multiplié par quatre ou cinq personnes selon les familles, cela veut dire que plus d'un million d'habitants, soit un tiers de la population, est précarisé. Les gens ne consomment plus, alors les annonceurs n'achètent plus d'espace publicitaire, et ainsi de suite.»À ce marasme économique s'ajoute le casse-tête de la distribution. Deux ou trois fois par mois, les camions qui convoient l'édition du jour sont bloqués au «check point» d'Erez, la porte d'entrée obligée de la bande de Gaza.«C'est à chaque fois 12000exemplaires perdus»,soupire Marwan Abu Zalaf.

Censure et autocensure

Dans la «news room» du rez-de-chaussée, les éditeurs corrigent à la main les articles faxés par les correspondants. Les «papiers» sont ensuite saisis sur ordinateur par les sténos, puis mis en page sur écran informatique. Pour les articles les plus délicats, une étape intermédiaire s'impose: le visa israélien. Alors que ses rivaux sont établis à Ramallah, dans une zone sous contrôle palestinien,Al Qods, publié à Jérusalem, doit toujours composer avec la censure de l'État hébreu.«Chaque soir, quelques articles sont faxés au bureau de presse de Tel Aviv, puis ils nous sont retournés une demi-heure plus tard, avec ou sans coupes,explique Maher el Cheikh, l'un des rédacteurs en chef.Nous connaissons les limites à ne pas franchir. Nous n'annonçons jamais les manifestations du Hamas, nous ne donnons pas les noms des Palestiniens arrêtés. Nous n'insultons pas non plus Sharon. À l'heure d'Internet et du satellite, cette censure est vaine. Mais les services secrets israéliens peuvent nous porter des coups sévères. Alors nous sommes attentifs.»Pour tout ce qui concerne l'Autorité palestinienne, la prudence des journalistes d'Al Qodsn'est pas moins grande. Les affaires de corruption et les violations des droits de l'homme qui entachent la gestion d'Arafat sont évoquées en langage codé dans les colonnes du journal.«On ne parlera pas de pots de vin, mais de dysfonctionnements»,résume Maher el Cheikh. Une autocensure partisane pratiquée de longue date. Projordanien à sa fondation, alors que la rive ouest du Jourdain vivait sous la tutelle de la famille hachémite,Al Qodss'est rangé sous la bannière de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) à partir de 1982. Quand Arafat est entré à Gaza en 1994, le quotidien s'est transformé en supporter sans complexe de l'Autorité palestinienne et du processus de paix.«De nombreuses sources haut placées affirment qu'Al Qods, bien que juridiquement indépendant, est subventionné par l'Autorité palestinienne»,souligne une étude de l'Institut des médias, à l'université de Bir Zeït.«Cinquante mille dollars par mois, en provenance directe de la présidence ou des services de sécurité,précise l'un des ténors de la presse locale.C'est le prix de sa loyauté.»Dans la salle des maquettes, Amin Bachar supervise le montage des pages d'informations locales. En poste au Qatar pendant une dizaine d'années, ce journaliste de quarante ans est revenu habiter Jérusalem en 1993, lorsque la signature des accords de paix laissait espérer des lendemains meilleurs. Huit ans plus tard, le bilan est amer.«Le journal est à dix kilomètres de mon domicile, mais certains jours, je mets plus de deux heures pour m'y rendre. Les soldats israéliens barrent les routes quand bon leur semble. Ils ne voient la paix que sous un angle sécuritaire.»

Priorité aux dépêches

Son poste àAl Qodsl'a également vite déçu. Pour éviter de froisser la censure israélienne ou l'entourage d'Arafat, la rédaction en chef privilégie les agences de presse sur les articles maison. Le journalisme se limite souvent à l'édition routinière des dépêches. Payé 2000shekels (3400francs) par mois, il est obligé de «cachetonner» comme professeur de géographie dans une école privée pour nourrir et loger sa famille. Un double emploi qui est le lot commun des journalistes dans les territoires occupés. Mais Amin Bachar n'est pas le plus à plaindre. Il aurait pu être blessé, comme le fût l'un de ses confrères, touché à la jambe sur l'Esplanade des mosquées. Il dit juste sur un ton empreint d'une extrême lassitude:«Nous, journalistes, sommes obligés de vivre avec l'information tous les jours. Nous savons tout, voyons tout. Le malheur est sur nos épaules 24heures sur 24.»

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