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Entretien

Marc Tessier : Il y a de la place pour d'autres généralistes

21/09/2001

Le président de France Télévision marque sa différence face aux discours alarmistes sur le numérique terrestre et exprime les craintes que lui inspire la « real TV ». Il affirme aussi respecter ses objectifs publicitaires.

Que vous inspirent les discours alarmistes sur l'avenir de la télévision numérique terrestre ? Marc Tessier. Je les comprends mal : la technologie est aujourd'hui totalement éprouvée. Pour ce qui est de l'enjeu financier, la construction d'un réseau et l'investissement dans les chaînes devraient représenter 10 à 15 % du chiffre d'affaires annuel de notre secteur. On est donc loin des frayeurs que provoquent les licences UMTS dans les télécoms. Par ailleurs, contrairement à ce qui s'est passé en Angleterre, où l'opérateur de télévision payante BSkyB n'a pas été autorisé à participer au projet terrestre, les opérateurs français ont été incités par la loi à investir. Outre-Manche, la concurrence s'est traduite par beaucoup d'abonnés mais des pertes des deux côtés : une situation comparable à celle que nous connaissons en France entre les deux bouquets satellite CanalSatellite et TPS. Êtes-vous favorable à un rapprochement entre les deux bouquets ? M.T. Les fusions se font quand on en parle le moins. Les discours actuels ne favorisent pas une telle opération. Pour notre part, il est de notoriété publique que nous souhaitons nous désengager. France Télévision étant lié à France Télécom dans une société commune, la logique voudrait que nous adoptions la même attitude l'un et l'autre. L'ouverture des secteurs interdits de publicité à la télévision par le décret du 27 mars 1992 est-elle une condition sine qua non du succès du numérique hertzien ? M.T. C'est en tout cas une conséquence probable. Si on lance des télévisions régionales et que la presse quotidienne régionale y est associée, la logique voudrait que les négociations sur l'ouverture de ce secteur à la publicité aboutissent. Mais il faut attendre pour cela les décisions d'attribution des fréquences que prendra le CSA dans six mois. A priori, chacun comprendra qu'un patron de télévision soit favorable à l'ouverture de nouveaux secteurs à la publicité télévisuelle. Ma seule réserve, c'est que cela doit se faire selon des modalités qui corrigent certains effets pervers, en particulier le risque de concentration pour la presse, le cinéma et le livre. Nous avons en France ce que j'appellerais la « tradition du tuyau », qui consiste à canaliser certaines ressources vers certains emplois par des mécanismes institutionnels ou réglementaires. Si on ne veut pas que les tuyaux explosent, il faut les adapter à la nouvelle donne économique. Je suis certain que l'ouverture sera totale, mais par étapes. MediaCabSat est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour France Télévision ? M.T. C'est une nouvelle attendue. Mais le plus frappant selon moi, c'est que la position des chaînes hertziennes dites historiques n'a pas bougé par rapport à la mesure d'audience antérieure. On observe une évolution lente qui ne remettra pas en cause avant longtemps la prééminence de nos chaînes. Les changements sont avant tout visibles sur les émissions pour les enfants et le cinéma. En revanche, l'arrivée de nouvelles chaînes a peu d'impact sur l'audience des sessions d'information, des grands magazines de société et des fictions françaises. Mais le principal enseignement de MediaCabSat tient au succès des généralistes du câble et du satellite (notamment RTL9 et TF6), qui confirme qu'il y a de la place pour d'autres chaînes généralistes en France, notamment sur le numérique terrestre. Sécodip montre un fort recul des recettes publicitaires brutes de France Télévision en 2001. Respectez-vous vos objectifs ou y a-t-il de quoi s'alarmer ? M.T. Pour la deuxième année consécutive, le volume d'écrans publicitaires a été réduit sur France Télévision de 20 %. Nous avons donc prévu une baisse de 16 % de nos recettes publicitaires nettes pour 2001. Sous réserve de l'impact des événements récents, le groupe France Télévision est en mesure de respecter cet objectif avec une marge d'incertitude de 1 à 2 %. L'alarmisme sur nos projections publicitaires est donc injustifié. D'ailleurs, nous tiendrons nos objectifs de résultats financiers et nous resterons bénéficiaires en 2001. Quel bilan faites-vous de la vente aux enchères de spots de publicité sur France Télévision ? M.T. En 2001, le volume publicitaire commercialisé par vente aux enchères est passé de 3 à 8 % de l'espace total. Aujourd'hui, le taux de remplissage de ces espaces est de l'ordre de 80 %, bien supérieur à notre objectif initial. Au point que nous envisageons de franchir un nouveau palier en 2002 en portant la part de nos espaces commercialisés par enchères à plus de 10 %. Peut-on envisager qu'aucune télévision ne diffuse la Coupe du monde en 2002 ? M.T. Tout est envisageable. Nous ne casserons pas notre tirelire et nous ne renoncerons pas à nos autres objectifs de programmes, en particulier sur la création, pour financer la diffusion de matchs de la Coupe du monde. La planification des budgets sportifs que nous avons prévue sur cinq ans n'est pas compatible avec les prix proposés actuellement pour cette manifestation. Je rappelle que nous avons pris de nouveaux engagements sur la fiction et le documentaire, particulièrement coûteux, et que notre budget 2002 privilégiera l'information en période électorale. Espérons que les vendeurs abaisseront leurs prétentions. Pensez-vous pouvoir échapper à la vague de télé-réalité qui se développe partout? M.T. Faut-il que toutes les télévisions hertziennes fassent les mêmes programmes ? J'observe que les deux chaînes privées se rapprochent. Je dis donc : distinguons-nous ! Je pense d'ailleurs que les différences profondes qui existent entre nos chaînes ne vont cesser de s'accroître. À titre d'exemple, France 2 et France 3 diffusent 70 % des émissions d'informations en France. Or l'information coûte cher, elle n'est pas sécable par la publicité, et elle est moins rentable que les autres programmes. Sans service public, le volume serait donc probablement réduit par rapport à l'offre actuelle. Qu'est-ce qui vous gêne dans la télé-réalité ? M.T. La compétition et l'élimination des participants entre eux. Mais surtout le fait que ces programmes, aujourd'hui « soft » en France, vont nécessairement évoluer, comme à l'étranger, car ils ne peuvent pas se répéter indéfiniment sans se durcir. Il y a donc un risque à ce que cette évolution se fasse dans un sens plus proche de la télé-poubelle. Comment expliquez-vous l'omniprésence de Jean-Luc Delarue ? En quoi sommes-nous très loin du scandale des animateurs-producteurs ? M.T. Réservoir Prod n'est pas le premier producteur face à Expand ou Endemol ; on ne peut donc pas parler d'omniprésence. Je trouve très bien qu'il y ait enfin en France des maisons de production professionnelles, capables de proposer des programmes diversifiés aux chaînes. Pour le reste, puisque vous évoquez le scandale des animateurs-producteurs d'il y a plus de cinq ans, je vous rappelle que Jean-Pierre Elkabbach a été blanchi par la commission de discipline budgétaire et comptable de la Cour des comptes. Où est donc le scandale ? En tout cas, les contrats que nous négocions aujourd'hui comportent tous des clauses d'audience et donnent lieu préalablement à un appel à la concurrence. Michèle Cotta n'a pas été épargnée par les critiques à la fin du premier semestre. Qu'en pensez-vous ? M.T. Cette rentrée n'a fait que confirmer la confiance des équipes de programmes de France 2, et la mienne, dans leur directrice générale. On jugera de l'efficacité de notre nouvelle grille dans quelques semaines. Mais que ce soit sur l'information, l'access prime time ou les programmes jeunesse, le départ a été excellent.

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