
02/11/2001 - NetRatings, spécialiste de la mesure de l'audience par panel et filiale, via AC Nielsen, de l'éditeur néerlandais VNU, fait main basse sur son concurrent Jupiter Media Metrix.
La chute des dotcoms continue d'entraîner dans son sillage les sociétés Internet les plus fragiles. Dernière en date : Jupiter Media Metrix, société de mesure de l'audience par panel et d'études sur Internet créée en 1996, est rachetée par sa concurrente NetRatings, fondée en 1997, pour seulement 79,3 millions d'euros (520 millions de francs). Une opération qui devrait être définitivement bouclée avant la fin du premier trimestre 2002.
Croissance mal gérée
Pour NetRatings, filiale d'AC Nielsen, société contrôlée depuis février dernier par VNU, ce rachat constitue un pas décisif. D'autant que son chiffre d'affaires en 2000 était sept fois inférieur à celui de Jupiter Media Metrix (23 millions d'euros, soit 151 MF, contre 160 millions d'euros, soit 1,05 milliard de francs) et que son instrument de mesure est moins répandu. Alors comment expliquer ce retournement de situation ? Comme beaucoup de start-up, Jupiter Media Metrix n'a pas su gérer sa croissance. En fait, Media Metrix n'a jamais digéré le rachat, courant septembre 2000, de la société d'études et de conseil Jupiter pour 523,3 millions d'euros (3,4 milliards de francs). Très rapidement, elle a été confrontée à un problème de structure et de trésorerie, alors que le marché des dotcoms se contractait. Conclusion : il ne lui resterait plus en caisse que quelque 50 millions d'euros (328 MF) au premier semestre. Dans le même temps, le cours de son action s'est effondré de 97 % au Nasdaq, pour ne plus valoir que 50 cents.
De son côté, NetRatings (13 dollars l'action) a rejoint le giron de Nielsen/VNU. Malgré des pertes (9,4 millions d'euros au premier semestre, soit 61,7millions de francs), la société créée par Dave Toth a su éviter de brûler tout son argent. Elle compte 140 salariés pour 450 chez Media Metrix et ses liquidités s'élèveraient à 373 millions d'euros (2,4 milliards de francs). Selon 01net.com, la perte nette de NetRatings représente 82 % de son chiffre d'affaires, contre 191 % pour Jupiter Media Metrix.« Cette acquisition est une étape logique et majeure de notre stratégie de création d'un standard pour la mesure de l'audience sur Internet », a commenté Dave Toth, président de NetRatings, qui récupère un portefeuille de sept cents clients.
En France, le marché des panels compte trois acteurs. NetValue, dont le chiffre d'affaires ne dépassait pas les 3,2 millions d'euros (21 millions de francs) en 2000, a fait savoir qu'elle fermait son bureau aux États-Unis et au Mexique et qu'elle allait réduire ses effectifs de moitié, à cent dix personnes à la fin de l'année. Ainsi que Jupiter MMXI et Médiamétrie eRatings.com (filiale à 50/50 de Médiamétrie et de NetRatings), qui commercialise la mesure par panel de NetRatings. Il est encore trop tôt pour savoir comment les offres vont être optimisées, mais on se doute bien que les deux panels ne vont pas subsister.« Dans ce contexte de rationalisation du marché de l'Internet, l'acquisition de Jupiter MMXI par NetRatings doit favoriser la rentabilité des mesures pour asseoir leur pérennité », estime François Blum, directeur général de Médiamétrie eRatings.com.
Au printemps 2001, Ipsos s'est retiré discrètement de Jupiter MMXI, la filiale européenne de Jupiter Media Metrix dont il était actionnaire minoritaire avec GfK. La société d'études avait remonté ses parts au niveau de la société mère.« Media Metrix faisait un travail remarquable en Europe, je regrette les choix des Américains qui se sont dispersés en rachetant Jupiter », indique Didier Truchot. Le coprésident d'Ipsos salue la victoire de Nielsen/VNU, mais se demande si la mesure par panel (comme en télévision) est une technique suffisante face à la profusion de sites et au temps passé.« Ipsos est présent aux États-Unis et nous avons bien l'intention de ne pas rester inertes dans la mesure de la fréquentation des sites. Mais avec une autre méthode que celle des panels... »
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