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Enquête

Good Morning Kosovo !

23/11/2001

Pendant le conflit en Afghanistan, la vie continue au Kosovo. Dans ce pays qui fit les gros titres de l'actualité, la mission française a monté Radio Azur, destinée à apporter un plus à ses 3600 soldats en poste autour de Mitrovica. À l'heure d'Internet et de la télévision par satellite, la radio a encore de belles heures devant elle-et ce ne sont pas les militaires qui diront le contraire.

Aucune chance de se tromper : un camping-car au beau milieu d'un camp militaire, cela ne passe pas inaperçu... L'énorme parabole juchée sur le toit et la bâche de camouflage qui recouvre l'ensemble du bâtiment renforcent encore cette architecture incongrue. Nous sommes dans le camp français baptisé « Serment de Koufra », le quartier général de la Brigade multinationale nord de la Kfor (pour Kosovo Force), dans le quartier albanais de Mitrovica, deuxième ville du Kosovo. Les hélicoptères Puma atterrissent par vagues sur la piste aménagée. Des camions entrent et sortent des accès étroitements gardés. Et, dans tous les coins du camp (un mélange de préfabriqués et de vieux bâtiments), des soldats s'affairent. Une vraie fourmilière. Au loin, on peut apercevoir les immenses bassins de décantation d'une ancienne usine de piles électriques, fermée il y a deux ans à la demande des militaires tant la pollution y était importante.

Un grand panneau bleu indique l'entrée de Radio Azur, « La radio sans nuages ». Le « studio » a été aménagé dans ce camping-car. Une console avec une table de mixage, des micros, un ampli, des lecteurs de CD et de cassettes audio ont pris la place des couchettes. Le coin cuisine, avec sa petite table et ses deux banquettes, fait désormais office de bureau où sont reçus les différents intervenants. L'adjudant Bruno Jolivet est le sous-officier responsable du bon fonctionnement de la radio, une sorte de directeur d'antenne, mais avec treillis de camouflage et rangers en guise de tenue de travail.

Comment ne pas penser au filmGood Morning Vietnam, avec Robin Williams ? Pourtant, les militaires ne jugent pas ce parallèle pertinent : le film de Barry Levinson se passait en temps de guerre, à la différence du Kosovo aujourd'hui.

RFI partenaire pour l'info

« Radio Azur a été créée en 1996 à Sarajevo, dans ce même camping-car, afin de permettre une plus grande mobilité sur les différents théâtres d'opérations,explique l'adjudant Jolivet.On l'a transférée à Mitrovica il y a deux ans. Bien sûr, il n'y a pas beaucoup de place, mais on s'y fait très bien. RFI est partenaire depuis le tout début et nous fait bénéficier de ses informations internationales. Sinon, sur place, nous produisons nos propres émissions et reportages, et nous diffusons de la musique (50 % française, du jazz, de la musique classique et anglo-saxonne). Les Britanniques et les Américains exploitent leur propre radio. Nous avons eu l'occasion de visiter British Forces Broadcasting System, l'équivalent anglais de Radio Azur. Ils ont davantage de moyens et leurs studios sont très modernes. »

Outre l'adjudant, l'équipe se compose de deux appelés (les derniers avant la réforme du service militaire), jeunes journalistes dans la vie civile. Tous sont ici pour quatre mois, la durée moyenne d'une mission en « opération extérieure » (c'est-à-dire hors de France). Samuel est au Kosovo depuis trois semaines. Ce jeune brigadier-chef de vingt-quatre ans ne cache pas son enthousiasme.« C'est une expérience unique pour moi,raconte-t-il.J'ai fait des études de communication à Sciences-Com de Nantes, option adiovisuel, avec plusieurs stages en production et en journalisme. Puis j'ai travaillé comme animateur à Radio Notre-Dame RCF, à Vannes. Quand j'ai commencé mon service militaire, j'ai demandé à rentrer dans la Dicod (Délégation à l'information et à la communication de la Défense), puis à être envoyé à l'étranger. Je me suis retrouvé au Kosovo et, vraiment, je ne le regrette pas. »Les journées de Samuel sont bien remplies :« J'anime une émission en direct tous les jours de 17 à 19 heures. Le reste du temps, j'effectue des reportages à l'extérieur du camp. »

Le reportage, c'est ce que préfère Pierre, vingt-sept ans, brigadier-chef lui aussi. Après des études de journalisme, il a notamment effectué un stage au service politique de RTL, expérience qui a provoqué un véritable déclic chez lui. Depuis son arrivée à Mitrovica, il y a presque trois mois, il adore prendre le véhicule 4x4 et partir à la rencontre des autres soldats. Qui racontent leur quotidien, leur travail ou font part de leurs impressions.« On sort très peu de la zone française, mais il y a déjà beaucoup de choses à faire ici avec, d'un côté, les Serbes et, de l'autre, les Albanais, qui s'observent en chiens de faïence tout autour du pont de Mitrovica. »

Rompre l'isolement

Ces reportages permettent aux soldats qui les écoutent de se rendre compte de la manière dont s'articule l'intervention française dans ce pays, au coeur d'une région si complexe. Ils mettent aussi en lumière le travail qu'effectuent d'autres unités, dans des zones plus isolées.« Je reviens tout juste d'un petit camp, près de Ravna Gora,reprend Samuel.J'y ai rencontré quinze militaires, treize Français et deux Belges. La vie n'y est pas forcément facile tous les jours. Ils m'ont raconté leur mission et leur vie quotidienne. »

Ces camps isolés sont nombreux dans la zone française. Leur présence est le plus souvent justifiée par une enclave (un village serbe en territoire albanais ou vice versa) dont il faut assurer la protection. Quelques-uns s'occupent plus simplement du bon fonctionnement d'une antenne relais. C'est le cas du CN 10 (« CN » pour centre nodal). Perché au sommet d'une montagne, dans la zone serbe, au nord de la ville, son immense parabole permet la diffusion de la radio dans toute la vallée de la rivière Ibar. Quatorze hommes y vivent, plus ou moins isolés du reste des troupes.« En France, j'écoutais très peu la radio,explique Stéphane, jeune soldat engagé.Je préférais la télévision ou les jeux vidéo. Mais ici, on se sent un peu coupé du reste du monde. Alors je me suis intéressé aux infos, pour me tenir un minimum au courant. Et puis, quand on est de garde en haut, cela nous permet d'écouter de la musique et de rester en contact avec ceux d'en bas. »

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