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Enquête

Canal, un an de + Vivendi

07/12/2001

Il y a un an, le groupe Canal+ fusionnait avec Vivendi Universal. Enquête sur une année de mise en musique au goût du géant mondial présidé par Jean-Marie Messier.

C'était le 8 décembre 2000. À 98,6 % des voix, l'assemblée générale des actionnaires de Canal+ approuvait la fusion du numéro un européen de la télévision payante avec Vivendi Universal, jusqu'alors simple actionnaire de référence avec 49 % du capital. Ce jour-là, aux côtés de Pierre Lescure, le patron de Canal+, Jean-Marie Messier, le nouveau maître de Vivendi Universal, écoutait, silencieux, son condisciple de l'ENA, Denis Olivennes, directeur général de Canal+, mettre en musique la fusion :« J'aurais pu vous chanterThis is the end,mais ce n'est pas vrai. Et puis, les Doors sont au catalogue de la Warner et je ne chante plus que le catalogue Universal. »

Un an plus tard, les bons mots de Denis Olivennes sonnent davantage comme une profession de foi que comme une plaisanterie de saltimbanque. Canal+ et Vivendi Universal chantent bien à l'unisson. À cette nuance près :This is the endaurait pu être entonnée en choeur par les deux cent dix-sept salariés du groupe Canal+ qui ont appris, en juin 2001, que leur poste était sacrifié sur l'autel de la rentabilité. Fini,Nulle Part Ailleurset les émissions en direct ; partis, Alexandre Devoise, Thierry Dujeon, Emmanuelle Gaume ou Jérôme Bonaldi. Sans compter les équipes affectées à la production, celles d' iTélévision ou de Canal Numédia.

Le plan de « reclassement », qui arrivera à son terme le 20 décembre, a eu beau promettre un emploi à chaque salarié privé de son poste, les deux tiers ont déjà quitté le navire. Tout a pourtant été fait pour limiter l'effet d'image désastreux de ce « volet social » : commission de suivi pour aider au reclassement dans Canal+ ou Vivendi Universal, offres d'outplacement, garanties de non-licenciement, etc. Selon Frédéric Dernon, délégué CGC à Canal+, il reste aujourd'hui« une dizaine de cas difficiles »,mais« il a été posé comme un impératif de ne laisser personne sur le carreau ».

Recentrage sur le cinéma et le sport

Est-ce suffisant pour apaiser les esprits ? Rien n'est moins sûr. Depuis la fusion avec Vivendi et la réorganisation du management le 21 décembre 2000, la direction des finances - assurée par une proche de Denis Olivennes, Virginie Calmels - est partout.« C'est elle qui mène la ronde,explique un cadre.Elle a son cahier des charges imposé par Vivendi, et il n'y a jamais eu autant de suivi des dépenses. Petit à petit, la fiction, l'animation ou les documentaires voient leurs budgets rognés. »

Pour Marc-André Feffer, vice-président de Canal+, la fusion n'est pourtant pas en cause :« Toute société est confrontée aux exigences économiques et financières légitimes de son actionnaire. Vivendi n'est ni plus ni moins exigeant qu'un autre. Mais quand vous devez faire face à un surcoût de 137 millions d'euros (900 millions de francs) sur les droits du football dès 2002, vous devez faire un ménage drastique dans vos dépenses et être plus sélectifs dans vos choix. »Imparable logique : depuis juin dernier, Canal+ s'est recentré sur ses deux mamelles nourricières, le cinéma et le sport, qui sont les deux principales motivations de ses abonnés. Tout est fait pour maintenir 10 à 11 % de désabonnement, considéré comme un des meilleurs taux mondiaux (sur un total de 4,5 millions de souscripteurs).

En dehors de ces deux thématiques, la chaîne doit-elle s'attendre à de nouvelles coupes claires ? Les couloirs de Canal+ bruissent de rumeurs sur un plan social qui se préparerait pour 2002. Cette perspective est fermement démentie par Bibiane Godfroid, directrice générale adjointe du groupe :« Légalement, avant juin 2002, il est totalement impossible qu'il y ait un nouveau plan social dans la mesure où un plan de reclassement est en cours. Mais, surtout, notre projet de chaîne de sport a justement pour objectif de donner plus de travail aux gens et de redynamiser la production interne. »En effet, en février 2002 prendra fin une clause de sortie d'Eurosport qui stipulait de ne pas lancer de concurrent à la chaîne de TF1. Canal+ est toujours à la recherche d'un partenaire du type Pathé Sport pour partager les coûts. Avec l'arrivée des salariés d'iTélévision dans la rédaction de la chaîne cryptée, les syndicats voient une bonne occasion pour relancer l'activité. Reste néanmoins à installer durablement la grille après l'arrêt annoncé de l'émissionGildas et Vouset le départ précipité de l'antenne d'Isabelle Giordano, la présentatrice de+ de Cinéma.

« Le clair n'est pas complètement réussi car c'est quasi impossible en trois mois,admet Michel Denisot, le directeur général de Canal + France.Jamais la grille n'a connu autant de changements. »À la place deNulle Part Ailleurs,qui avait mis deux ans à s'installer, l'antenne s'ouvrira à Jean-Pierre Coffe, à un spectacle de Djamel ou à un théâtre signé Édouard Baer.Burger Quiz,le jeu d'Alain Chabat, etEn aparté,l'émission de Pascale Clark, sont d'ores et déjà présentés comme des succès.« La créativité est encore là,poursuit Michel Denisot,mais elle n'est plus concentrée sur une seule émission. »Trois sitcoms sont annoncées à partir de décembre (Le 17,avec Les Robins,Les Guérin,etMaking off,avec Kad et Olivier).

En quête d'identité

Les tâtonnements dans la grille sont-ils une conséquence de la fusion Canal+/Vivendi ? Toujours est-il que celle-ci n'est pas étrangère à la réorganisation transversale du groupe. Depuis la nomination de Bibiane Godfroid aux commandes des télévisions Canal+ en Europe, la chaîne française semble en quête de cet « esprit Canal » qui soufflait jadis sur ses programmes, quand elle en avait la responsabilité. Un signe : Canal+ vient de se doter d'un directeur d'antenne, Pascal Somarriba, pour épauler son directeur des programmes, Alexandre Drubigny, très critiqué en interne.

« Je ne sais pas s'il existe un « esprit Canal »,affirme Bibiane Godfroid,mais il existe bien un esprit du groupe Canal + en Europe : les mêmes programmes sont souhaités partout. »Depuis le début de l'année 2001, une structure de coordination des achats a été mise en place et les échanges de programmes - comme90 Minutes,l'émission d'investigation, déclinée dans différents pays - sont à l'honneur. En clair, il s'agit davantage de faire exister la marque à travers des contenus forts au sein du groupe qu'à travers une vitrine branchée sur une tranche non payante.« Nous analysons davantage les attentes et les envies de l'abonné »,poursuit Bibiane Godfroid. Pour elle, les chaînes d'Universal Studios Network, intégrées dans Canal+ et susceptibles de se rapprocher bientôt de Multithématiques, ont apporté une expertise marketing utile dans la connaissance du client.

Pierre Lescure, le PDG de Canal+, le dit lui-même : «Il n'y a pas de fusion d'égaux (« merger of equals »), Canal + est contrôlé à 100 %. Et, je n'ai jamais pensé que mon premier boulot était d'échapper à mon actionnaire. »L'empreinte de la maison mère est visible dans la fusion de coûteux bouquets satellite agréée en Pologne et en Scandinavie, et attendue en Italie. Tancé par les autorités de la concurrence italienne, Canal+ mise désormais sur une sortie de Murdoch pour fusionner Stream avec Telepiu. Quant au cinéma, il est l'autre terrain d'expression de l'appui inconditionnel apporté par le patron de Canal+, qui dirige également le pôle TV& Films de Vivendi Universal.« Studio Canal avait auparavant des accords de coproduction avec des sociétés dépendantes des majors,explique Marc-André Feffer.Or vous ne pouvez pas posséder 100 % d'Universal et nouer des accords avec ses concurrents. »

Depuis la fusion, tous les contrats de coproduction avec des sous-traitants de Warner (AOL Time Warner) ou Disney (The Walt Disney Company) sont donc progressivement rompus. Le studio de Canal+ y gagne la possibilité de produire plus facilement des films à gros budgets - 25 à 30 millions de dollars (184 à 220 milllions de francs)- mais il lui faut pour cela avoir le feu vert des équipes d'Universal : elles mettent au pot pour un film européen en fonction des possibilités de distribution sur le territoire américain.« Pour nous, c'est un plus, on bénéficie de leur savoir-faire », assure Richard Lenormand, PDG de Studio Canal. Reste que cela signifie aussi qu'il n'y a plus de production d'envergure européenne, mais qu'elle est bel et bien mondiale.

L'enjeu de la production

Il en va de même dans la vidéo : en faisant d'Universal son distributeur, Studio Canal a rapatrié dans le groupe un volume d'affaires d'environ 70 millions d'euros (459 MF). Quant aux catalogues des deux entités, riches de 4 000 à 5 000 films chacune, s'il n'est pas question de les fusionner, ils donnent lieu à la mise en place de bureaux de vente communs. Pour le reste, Studio Canal et Universal tâchent de ne pas se faire de vaine concurrence : le jour de sortie des grands films est ainsi coordonné et les deux majors évitent de se disputer les vedettes.

Quant à la musique, elle donne lieu à un rapprochement sur les bandes originales de films. C'est ainsi que Vanessa Paradis, artiste Universal Music, chante pourLe Petit Poucet,film Studio Canal. Une logique que l'on retrouve aussi à l'oeuvre dans la filiale de production TV Expand : si le groupe des Popstars de M6 enregistre chez Universal Music, ce n'est bien sûr pas un hasard...

Si les synergies vont bon train, c'est toutefois moins dans les supports multimédia que dans les activités plus traditionnelles. Canal+ entend bien profiter du fichier de clients des autres actifs de la galaxie Vivendi Universal et n'oublie pas de faire appel à SFR pour ses outils de planification des fréquences de la télévision numérique terrestre. En attendant l'UMTS, les grands rapprochements de contenus multimédia restent à l'état virtuel. Du reste, la reprise l'an dernier à 100 % de Canal Numédia par Vivendi ne pose plus aucun problème. Gros motif de discorde en 2000 avec Jean-Marie Messier, elle est aujourd'hui totalement digérée, moins parce que le management est resté fidèle à Canal+ que parce que la bulle Internet a cessé de nourrir les fantasmes financiers.

Les craintes de voir Canal+, principal soutien du cinéma français, arrêter toute production pour s'alimenter exclusivement dans le catalogue Universal sont-elles pour autant levées ?« C'est vrai que nous n'avons aucune obligation de produire,répond Marc-André Feffer.Je revendique donc notre liberté. Pourtant, il est faux de dire que nous avons envie d'arrêter de produire. Non par charité mais parce que ce que souhaitent nos abonnés, c'est à la fois des films américains et des films de leur pays. »Actuellement, 20 % des longs métrages diffusés par Canal+ en France sont des productions maison. Parmi eux, un film à cinq millions d'entrées qui sert de cas d'école pour une coopération Canal-Universal :Le Pacte des loups.On ne saurait trouver meilleur symbole de la fusion...

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