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Entretien

Erik Orsenna : La vraie bataille de l'e-book, c'est la lecture, pas le livre

18/12/2001

Écrivain, académicien, conseiller d'État, Erik Orsenna travaille aussi au développement du Cybook, le premier livre électronique européen. Il évoque les enjeux et les apports de l'e-book.

Vous êtes vice-président de Cytale, la société qui commercialise le premier e-book européen. D'où vous vient cet intérêt pour le numérique ?

Erik Orsenna.Après avoir travaillé dans le secteur public, j'avais envie d'avoir une expérience de l'entreprise. J'ai, par ailleurs, toujours été passionné par les nouvelles technologies. En février 2000, Jacques Attali, un ami de longue date, m'a proposé de rejoindre Cytale, société qu'il a cofondée en 1998 et qui a conçu le Cybook. À cette époque, j'avais entrepris une croisière à la voile au Cap Horn. Je me suis rendu compte qu'il suffisait, avant de partir, de brancher le livre électronique à une prise téléphonique reliée à un site Internet pour emporter sur le bateau tout Melville ou l'oeuvre complète du poète catalan Victor Mora. Je suis un grand lecteur et un grand voyageur. J'ai toujours été tiraillé entre l'envie de lire et celle d'être libre. Les deux sont enfin conciliables.

Quelle est votre mission ?

E.O.L'e-book pose une foule de questions, notamment au monde du livre avec qui j'entretiens des relations étroites. D'une manière générale, les éditeurs craignent que les auteurs se passent de leurs services en publiant directement leurs textes sur Internet, comme l'a fait, par exemple, Stephen King. Les imprimeurs sont également inquiets, l'internaute pouvant dorénavant se passer d'impression ou imprimer à domicile. Enfin, les libraires eux aussi ont peur d'être court-circuités.

Que dites-vous pour les rassurer ?

E.O.Nous avons opté pour un système sécurisé, à la différence d'autres machines, ouvertes. Celle de Microsoft autorise ainsi le transfert des données sur d'autres supports, notamment l'ordinateur, ce qui risque de favoriser l'émergence d'un Napster du livre. Sur cytale.com, les ouvrages sont numérisés de façon à ne pouvoir être lus que sur notre e-book. Dans l'ensemble, les éditeurs sont donc intéressés. Par ailleurs, l'e-book permet de redonner vie à leurs fonds. Certains possèdent des trésors, des ouvrages qui n'ont jamais été publiés en livre de poche parce qu'il faudrait, pour que ce soit rentable, en vendre 20 000 ou 30 000 exemplaires. Quant aux libraires, qui ont laissé passer tous les produits de la nouveauté (Palm, CD, lecteurs), ils vont pouvoir offrir une gamme totale de lecture sans pour autant avoir besoin d'hectares de linéaires pour présenter leurs produits. Ils pourront également mettre en avant leur rôle irremplaçable de conseil, en aidant l'e-lecteur à choisir un ouvrage.

Le livre électronique ne va-t-il pas, à terme, remplacer le livre en papier ?

E.O.Je ne le pense pas. Je préfère parler de fonctions et de services complémentaires. La concurrence va certainement entraîner une amélioration de la qualité du papier. Certains regrettent déjà sa sensualité, mais encore faut-il qu'il soit beau, ce qui n'est pas toujours le cas, notamment pour les livres de poche. Par ailleurs, je suis frappé de voir que les bibliophiles ne sont pas toujours de grands lecteurs. Ils aiment avant tout la reliure. Moi, ce qui m'intéresse, c'est le contenu. Je suis « lecturomaniaque ». La vraie bataille ce n'est pas celle du livre, mais celle de la lecture. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse !

Combien d'ouvrages sont disponibles sur le Cybook ?

E.O.Un millier de livres sont téléchargeables depuis cytale. com. Notre catalogue va des oeuvres classiques aux dernières nouveautés, de Balzac à Amélie Nothomb. Il comprend également des ouvrages en anglais. Nous avons passé des partenariats avec presque tous les éditeurs, Hachette, Gallimard, Le Seuil. L'enrichissement de notre catalogue est exponentiel, mais c'est un travail de longue haleine, parce que chaque ouvrage doit être numérisé. Viendra un temps où les fichiers électroniques seront réalisés dès la fabrication du livre. Toutes les parutions auront alors une version papier et une version numérique.

On peut aussi télécharger des journaux. Pourquoi?

E.O.En effet, nous proposons déjà quelques titres,Le Monde,Alternatives économiques,Le ParticulieretAfricultures. Nous négocions progressivement avec les médias.Le Monde, ainsi, est disponible tous les jours à 19 heures. Il ne s'agit pas du contenu du site Internet, mais bien de la version papier numérisée. Si vous êtes bloqué chez vous, provincial ou expatrié, vous avez votre journal le jour-même. C'est un énorme avantage.

Et vos objectifs de vente ?

E.O.Il est difficile d'avancer un chiffre. Nous visons le grand public, puis des marchés de niche comme les professionnels, les expatriés ou les malvoyants. L'e-book permet en effet au lecteur de choisir entre sept tailles de caractères. Tous ceux qui ont des problèmes de vue, en dépit des corrections, vont pouvoir de nouveau accéder à la lecture. Et ils sont nombreux : plus de 1,5 million en France. Jusqu'à présent, nous avons vendu une centaine de Cybook. C'est une plate-forme chère à fabriquer. Nous gagnons de l'argent sur les téléchargements. Nous prenons 45 % sur chaque livre vendu, l'éditeur le reste.

Le Cybook peut-il être un nouveau support publicitaire ?

E.O.La publicité pour les livres se fait sur le site Internet. Nous avons, par exemple, choisi de promouvoir la littérature hongroise avec, entre autres, la complicité d'Albin Michel. Nous conseillons ces ouvrages aux visiteurs.

Quel rapport entretenez-vous avec la publicité ?

E.O.Elle m'enthousiasme ou me mécontente. En tant que romancier, je me mets souvent à la place du publicitaire : aller voir un client et trouver la bonne histoire qui correspond à son produit, ce doit être passionnant. Parfois, cependant, on sent que l'agence se fait plus plaisir qu'elle ne sert le produit. Quand je travaillais dans l'édition, mon directeur littéraire me disait toujours :« C'est au livre que tu dois faire plaisir, ce n'est pas pas à toi-même ».

De 99 F à No logo, plusieurs livres dénoncent la toute- puissance des marques et de la publicité. Qu'en pensez-vous ?

E.O.Ce n'est pas la publicité qui me fait acheter. Les enfants sont, il est vrai, beaucoup plus influençables. Mais c'est le marché qui veut ça. Ce que je souhaiterais, c'est qu'il y ait davantage de publicités comparatives, que l'on sorte du ronron esthétisant. Le contre-feu des marques, ce serait des publicités qui disent« Prouvez-nous que ce ne sont pas des enfants qui fabriquent vos chaussures »ou« Qu'est-ce-que Nike ou Reebok apportent aux chaussures génériques ? ». Il faut contrer le marché par le marché et non par le biais d'un moralisme qui dirait ce qui est bon ou mauvais, ce qui est toujours suspect.

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