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Enquête

J6M contre Lescure-Soir

19/07/2002

En retirant la plainte de Vivendi Universal contre Le Monde, Jean-René Fourtou a mis fin à l'histoire des relations tumultueuses entre le quotidien et Jean-Marie Messier. Chronique d'une liaison fatale.

Il a suffi d'un geste joint à une parole. Sitôt nommé, le 3 juillet, Jean-René Fourtou a levé une plainte en diffamation contreLe Mondeet reconnu que son groupe était confronté à des« problèmes de trésorerie à court terme ».Ainsi, le nouveau PDG de Vivendi Universal signait l'acte de reddition de l'ex-empire de Jean-Marie Messier face au quotidien. Oubliés,« Les mystères de Vivendi »et cet article de Martine Orange, en date du 15 mai 2002, qui affirmait que VU avait« frôlé la cessation de paiement à la fin 2001 ».Épongé, le contentieux économique qui avait fait craindre auMondede perdre tous les budgets publicitaires de son premier annonceur. Remisée, enfin, une éventuelle sortie de Canal + du capital du quotidien du soir. Jean-Marie Colombani, le président du directoire duMonde,ce journal que Jean-Marie Messier appelait avec dédain« Lescure-Soir »,avait fini par triompher de « moi-même maître du monde »...l'autoproclamé J6M. Aujourd'hui, les comptes de VU sont passés au peigne fin par la Commission des opérations de Bourse...

Alain Minc en émissaire

Attaquer économiquementLe Monde :ce fut l'erreur de l'ancien patron de VU. Jusqu'alors, seul Pierre Suard, l'ancien PDG d'Alcatel, s'y était risqué en associant la pression publicitaire à l'offensive judiciaire.« Cela ne lui a pas porté chance »,se souvient Jean-Marie Colombani. Comme Messier, Suard avait dû quitter précipitamment ses fonctions en 1995. On ne plaisante pas avec le grand quotidien de l'establishment, surtout quand on est son premier pourvoyeur de publicité.« On va pouvoir mesurer le temps funeste qui sépare Messier de son départ »,a lâché le patron duMonde,à la mi-mai, en recevant son assignation. DansLe Pointdu 5 juillet 2002, J2M raconte qu'il a alors reçu la visite d'un« émissaire »,alias Alain Minc, président du conseil de surveillance duMondeet conseil de grands patrons comme François Pinault ou Vincent Bolloré :« Il est venu me dire que si je ne retirais pas ma plainte, il allait continuer le matraquage,explique-t-il.Le mec n'est pas resté deux minutes dans mon bureau. Alors, je fais un procès et je réclame non pas 1 franc symbolique mais 1 million d'euros. »Une version que conteste Colombani :« Il n'y a jamais eu d'émissaire, car il n'y a jamais eu à discuter. »De son côté, Alain Minc précise :« Je l'ai vu pour lui dire que faire un procès est une liberté essentielle de la démocratie, surtout quand on a une grande chance de le perdre. Et que supprimer la publicité n'était pas une façon de faire. »

Quel rôle a joué l'influent Alain Minc dans l'histoire des relations entreLe Mondeet Jean-Marie Messier ? Avec Maurice Lévy, président du directoire de Publicis et conseil de J2M, il est l'une des pièces essentielles d'un puzzle complexe. Minc et Messier se connaissent bien. En privé, le premier se souvient de son étudiant à l'ENA qui était toujours le premier à répondre pour se mettre en avant. Entre camarades de l'Inspection des finances, on se rencontre, on se voit, on se parle. Minc est un assidu des fêtes que J2M donne à Auvers-sur-Oise. Il est aussi celui qui est susceptible de se faire entendre des deux Jean-Marie. En revanche, il nie farouchement avoir été conseil de J2M :« Dans mon métier, je n'ai jamais touché un sou de Jean-Marie Messier ou de Vivendi. »Tout comme Alain Minc, Maurice Lévy a l'oreille de Messier et de Colombani. Publicis est actionnaire à 49 % du Monde Publicité. Pacificateur né, le publicitaire a intérêt à ce que les deux groupes s'entendent. Il poussera Jean-Marie Colombani à accepter l'invitation du patron de VU à New York pour un forum d'après 11 septembre 2001...

Deux grains de sable

À l'époque, J2M et JMC vivent leur lune de miel. En juin 2001,Courrier internationala été cédé par VU auMondepour moins de 15 millions d'euros. Denis Jeambar, le patron deL'Expressqui en avait le contrôle, est furieux. Pour lui, le message est clair :Courrier internationala été sacrifié sur l'autel de la réconciliationLe Monde-VU. Depuis novembre 1997, J2M était en effet convaincu que Colombani ne lui pardonnait pas de ne pas lui avoir venduL'Express.En octobre 2000,Le Monden'avait-il pas titré faussement« Bruxelles bloque la fusion Vivendi-Seagram »? Devant les analystes financiers, Messier avait été obligé de se faire confectionner une fausse une du quotidien affirmant« Bruxelles autorise la fusion ».Pour lui, il suffisait donc de céder auMondeun petit pan du groupeExpresspour soigner le mal... La lune de miel va se poursuivre jusqu'au premier trimestre 2002, quand VU et Canal + vont accepter de souscrire, en tant qu'actionnaires, à une levée de fonds de 22 millions d'euros en vue de constituer un trésor de guerre auMonde,candidat à la reprise du groupe PVC, l'éditeur deTélérama.

Mais Jean-Marie Messier a en face deux forces qui jouent contre lui. La première s'appelle Martine Orange. Cette journaliste connaît bien J2M. Avant d'entrer auMondeen 1995, elle suivait la Générale des eaux pourL'Usine nouvelle.La communication, la convergence... ? Ce n'est pas son truc.« J'ai vu très vite que Vizzavi ne marchait pas, que la musique était un marché mûr, que Canal + perdait de l'argent et que les studios vivaient en autarcie »,explique-t-elle. Dès la prise de contrôle d'Havas par Messier, la journaliste s'oppose avec l'ancien banquier d'affaires sur les comptes. Elle estime ensuite que le sémillant patron à la mode siphonne les ressources de Vivendi Environnement auquel il doit, avec Cegetel, l'essentiel de son cash-flow. Droit de réponse de Jean-Marie Messier. Après avoir évoqué, en janvier 2002,« le reclassement difficile des titres Vivendi Universal »,elle est devenue la bête noire du patron de VU. À tel point que celui-ci s'arrange pour lui tourner la tête lorsque, le 6 mars, elle lui demande en pleine assemblée générale où il n'est question que d'Ebitda et de survaleurs :« Mais en résultat net, ça fait quoi ? ».Messier a cette réponse mémorable :« Je vous l'ai déjà dit : [moins] 13,6 milliards d'euros. »Tout le monde découvre alors l'ampleur du désastre...

Dès la mi-avril 2002, Martine Orange pense être en mesure d'écrire que VU a connu à la fin de 2001 une grave crise de trésorerie« frôlant la cessation de paiement ».Elle attend alors un mois et une étude de Moody's confirmant ses dires pour publier l'article avec l'aide de son chef de service Laurent Mauduit et du directeur de la rédaction, Edwy Plenel. Une thèse que Messier, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions, conteste encore en affirmant que VU possédait en caisse 4,2 milliards d'euros à la fin septembre 2001. À plusieurs reprises, il aurait demandé à la direction duMondeque Martine Orange cesse de suivre le dossier VU...

Lescuremamia?

L'autre grain de sable s'appelle Pierre Lescure. Membre du conseil de surveillance duMondeet président du Monde Presse, l'un des actionnaires du quotidien, l'ex-président de Canal + n'a pas son pareil pour se faire entendre de la rédaction. Grâce à lui, le quotidien tient la chronique de sa relation d'amour-haine avec J2M. Quand il agite la menace de son éviction,Le Mondeest là. Quand il écrit un livre de contre-feu à des ouvrages critiques sur Canal +,Le Mondepublie les bonnes feuilles. Aussi, nul n'est étonné de voir le quotidien, après son limogeage, prendre fait et cause pour la rébellion des salariés de Canal +. Le 17 avril 2002, le titre sur quatre colonnes à la une,« Canal + appelle à la révolte contre Jean-Marie Messier »,prend la place d'un autre,« L'extrême droite au second tour ? »,qui passe dès lors inaperçu sous le premier.Le Mondeaurait-il été victime de sa « lescuremania » ?« Nous avons privilégié l'actualité la plus chaude et nous nous le sommes un peu reproché,reconnaît Jean-Marie Colombani,mais on aurait pu alors nous accuser de sonner artificiellement le tocsin... »Et puis, il est vrai que l'investigation économique est le nouveau cheval de bataille d'Edwy Plenel.Le Mondes'y taille une réputation nouvelle... Ce n'est pas Jean-Marie Messier qui dira le contraire.

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