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Presse

Le blues des journalistes

18/10/2002

Les licenciements récents et les difficultés actuelles de la presse ravivent le sentiment de mal-être d'une partie des journalistes. Mais la profession attire toujours autant les jeunes.

Les journalistes et les salariés de Tests ont le coeur gros. Mardi 15 octobre, entre 10 h 30 et 11 h, ils devaient descendre dans la rue pour protester contre le plan de licenciements qui les touche,« l'un des plus sévères dans la presse de ces vingt dernières années »,selon les syndicats. En effet, 117salariés sur 435 sont concernés, dont 60 journalistes. Si l'on ajoute les 24clauses de cession exercées à l'occasion du changement d'actionnaire et les 25pigistes licenciés en juin dernier, pas moins de 109journalistes auront été remerciés sur les 250 qu'employait la filiale de presse informatique d'Aprovia, vendue cet été par Jean-Marie Messier aux fonds d'investissements Cinven, Carlyle et Apax Partners.« Pas question de toucher aux effectifs »,assurait pourtant, en mai 2002, le président d'Aprovia, Fabrice Fries.« Tests a gagné de l'argent pendant dix ans. Il en perd pour la première fois en 2002[10 millions d'euros]et ce sont les salariés qui trinquent »,constate, amer, Alain Steinmann, le vice-président de la Société des journalistes.« Nous n'avons jamais connu pire conjoncture,explique de son côté le PDG, Jean Weiss.Nous avons fait en sorte que l'entreprise redevienne profitable dès 2003. »

Contraintes judiciaires et légales croissantes

Tests n'est pas seul à affronter le refroidissement du climat économique et publicitaire.LeNouvel Économistea perdu la moitié de sa rédaction pour se limiter à une dizaine de journalistes dans la formule mise en place sous la houlette de Jacob Abbou. BFM, repris par RMC, doit licencier 67personnes sur 110.France Soir,suspendu au conseil d'administration de son actionnaire du 23 octobre, menace lui aussi de sombrer avec sa rédaction. Il faut y ajouter les arrêts purs et simples :Connectis, Dépêche mode, Future, Newbiz, Triba, Web magazine...et les réductions drastiques menées dans les rédactions des sites Internet. À cette aune, les récents plans d'économies deSud Ouest,La Dépêche du MidiouLeMondeparaissent presque enviables...

Pour les journalistes, cette conjoncture délicate alimente une inquiétude plus ancienne. Chaque année, 1 500 détenteurs de la carte de presse abandonnent la profession. Certains partent naturellement en retraite, mais beaucoup cèdent aux sirènes du monde de la communication ou basculent dans des professions libérales.« Je passe sur les suicides, mais on pourrait en parler... »,ajoutait pudiquement Loïc Hervouët, directeur général de l'école de journalisme de Lille, dans le cadre de l'université d'été de la communication.

Cette crise pourrait s'expliquer, selon lui, par la difficulté grandissante d'exercer ce métier.« Il faut dire des choses de plus en plus rapidement sur des domaines de plus en plus complexes »,souligne-t-il. S'y ajoutent des contraintes judiciaires et légales croissantes.« Les tribunaux ont un peu éduqué la presse : la crainte d'être poursuivi a inspiré l'application de règles de prudence, l'utilisation d'un ton distancié et de guillemets fréquents,explique Basile Ader, avocat au barreau de Paris et directeur de Légipresse.Sur le plan formel, les journalistes disposent d'une liberté moins grande qu'au début du siècle. »Et la législation européenne pourrait encore compliquer l'affaire (lire l'encadré en page précédente).

Le salaire de PPDA : l'arbre qui cache la forêt

Autre facteur, les salaires ne sont pas toujours incitatifs. Un Patrick Poivre d'Arvor aux revenus élevés (sa carte de presse lui a été retirée car il ne souhaite pas les dévoiler à la Commission de la carte), c'est un peu l'arbre qui cache la forêt. Le salaire moyen de cette profession assez diplômée - plus d'un journaliste sur deux est détenteur d'un diplôme de deuxième ou de troisième cycle - s'élève à quelque 2 600 euros bruts (un chiffre stable depuis dix ans), selon l'étude de référence « Les Journalistes français à l'aube de l'an 2000 ». Et l'amplitude va de 800 à 7 600 euros bruts mensuels. Le salaire moyen tombe à 1 500 euros bruts pour 15 % de la profession... et pour près de la moitié des pigistes. Certes, sur 34 227journalistes encartés en 2001, le taux de chômage n'atteint que 3 %.« Mais ce chiffre ne prend en compte, aux deux extrémités de la chaîne des générations, ni les journalistes stagiaires ni les chômeurs de longue durée »,précise François Boissarie, secrétaire général du Syndicat national des journalistes. Selon lui, ces 3 % doivent être au moins doublés, peut-être triplés. Les syndicats stigmatisent en outre la multiplicité des formes de précarité de l'emploi dans les médias : piges, CDD, contrats de qualification, faux stages, employés de rédaction, etc.

Reste que toutes les professions, dans l'industrie, la publicité ou le commerce, sont aujourd'hui touchées par de tels dégraissages. Et le journalisme continue toujours de séduire : les écoles regorgent de candidats et le découragement n'est pas général. Beaucoup d'observateurs et d'acteurs insistent sur la passion intacte de journalistes jeunes... ou moins jeunes.

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