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TÉLÉVISION

Damien Degueldre, un scoop en baptême

06/12/2002

Quand la guerre éclate en Afghanistan, à l'automne 2001, Damien Degueldre travaille chez L'Oréal. Un mois après, il filme le massacre de la citadelle de Quala-e-Jangi. Retour sur le scoop d'un apprenti reporter de guerre.

Quel est le point commun entre un vendeur de shampooings et un reporter de guerre en Afghanistan ? La réponse a trente et un ans, les cheveux noirs, ne se laisse pas impressionner par un tir de roquette et s'appelle Damien Degueldre. Un an après, son ami Alex Perry, journaliste àTime magazine,rencontré sur le champ de bataille, en rit encore :« Je le taquinais ! Je lui disais : " Tu as rêvé, tout cela n'a jamais existé, tu vas rentrer en France et te remettre à vendre des shampooings. "Cela nous faisait beaucoup rire. »Pourtant, le contexte n'était pas franchement drôle. Le 26 novembre 2001, Damien Degueldre assiste, avec trois autres journalistes seulement, à un massacre de la guerre d'Afghanistan : l'écrasement sanglant par les Américains, les Britanniques et l'Alliance du Nord de la mutinerie des prisonniers talibans dans la citadelle de Quala-e-Jangi. Des centaines de morts et 86 rescapés. Parmi eux, John Walker Lindh, le taliban américain. Pendant trois jours, Damien Degueldre a filmé. Ses images ont fait le tour du monde.

Pour ce trentenaire dont les débuts dans la vie active, chez L'Oréal (où il a quitté un poste de responsable de marché pour la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et les Pays baltes) promettaient une belle carrière dans le shampooing et les crèmes de beauté, ces images sont davantage qu'un scoop. Une deuxième vie, qu'il raconte dans un documentaire,La Guerre pour de vrai,que France 2 a diffusé le 29 novembre dernier. Une histoire folle qui commence par une démission. Ras-le-bol d'une vie de bureau tiède et bien payée. Elle se poursuit en Ouzbékistan, après d'énormes galères pour décrocher un visa. Puis, c'est l'arrivée en Afghanistan, à la citadelle de Quala-e-Jangi, le combat, la diffusion de ses images sur les chaînes françaises d'abord, ensuite dans un documentaire diffusé en Grande-Bretagne sur Channel4, qu'Arte a reprogrammé le 2 décembre. Damien Degueldre a obtenu, à Londres, le prix Rory Peck 2002 du meilleur cameraman free lance, un prix partagé avec Dodge Bellingsley, qui était à ses côtés à Quala-e-Jangi.

Rêve de gosse

Bref, un conte de fées cousu main pour tous les apprentis journalistes qui se verraient bien reporters de guerre. Et c'est justement en cela queLa Guerre pour de vraidérange. Ce reportage nous offre le regard d'un débutant, avec un commentaire brut et les paroles naïves d'un novice face à l'horreur. C'est le parti pris du film : raconter les premiers pas d'un journaliste de guerre. Le commentaire, sur le mode du « je », exprime fraîchement l'inconscience, l'excitation, la fascination, tandis que défilent des images graves et saisissantes. Le décalage invite à la réflexion.

Comment recommence-t-on une vie ?« Devenir reporter, c'était d'abord un rêve de gosse »,assure Damien Degueldre. Un gosse bien né - père avocat, mère britannique et mannequin -, passionné d'Afghanistan, qui connaît tout du commandant Massoud. Juste avant la mort de celui-ci, le 9 septembre 2001, Damien Degueldre annonce qu'il va partir sur ses traces.« Personne n'y croyait vraiment »,témoigne un proche. La disparition de Massoud renforce sa détermination. Il passe un mois à faire le tour des rédactions pour trouver celle qui lui signera l'accréditation indispensable pour obtenir un visa. C'est un journal destiné aux protestants qui accepte ! Il part. Le hasard s'en mêle : il rencontre Alex Perry, deTime magazine,informé avant tout le monde de cette fameuse mutinerie. L'équipe prend le chemin de la citadelle de Quala-e-Jangi. Avec son air d'adolescent joyeux et rigolard, Damien prend sa place dans le convoi.« Une roquette nous passait au-dessus de la tête, il était encore en train de serrer des mains et de se faire copain avec tout le monde »,se souvient son acolyte.

De retour en France en décembre 2001, rushes sous le bras, Damien Degueldre frappe à la porte de Doc en stock, la société de production de Daniel Leconte. Ce dernier le prend sous son aile :« Nous nous sommes enfermés pendant une semaine. Il m'a raconté, image par image, ses sensations. Puis j'ai écrit le texte que nous avons ensuite retravaillé ensemble. »Damien Degueldre en parle comme d'une thérapie. Quant à Alex Perry, nommé chef du bureau d'Asie du Sud deTime,il conserve une certaine nostalgie de cet épisode afghan :« Nous n'aurons pas beaucoup d'autres occasions comme celle-là. C'est le plus haut point de ma carrière. »Damien Degueldre, lui, a sorti son film. Et après ? Silence énigmatique. De ces silences qui cachent un nouveau départ ?

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