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Entretien

Étienne Mougeotte : « Notre nouvelle quête de sens »

10/01/2003

Le vice-président de TF1, Étienne Mougeotte, place l'année 2003 sous le signe de la télé-réalité. Une politique qui concilie, selon lui, quête de sens et divertissement pur.

La part d'audience de TF1 est restée stable en 2002. Cela aurait-il été le cas sans la grève de novembre dernier à France Télévisions ?

Étienne Mougeotte.On ne peut pas raisonner avec des aléas de cet ordre. Une grève à France Télévisions pèse pendant deux semaines sur cinquante-deux, ce qui reste relativement marginal. Les raisons de cette bonne audience de TF1, c'est la Coupe du monde, en dépit de la mauvaise prestation de l'équipe de France, le succès deStar Academyet des programmes forts. Après l'explosion de la bulle Internet et devant les difficultés des télévisions à péage en Europe, on s'aperçoit que les grandes télévisions généralistes non seulement ne sont pas à la traîne, mais réalisent de très fortes audiences et voient leur consommation augmenter. De plus, alors qu'une grande chaîne généraliste a plutôt tendance à vieillir, nous avons fait un effort particulier en direction des jeunes [lire l'encadré]. Nous progressons sur les 15-34 ans, sur les femmes de moins de 50 ans et sur les femmes avec enfants.

Zone rougevient de débuter à l'antenne, avant l'arrivée prochaine de Fear Factor. La peur est-elle le nouveau filon de la télé-réalité ?

É.M.C'est un effet d'optique. Zone rouge est un jeu de la nouvelle génération, dans la veine des deux formats les plus emblématiques que sontQui veut gagner des millions ?etLe Maillon faible, avec une très forte mise en situation. La peur n'est pas le ressort premier deZone rouge. Ce produit combine les connaissances de type «quiz» et la capacité de se maîtriser soi-même pour contrôler son stress. Quant àLa Loi de la peur, le jeu reposera là aussi sur le contrôle de soi. Gagnent ceux qui se maîtrisent le mieux. Et le format original a été très adapté. Il n'y aura pas de scènes insupportables et d'images insoutenables. Si on va trop loin, le public se détourne. Ce programme est destiné à une deuxième partie de prime time, après un jeu du typeQui veut gagner des millions ?Il sera diffusé au printemps.

Jusqu'où irez-vous dans l'extrême avec cette version TF1 de Fear Factor ?

É.M.Ce sera par exemple un candidat dans une voiture sur un piton rocheux qui doit aller ramper sur le capot pour décrocher quelque chose avec la peur du vide. Le candidat ne risque rien, il est attaché. Mais c'est très spectaculaire pour les téléspectateurs.

Pérennisez-vous aussi les formats de télé-réalité existants ?

É.M.Oui, nous ferons unStar Academy 3à la rentrée, unKoh Lanta 3entre le printemps et l'été et nous tournons pour cet été unÎle de la tentation 2. Pour l'instant, il n'y a pas eu de casse sur la télé-réalité.Star AcademyetKoh Lantaont une réelle récurrence et une pérennité. AvecStar Academy, nous avons créé l'institution, elle s'inscrit dans la durée. Il y a un format, un enjeu et un contenu.

Avec la multiplication des formats de télé-réalité, êtes-vous encore dans une démarche de quête de sens ?

É.M.Cela dépend lesquels.Star Academyest un grand programme de divertissement, c'est une évidence. Mais c'est aussi l'occasion de mettre en avant certaines valeurs : le travail, un minimum de discipline, le respect des professeurs, l'acceptation de l'évaluation et de la compétition. L'idée qu'on ne peut réussir qu'en travaillant. Autant de valeurs qui s'étaient dissoutes pour ne pas dire détruites, et dont on nous dit que beaucoup de Français souhaitent qu'elles soient restaurées. C'est la raison pour laquelle le programme, qui entre dans la famille grâce aux jeunes et aux enfants, remporte ensuite l'adhésion des parents et des grands-parents. À l'inverse,L'Île de la tentationn'est pas porteuse de sens,Le Bigdilnon plus, ce sont des divertissements purs. Essayer de donner un sens à certains programmes ne signifie pas que toute la grille soit porteuse de cette quête de sens, ce serait ridicule.

Star Academy2 aurait rapporté 120 millions d'euros de recettes publicitaires. Que faut-il ajouter avec les produits dérivés ?

É.M.C'est d'abord la publicité qui constitue l'essentiel de la recette - non arrêtée à ce jour. Le reste, les produits dérivés, c'est très intéressant, mais on fait d'abord un programme destiné aux téléspectateurs et tourné vers les annonceurs. De manière secondaire, cela engendre des recettes supplémentaires qui constituent une marge nette. Mais le jour où l'on fera un programme en pensant d'abord aux produits dérivés et aux bénéfices que l'on peut tirer du téléphone et des SMS, on fera fausse route. Aujourd'hui, la part des produits dérivés dans les recettes deStar Academyse situe autour de 15 %. Il n'est pas question que nous l'augmentions. Il ne faut pas se tromper de priorité : nous restons avant tout un diffuseur dont la priorité est sa relation aux téléspectateurs.

Où se situe la limite des produits dérivés et des appels surtaxés ?

É.M.Il faut que les SMS et les numéros surtaxés aient une vraie justification. S'il n'y a pas de véritable enjeu comme d'éliminer ou de sauvegarder un candidat, on touche effectivement la limite. Donc, nous nous autorégulons.

N'êtes-vous pas déçu des performances de l'émission de Bernard Tapie ?

É.M.C'est une audience moyenne qui est loin d'être catastrophique. Mais elle doit pouvoir faire mieux. Il faut trouver des thèmes plus fédérateurs. Et il n'a pas toujours eu les invités qu'il aurait fallu avoir. Nous allons davantage travailler sur la qualité du casting. Par ailleurs, Bernard Tapie vient de tourner le premier épisode d'un nouveau héros récurrent, Valence, un policier des beaux quartiers. Quatre épisodes sont prévus cette année.

Vous avez commencé la diffusion d'un Jean Moulin après celui de France 2. Est-ce TF1 qui copie France 2 ou l'inverse ?

É.M.Sans revenir sur cette médiocre polémique, cela fait six ans que nous travaillons sur ce projet avec Jean-Pierre Guérin. Et sur un sujet de cette gravité, la course pour être le premier à diffuser n'a pas vraiment de sens.

Dans la bataille sur la fiction, où en êtes-vous de votre adaptation des Liaisons dangereuses par Josée Dayan, dont on dit qu'elle est en suspens ?

É.M.Non, nous travaillons sur la postproduction et le montage. Il y aura finalement deux épisodes et non trois. Il s'agit d'un produit compliqué avec notamment des problèmes de doublage. Mais beaucoup de travail a déjà été fait et je suis confiant.

Comment jugez-vous votre accord avec Endemol dans la production ?

E.M.J'en suis très satisfait. Star Academy est l'enfant le plus abouti de cet accord qui court encore pour trois ans et qui nous permet de bénéficier de la compétence et de la couverture internationale d'Endemol. Nous sommes heureux de profiter de l'expérience de John de Mol, le patron d'Endemol, qui a su rester très créatif. Nous avons une relation privilégiée à travers cet accord. Par ailleurs, à travers Glem, filiale de TF1, qui a créé un département de télé-réalité (elle réaliseL'Île de la tentationet travaille surThe Right Man - L'Homme idéal -, ainsi que sur deux autres projets qui devraient voir le jour avant la fin 2003), nous développons en parallèle de la production interne et l'appel à des producteurs extérieurs.

Qu'attendez-vous du Conseil de la concurrence à propos de votre différent avec la Ligue professionnelle de football et Canal + ?

É.M.La seule chose que je puisse dire, c'est qu'il est assez curieux de constater que la Ligue, qui avait deux clients, ait décidé de tout attribuer à un seul pour laisser l'autre sur le bord de la route. C'est assez rare dans le fonctionnement des affaires, pour ne pas dire exotique.

Sur la Ligue des champions, avez-vous fait une offre inférieure à 40 millions d'euros ?

É.M.Oui, nous avons fait une offre très sensiblement inférieure à ce que nous payions sur les trois dernières saisons. Et nous ne dépasserons pas ce prix. Nous avons fait une proposition pour avoir le meilleur match le mardi ou le mercredi pour ce produit, qui sera très probablement partagé avec une télévision payante, TPS je l'espère.

Pour la Formule 1, qu'en est-il ?

É.M.Il y a un vide juridique puisque notre contrat a été rompu par un nouvel appel d'offres. Je ne sais pas ce qui peut se passer. Le contrat était hors de prix, à près de 20 millions d'euros. Cela n'a plus de sens aujourd'hui : l'économie de la télévision a changé et le produit lui-même s'est beaucoup détérioré.

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