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Enquête presse internationale

IHT, une marque en sursis?

17/01/2003

L'International Herald Tribune est désormais la propriété d'un seul actionnaire, le New York Times, et non plus de deux. Pourtant, c'est une période d'incertitude qui s'ouvre pour le grand quotidien international.

C'est la fin d'une époque. En reprenant, le 1er janvier 2003, l'International Herald Tribuneà 100 % pour 65 millions de dollars -et non 75millions comme annoncé-, leNew York Timesa mis un terme à trente-cinq ans de coactionnariat et de coopération avec leWashington Post. L'opération ne s'est pas faite sans mal. Depuis quelques mois, les deux quotidiens, concurrents sur le territoire américain, se posaient en rivaux à l'international. Le groupe New York Times, qui édite plus de quinze journaux, possède huit chaînes de télévision et deux stations de radio, s'est mis à défier le groupe Washington Post, éditeur entre autres de l'hebdomadaire internationalNewsweek. Il a lancé en avril 2002 un supplément hebdomadaire de huit pages en anglais au sein du journalLe Monde.Un accord perçu auWashington Postet à l'International Herald Tribunecomme quasi inacceptable. En effet, en termes de publicité, ce supplément venait chasser sur les terres de l'IHT. Premier signe de la part duNew York Timesqu'il était décidé à se développer à l'international, si besoin en allant contre les intérêts duHerald Tribune...

À en croire leWashington Post, c'est d'ailleurs bien ainsi que la négociation autour de l'IHTlui a été présentée. Dans un document interne diffusé fin octobre 2002, Donald Graham, coprésident duPost, expliquait :« LeNew York Timesa engagé des discussions avec nous pour nous proposer de vendre notre participation dans leHerald Tribune, afin de pouvoir satisfaire ses ambitionsinternationales. En cas de refus, leTimess'est dit prêt à lancer sa propre édition internationale et à bloquer tout nouvel investissement dans l'IHT. »Dans ces conditions, lePosta estimé«n'avoir guère le choix»et s'est« résigné avec tristesse »à vendre sa participation auNew York Times.

Conséquences éditoriales

Une décision lourde de conséquences pour leHerald Tribune. Sur le plan rédactionnel, jusqu'à ce début janvier, leWashington Postfournissait à peu près un tiers du contenu du journal. Désormais, les lecteurs doivent renoncer à la confrontation des points de vue des grands éditorialistes américains. Les journalistes duNew York Timessont plus sollicités et, aux États-Unis, une équipe de nuit se consacre à la commande d'articles au réseau mondial de correspondants du Times pour le compte de l'IHT.

Sur tous les autres plans, les questions se multiplient. LeHerald Tribune, dont l'impression et le portage sont assurés depuis octobre dernier parLe Figaroen France, envisageait depuis longtemps le lancement, en partenariat avec le quotidien français, d'un supplément semblable à ceux qu'il publie en Allemagne avecFAZ, en Espagne avecEl País, etc. Quid de ce projet, compte tenu des liens entreLe Mondeet leNew York Times?« Pour nous, rien ne change », indique Anne Chaussebourg, directrice de la coordination des publications duMondeà propos du supplément en anglais du samedi. L'IHTdevra-t-il donc renoncer à son ambition ?« Il est encore trop tôt pour faire des commentaires sur ce point »,explique àStratégiesArthur Sulzberger Jr., PDG duNew York Times.

En matière de publicité, des offres globales sont envisagées.« De tels packages, combinant la diffusion duNew York Timesaux États-Unis[1,2 million d'exemplaires en semaine et 1,7 le dimanche]et celle de l'IHTdans le monde[263 878 exemplaires en 2001 selon l'OJD, dont 168 817 en Europe et 36 143 en France], sont de nature à concurrencer sérieusement leWall Street Journalet leFinancial Times», se réjouit Peter Goldmark, PDG duHerald Tribune.

Réaction de Richard J. Tofel, éditeur adjoint duWall Street Journal:« Je suppose que si leNew York Timesa décidé d'investir 65millions de dollars, c'est parce qu'il a des projets précis en tête. Mais la compétitivité réelle duHerald Tribunedépendra de réponses aux choix précis qui seront faits. Quotidien international d'intérêt général ou économique, ciblant les Américains expatriés ou les populations locales dans le monde... Pour l'heure, rien n'est tranché. »En attendant, les rumeurs vont bon train.« À New York, le milieu journalistique s'attend à ce que l'International Herald Tribunechange de nom dans l'année », affirme Richard J. Tofel.« New York est une ville pleine de rumeurs. Par principe, je ne les commente pas », répond Peter Goldmark.

Compte tenu de l'histoire du titre, une telle évolution n'est pas à exclure. Le premier numéro de l'IHTa paru à Paris le 4 octobre 1887. À l'époque, il porte le nom deNew York Herald, European Edition.Après deux changements de propriétaire et une fusion avec leNew York Tribune, il devient leNew York Herald Tribune. Un titre bien connu des Français depuis la prestation de Jean Seberg dansà bout de souffle, de Jean-Luc Godard, en 1959. Dans ce film culte, la jeune femme incarne Patricia, qui, pour vendre des exemplaires du quotidien américain, porte un tee-shirt au nom du journal. Ce n'est qu'en 1967 que le quotidien devient l'International Herald Tribune, codétenu par leNew York Timeset leWashington Post.

«Désormais, la marque New York Times va forcément devenir plus présente dans le journal », reconnaît aujourd'hui Jean-Christophe Demarta, directeur marketing Europe duHerald Tribune. Mais de là à changer de nom, déstabiliser le lectorat, perdre le bénéfice d'une marque établie... Faire évoluer un produit ne prend pas seulement quinze jours. Les premiers changements à la tête de la rédaction ont pourtant été très rapides. Dès la mi-décembre 2002, le retour auWashington Postde David Ignatius, directeur de la rédaction de l'IHT, était annoncé.« La décision a été prise d'un commun accord », explique l'intéressé. Il est remplacé pour l'heure par Walter Wells, qui a débuté auNew York Times, avant d'occuper le poste de rédacteur en chef de l'IHTde 1980 à 2001. Il est en outre marié à Patricia Wells, célèbre critique gastronomique de l'IHT.

Un seul actionnaire souhaité

« Walter Wells est une bonne solution dans la mesure où il connaît bien la rédaction et inversement. Mais est-ce un choix temporaire ou permanent ? », s'interroge l'un des 250 salariés du journal à Paris. Face à de tels doutes, Peter Goldmark se veut rassurant :« De toute évidence, leNew York Timesn'a pas acheté leHeraldpour le fermer, mais pour le développer. »Et il en a les moyens : son chiffre d'affaires devrait dépasser les 3 milliards de dollars en 2002, et ses bénéfices approcher les 300 millions, tandis que l'IHT, qui revendique des revenus de l'ordre de 100 millions de dollars par an, fonctionne à perte et a procédé, selon Peter Goldmark, à une réduction de 10 % de ses effectifs ces dix-huit derniers mois.

Pour l'heure, leNew York Timesse refuse à donner des précisions. Arthur Sulzberger Jr., son PDG, se borne juste à déclarer :« Nous pensons que l'IHTa tout intérêt à fonctionner avec un seul actionnaire. Un actionnaire unique peut pleinement apporter soutien et ressources, comme c'est le cas en Europe pour leWall Street Journalou leFinancial Times».

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