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Télévision

À Canal+, c'est la fin du grand bluff

07/02/2003

La nomination de Bertrand Méheut à la présidence du groupe Canal+ est plutôt bien acceptée par les syndicats de la chaîne. Mais les salariés sont en attente d'un plan stratégique pour l'avenir.

Les PDG se suivent et ne se ressemblent pas à Canal +. Celui qui s'apprête à succéder à Xavier Couture, Bertrand Méheut, cinquante ans, jusqu'alors numéro 2 du groupe, n'est pas un professionnel de l'audiovisuel. Cet ancien directeur général d'Aventis CropScience, surnommé en interne « pesticide » ou « Baygon vert », en référence à son passé de restructurateur d'une filiale de chimie agricole d'Aventis, n'aura pas à vivre dans l'ombre de son prédécesseur. C'est même un accueil plutôt bienveillant - ou résigné... - qui est réservé par les salariés à ce proche de Jean-René Fourtou, PDG de Vivendi Universal et ancien président d'Aventis.« Maintenant, au moins, les choses sont claires, on a un vrai patron,explique Gérard Chollet, délégué CFDT du groupe.Bertrand Méheut avait déjà la réalité du pouvoir depuis trois mois alors que Xavier Couture était surnommé " la reine d'Angleterre" . »

Les chiffres du plan social

Rien à voir avec les rassemblements improvisés, les émotions collectives, les psychodrames médiatisés qui ont marqué les départs d'André Rousselet en 1994, puis de Pierre Lescure en 2002.« Cela fera un gros salaire en moins !,assène Frédéric Ternon, délégué CGC.Xavier Couture n'aura pas marqué l'histoire de l'entreprise et nous avons déjà Luis Fernandez pour l'entraînement du PSG au Camp des loges. Bertrand Méheut, lui, a un profil de gestionnaire, cela ne fera peut-être pas de mal à la chaîne. »Élisa Perrot, la représentante de la CGT, va même jusqu'à estimer, renseignements pris auprès de ses collègues syndicaux d'Aventis, que le nouveau PDG est plutôt prometteur :« Il est réputé pour mener les choses à bien et pour agir correctement sur le plan social. »

Le chantier qui attend Bertrand Méheut nécessitera, il est vrai, de la concertation. Le 15 février, la publication d'un audit de Cap Gemini Ernst&Young permettra d'établir un premier chiffrage du plan social auquel est promis le groupe. Les estimations varient entre 300 et 700 suppressions de postes.« La direction a intérêt à faire courir le bruit qu'il y en aura beaucoup,souligne Gérard Chollet.C'est un classique du management d'entreprise : le plan social intègre ainsi l'esprit des salariés. »La CFDT appelait, en riposte, à une manifestation jeudi 6 février devant le siège parisien de VU. En juin 2001, Canal+ a déjà connu un plan de réduction des effectifs portant sur 217 postes.« Cette fois, tous les services seraient apparemment touchés mais nous n'avons aucune confirmation »,souligne François Perrin, délégué FO, qui critique le manque d'information des salariés sur la vie de l'entreprise. Il semble qu'une partie des services généraux serait externalisée, tandis que des moyens techniques seraient mutualisés entre CanalSatellite et Multithématiques, l'éditeur de chaînes thématiques. L'audit préconiserait, par ailleurs, une réduction de moitié des 200 entités juridiques que compte le groupe.

Dans ce contexte social tendu, les salariés risquent de mal accepter les enveloppes de départ des dirigeants du groupe Canal +.« Si on additionne les indemnités de tous les hauts dirigeants du groupe depuis la démission de Denis Olivennes, ancien directeur général, on arrive facilement à 15 millions d'euros,s'indigne Frédéric Ternon.Pour faire comme les Américains, Jean-Marie Messier avait approuvé des « golden parachutes ». Le résultat, c'est que tout ce petit monde s'est goinfré et qu'il faut bien maintenant que quelqu'un paie. »

Réduire les indemnités

Sous l'impulsion de Christian Sanchez, directeur général adjoint chargé des ressources humaines arrivé en mai 2002, les temps seraient en train de changer à Canal +.« En arrivant,raconte un syndicaliste,ce dernier a été halluciné par le montant des indemnités négociées dans les contrats d'embauche. Il attaque aujourd'hui sur des indemnités versées, comme celles de Denis Olivennes ou de Philippe Duranton, son prédécesseur. »Un revers de fortune qui explique d'ailleurs pourquoi Richard Lenormand a tergiversé avant de quitter effectivement la présidence de Studio Canal. Ou pourquoi Xavier Couture tardait à rendre officielle son éviction : il ne lui serait accordé que six mois d'émoluments au lieu des deux années auxquelles il prétendrait.Le Mondedaté du 2-3 février évoque, lui, une somme proche de 3 millions d'euros, soit l'équivalent des indemnités reçues par Pierre Lescure. L'avenir dira si l'ardoise s'alourdira fortement avec les départs annoncés de Marc-André Feffer, vice-président, et de Dominique Farrugia, PDG de Canal + France.

Échec de la grille en clair

La nécessité de remplacer ce dernier, qui est aussi le patron des programmes de Canal +, apparaît indispensable au vu de l'échec de la grille en clair. Selon l'agence médias OMD, Maurad a rejoint les scores piteux de Frédéric Beigbeder, lors des derniers temps deL'Hypershow,avec une moyenne de 267 000 téléspectateurs depuis la création de l'émissionMaurad contre le reste du monde, le 2 décembre 2002. On en comptait 371 000 sur la tranche horaire un an plus tôt... Quant àSoixante jours-Soixante nuits,qui réalise des audiences décevantes, il faut y ajouter un effet d'image désastreux : Joey Starr lui-même ne s'est-il pas vanté, dans l'émission de Marc-Olivier Fogiel sur France 3, d'avoir plumé Canal+ grâce à un très gros cachet (autour de 500 000 euros) ?

Il n'en a pas fallu davantage à Guillaume de Vergès, directeur général adjoint en charge des programmes de TF1, pour pousser ses pions vers la chaîne cryptée, à l'invitation du partant Xavier Couture. Un peu à l'étroit sur la Une, il aurait choisi de ne pas attendre la succession de son vice-président, Étienne Mougeotte, qui aurait retrouvé « une forme incroyable », selon l'entourage de ce dernier. Un signe : ce dernier a choisi de ne pas remplacer poste pour poste Guillaume de Vergès, préférant la dilution des responsabilités à un effet « Iznogoud » qui amène le numéro deux à convoiter la place du calife. C'est ainsi que Jean-François Lancellier et Édouard Boccon-Gibod ont été nommés respectivement directeur et secrétaire général de l'antenne de TF1. Par ailleurs, un comité de direction de l'antenne est créé, sous la direction d'Étienne Mougeotte.

De multiples scénarios

Reste maintenant à savoir quelle sera la stratégie du groupe Canal+, alors que la perspective d'une introduction en Bourse semble de plus en plus hypothétique. Comme le souligne Gérard Chollet, délégué CFDT de Canal + :« On parle beaucoup de plan social en ce moment mais jamais de plan stratégique à moyen terme. »Va-t-on vers un démantèlement ou une vente prochaine de la chaîne cryptée ? Le soin pris par Jean-René Fourtou à associer Jean-Luc Lagardère à l'offre de 480 millions d'euros de Canal+ sur le football français relance les spéculations sur un accord qui impliquerait la vente de Studio Expand, considérée comme imminente, voire de Multithématiques ainsi que de CanalSatellite, où Lagardère refuse de se voir dilué.

Un autre scénario, en vogue dans les couloirs de Canal +, verrait VU privilégier le schéma d'un rapprochement avec TF1 dans la perspective d'une fusion TPS-CanalSatellite. Comme la rumeur en avait couru en son temps pour Xavier Couture, Guillaume de Vergès serait alors en service commandé pour favoriser une prise de participation de TF1 à hauteur de 15 % dans Canal +. Fantasme ? Il y a mieux : la décision du Conseil de la concurrence, gelant l'attribution des droits TV du championnat de France à Canal +, aurait largement repris les observations sur le sujet du directeur général de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), Jérome Gallot. Ce dernier vient d'être nommé directeur de la Caisse des dépôts à la demande de Francis Mer, ministre de l'Économie. De là à s'imaginer que Canal+ serait la victime d'un petit « cadeau » du gouvernement à TF1... On le voit, le nouvel homme fort de Canal+ aura fort à faire pour lever les doutes sur sa stratégie de restructuration après une période Couture qui se résume à un gros coup de bluff sur le foot... même si Bertrand Méheut comptait au rang des joueurs.

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