28/03/2003 - Les radios régionales indépendantes réclament plus de fréquences et moins de publicité locale pour les réseaux nationaux. Enquête sur des stations qui s'inspirent des méthodes de leurs aînées.
Les radios régionales indépendantesont encore en colère contre le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Le 6 mars, ce dernier a publié le résultat d'un appel à candidatures pour la région Champagne-Ardenne : sur les dix-huit fréquences attribuées, les indépendantes, radios de catégorie B, n'en ont décroché que quatre, contre onze pour les réseaux nationaux.« Un choix ridicule »,commente-t-on à Orléans (Vibration), dans le Nord (Contact), en Vendée (Alouette), à Lyon (Scoop) ou encore à Rennes et Nantes (Hit West), où l'on s'estime lésé. Soupir de découragement à la tour Mirabeau, siège du CSA :« Ils se plaignent continuellement, ils sont assommants. »Les stations régionales indépendantes sont en effet connues pour faire entendre haut et fort leurs revendications. Leurs cibles privilégiées : les réseaux nationaux contrôlés par les opérateurs privés, NRJ en tête.
Une force de lobbying
Nées pour la plupart au début des années quatre-vingt dans la mouvance des « radios libres », elles ont eu, depuis, l'intelligence de se rassembler. D'abord, pour créer une force de lobbying, le Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (Sirti). Ensuite, pour monter une offre publicitaire commune, le Groupement d'intérêt économique Les Indépendants (1), commercialisé par Lagardère Active Publicité. Selon la dernière enquête Médiamétrie 75000 + de novembre-décembre 2002, elles touchent chaque jour 5 573 000 auditeurs. Ce qui les place, avec une part d'audience de 8,3 % sur la cible des 13ans et plus, devant NRJ (7,2 %). Des chiffres qui commencent à agacer les grands de la FM, d'autant que le produit fonctionne à merveille sur le plan commercial. L'an passé, son chiffre d'affaires a atteint 110 millions d'euros brut, selon la pige TNS Media Intelligence, en progression de 35 % par rapport à 2001, derrière NRJ (353 millions d'euros), Nostalgie (170 millions), Chérie FM (141 millions) et Europe2 (126 millions). Des montants forcément engrangés au détriment des réseaux musicaux nationaux.
« Ils sont toujours en train de nous agresser »,se plaint Marc Pallain, le directeur délégué de NRJ Group, qui fustige leurs revendications, notamment en termes de fréquences :« Ce rassemblement de radios hétéroclites est devenu plus important qu'un groupe national en termes de couverture. »Effectivement, sur le critère de la population desservie, et selon un comptage interne des Indépendants, les 80 stations du couplage permettraient de toucher près de 140 millions de personnes, quand NRJ, avec ses quatre radios, en affiche 134 millions, Lagardère 124 millions et RTL Group 119 millions.« Mais ce n'est pas comparable,tempête Jean-Éric Valli, le président des Indépendants.Nous ne sommes pas un groupe et ne fonctionnons pas comme tel. Sinon, nous négocierions autrement avec le CSA. »En revanche, la question du parc d'émetteurs ne souffre pas la comparaison : les Indépendants en possèdent environ 360, contre plus de 460 pour RTL Group, 540 pour Lagardère et... 630 pour NRJ. «Nous demandons simplement au CSA qu'il applique la loi,commente Jean-Éric Valli.C'est-à-dire qu'il veille au juste équilibre entre les réseaux nationaux et les services locaux, régionaux et thématiques indépendants. »
Taille critique
Encore faut-il que les radios régionales ne soient pas des clones des réseaux musicaux nationaux.« Leur raison d'être, c'est d'être locales ou régionales, afin de respecter une cohérence géographique de proximité,indique Jacqueline de Guillenchmidt, conseillère au CSA en charge de la radio.Elles ne doivent pas devenir des réseaux nationaux, car cela risquerait de tuer la diversité. »Les Indépendants se défendent en faisant valoir la diversité de leurs formats musicaux (80 % de leurs titres programmés sont des exclusivités, selon Yacast) et des raisons plus économiques.« Il n'y a aucune raison de laisser s'étendre les réseaux régionaux,affirme Bertrand de Villiers, le président d'Alouette FM.Mais nous sommes des entrepreneurs, et nous avons besoin d'une taille critique pour vivre. » « Je ne suis expansionniste que sur ma région, en Rhône-Alpes,renchérit Daniel Perez, le président de Scoop.Mais pour faire un programme professionnel qui plaise aux auditeurs, il faut des moyens. »
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