Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Entretien

Jacques-Hervé Roubert : « Il manque aux Français l'obsession de l'efficacité »

11/04/2003

Ancien publicitaire, le PDG de Nurun, filiale interactive de Quebecor qui lui a racheté son agence Cythère en 2000, vit à Montréal depuis bientôt deux ans. Un excellent poste d'observation pour comparer les marchés nord-américain et européen.

Que pèse aujourd'hui Nurun sur le marché des agences interactives ?

Jacques-Hervé Roubert.En 2002, Nurun a réalisé un chiffre d'affaires de 50 millions d'euros. Il comprend nos activités de conseil en interactivité (stratégie, marketing, création et technologie) et notre filiale de télécommunications Mindready. Nous affichons une rentabilité de 2 % depuis un an. Notre chiffre d'affaires est réalisé à 47 % au Canada où nous sommes leaders, à 17 % aux États-Unis où nous sommes la quinzième société interactive du marché, avec des bureaux à New York, Detroit et Los Angeles, et à 35 % en Europe où nous sommes présents à Paris, Milan et Barcelone. Nurun n'est pas un réseau. C'est une seule société de six cent soixante personnes avec des forces communes (production informatique) et des forces spécialisées (stratégie, CRM et e-marketing) par marché.

Qui sont vos principaux clients ?

J.-H.R.L'Oréal (corporate, Helena Rubinstein, L'Oréal Paris, Kerastase et Lancôme Canada), pour qui nous intervenons en Europe et en Amérique du Nord. Le groupe Danone (Evian, Actimel et danoneconseils.com) en Europe et aux États-Unis. Le laboratoire pharmaceutique Pfizer en France et au Canada. Club Med et Europcar en Europe. Et, encore au Canada, Bombardier, leader dans l'aéronautique et les transports, le gouvernement du Québec, mais aussi, aux États-Unis et au Canada, General Motors, Pleasant Holidays, etc.

Qu'attendent les annonceurs d'Internet ?

J.-H.R.Internet étant un prolongement des stratégies des entreprises, les attentes des annonceurs sont vraiment très diverses, mais se sont fortement recentrées sur la rentabilité attendue de leurs différents sites. Ainsi, le Club Med vise avant tout une amélioration de ses ventes, Danone une meilleure fidélisation de ses consommateurs et L'Oréal cherche à la fois à séduire, éduquer et fidéliser ses clientes. Tout ce qui améliore la rentabilité des modes de production et de travail est également bienvenu. Les annonceurs ont aussi compris que les technologies de l'information et le marketing doivent être étroitement associés pour obtenir les résultats les plus probants.

Quels sont vos projets de développement ?

J.-H.R.L'avenir appartient aux sociétés qui ont trouvé un équilibre entre trois pôles : la stratégie interactive et son expression créative, les développements informatiques et enfin la collecte des données et leurs implications stratégiques dans les relations avec les publics visés. Notre pôle informatique est un point fort tant en termes de compétences (bilinguisme, maîtrise technique) que de coûts pour nos clients, notamment grâce à une équipe de près de trois cents développeurs et architectes informatiques au Canada. Nous souhaitons renforcer nos compétences en stratégie dans les domaines du business intelligence et de l'analyse des données. Par des recrutements d'experts en France, au travers d'acquisitions aux États-Unis. En termes de développement, nous tiendrons compte, cela va de soi, des demandes de nos clients comme Bombardier, Danone et L'Oréal, qui sont fortement présents en Asie. Globalement, nous voulons construire une société de quinze à vingt budgets internationaux.

En quoi le marché européen se distingue-t-il du marché nord-américain ?

J.-H.R.Le marché nord-américain est davantage tourné vers l'efficacité des sites. La primauté de l'image est une notion beaucoup moins importante qu'en Europe, et qu'en France en particulier. Nous pouvons d'ailleurs trouver un certain parallèle entre la façon dont la publicité est utilisée en Europe (image) et en Amérique du Nord (efficacité et produit). Ainsi, l'importance accordée à la navigation et à l'ergonomie est plus importante en Amérique du Nord, qui privilégie la simplicité et la rapidité d'utilisation à travers l'accès intuitif au contenu ou le faible poids des pages, par exemple. Techniquement, l'Amérique du Nord est souvent plus sophistiquée en termes de back-end, l'Europe, à l'inverse, davantage pour le front office. Simplicité et efficacité s'opposent à sophistication et innovation.

Comment voyez-vous l'évolution du marché français et ses enjeux pour demain ?

J.-H.R.Le marché français est en retard par rapport aux marchés nord-américains ou de l'Europe du Nord en termes de nombre d'internautes. Il présente donc moins de potentiel retour sur investissement pour les annonceurs. Pour autant, les sites français n'ont rien à envier aux sites américains en termes de créativité. Il leur manque cependant l'obsession de l'efficacité qui caractérise les annonceurs nord-américains. Chez Nurun, tout site d'importance mobilise au moins deux équipes, l'une composée de créatifs européens et l'autre de nord-américains. Nous jouons à fond sur la complémentarité des approches nord-américaines et européennes en matière de créativité et d'expérience utilisateur. Dans le premier cas, priorité est donnée à des ergonomies très allégées et très efficaces. Dans le second, à une grande sensibilité à l'image, à l'atmosphère et à la mise en scène de la marque.

Vous avez quitté Paris il y a deux ans pour vous installer à Montréal. En quoi la vie y est-elle différente ?

J.-H.R.Ce qui change surtout, c'est la qualité de la vie. Comme partout en Amérique du Nord, les gens arrivent tôt au bureau mais en partent tôt. On peut avoir une vie familiale et être chez soi à 19 heures. Il y a, en France, une culture du « rester tard ». Essayez d'organiser une réunion à 9 heures du matin ! Les Français travaillent beaucoup mais le temps perdu est important. Aujourd'hui, au Canada, quand on parle de stratégie, nos interlocuteurs baillent : ce qu'ils veulent, c'est de l'action et des résultats. Pragmatiques, ils vont au problème du jour. Les Européens ont tendance à refaire le monde à chaque fois. Les Nord-Américains, eux, ont une incomparable capacité à passer à l'action.

Envoyer par mail un article

Jacques-Hervé Roubert : « Il manque aux Français l'obsession de l'efficacité »

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.

Plus d’informations sur les agences avec les Guides Stratégies