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PRESSE

Un autre regard sur la guerre

18/04/2003

Le conflit en Irak a été l'occasion, pour les dessinateurs de presse, d'exprimer avec force un point de vue souvent décalé.

Pacifisme, antiaméricanisme, francophobie, critique des médias... Ces dernières semaines, les dessinateurs de presse se sont déchaînés dans les journaux du monde entier. La une du quotidien britanniqueThe Sun, représentant Jacques Chirac comme un ver, les portraits de George W. Bush en Oncle Sam menaçant ou en cow-boy terrifiant, sont encore dans tous les esprits.« Les dessins de presse sont toujours plus forts lorsque l'actualité est intense »,observe Anne Conseil, rédactrice en chef adjointe deCourrier international, qui publie une quarantaine de dessins chaque semaine. Mais ce n'est pas ce qui les distingue des images télévisées, photographies ou articles.« Dans un contexte difficile, en l'occurrence la guerre en Irak, ce qui fait l'originalité du dessin de presse, c'est qu'il prend d'emblée du recul, offrant un point de vue distancié par rapport aux communiqués de presse du Pentagone ou du ministère de l'Information irakien »,souligne Stephff, dont les oeuvres sont publiées dansCourrier international, mais aussi dans leKuwait Times, leGulf News(Arabie saoudite), ou encore leJakarta Post(Indonésie).

Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils échappent à la manipulation ou à la censure.« Les dessinateurs puisent leur inspiration dans les articles de journaux, les reportages, etc.,observe Stephff.Ils sont donc, d'un certain point de vue, encore moins indépendants que les reporters qui sont chaperonnés par des représentants de la dictature ou des militaires. »Mais par leur très grande liberté de ton, ils donnent l'impression qu'ils s'affranchissent de toute forme de pouvoir.« Leur grand avantage, par rapport aux autres journalistes, est qu'ils n'ont pas besoin de preuves,analyse Stephff.Ils peuvent tourner des dirigeants en ridicule, sans avoir à corroborer leurs propos par des faits. »Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les dessins paraissent, la plupart du temps, dans les pages réservées aux éditoriaux :« Les dessinateurs sont des commentateurs,rappelle Anne Conseil.Ils se contentent souvent de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. »

La carte de l'ironie

De fait, plutôt que de leur gouvernement ou du journal pour lequel ils travaillent, les dessinateurs sont des porte-parole de l'opinion publique. Éditeur d'un site Internet rassemblant toute une collection d'illustrations (http://cagle.slate.msn/ politicalcartoons), Daryl Cagle, dont les oeuvres paraissent dans une centaine de journaux aux États-Unis, n'en est pas encore revenu :« C'est la première fois que tant de dessins antiaméricains ont été publiés dans la presse des pays qui sont traditionnellement nos alliés. Et je ne parle pas seulement de la France et de l'Allemagne. La Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie ont eux aussi exprimé un fort antiaméricanisme. »Certes, le recours à la caricature empêche parfois les dessinateurs de dépasser les clichés.« Ils utilisent la plupart du temps des images simples et jouent la carte de l'ironie,analyse Jeff Danziger, dessinateur qui vit entre Francfort et New York.Ils ne brillent donc pas toujours par leur finesse. Ainsi l'image du cow-boy, qui revient très fréquemment dans la presse européenne et arabe pour dépeindre George W. Bush, n'a rien d'une insulte aux États-Unis. Elle est même plutôt flatteuse. »

Les dessinateurs de presse n'en ont pas moins un rôle important à jouer dans tous les pays. Aux États-Unis, ils ont la réputation d'être « libéraux » et font entendre un point de vue souvent dissonant par rapport à la ligne des journaux dans lesquels ils sont publiés.« Ils peuvent dessiner à peu près ce qu'ils veulent,juge Daryl Cagle.Même si tout ne passe pas, ils sont très libres. »Après dix années de collaboration, Art Spiegelman a même claqué la porte duNew Yorkeril y a quelques semaines, ce magazine étant devenu trop timoré à son goût vis-à-vis du gouvernement Bush.

Seul problème : le nombre de dessinateurs diminue.« Le système de vente par syndication permet aux journaux d'avoir accès à des dessins de plus en plus nombreux à des tarifs de moins en moins élevés »,explique Daryl Cagle. Le secteur de la presse étant très concentré outre-Atlantique, les dessinateurs parlent de « McDonaldisation » de leur profession : tout le monde se voit offrir partout les mêmes dessins.

En Algérie, certains dessinateurs ont payé de leur vie le ton irrévérencieux de leurs créations. C'est le cas de Brahim Guerroni Gebé ou de Saïd Mekbel. D'autres ont été contraints à l'exil, comme Melouah, qui vit désormais en France et a participé à l'organisation d'une exposition sur le thème « Quarante ans de bande dessinée et de dessin de presse algériens », à la Maison de la radio.« La flatterie est contradictoire avec le dessin de presse, qui se fonde sur la critique »,analyse Olivier Kaeppelin, conseiller pour le développement de la politique culturelle auprès de Jean-Marie Cavada, le patron de Radio France. À une tout autre échelle, en France, Plantu est l'un des rares collaborateurs duMondeà s'être élevé, suite à la publication du livre de Philippe Cohen et Pierre Péan la mettant en cause, contre la direction du quotidien. Une prise de position qui n'a guère été appréciée...

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