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Télévision

Irak : les chaînes françaises font leurs comptes

25/04/2003

À elles trois, TF1, France 2 et France 3 ont dépensé près de six millions d'euros pour couvrir la guerre en Irak. Une facture moins salée que prévu.

La guerre en Irak n'a pas été une mauvaise affaire pour les grandes chaînes de télévision. Tant sur le plan budgétaire que du point de vue de l'audience ou de la crédibilité journalistique, TF1, France 2 et France 3 font leurs comptes en mettant en avant leurs points forts. Respect des règles déontologiques, nouvel essor du reportage, maîtrise des dépenses, faibles conséquences publicitaires... Les paramètres sont nombreux pour juger, à chaud, des incidences du conflit.

Les coûts

France Télévisions s'en tient à une enveloppe globale de 2 à 4 millions d'euros, révélée par son président Marc Tessier, le 10 avril. France 3, elle, affine le chiffre en indiquant que la guerre lui a coûté« un peu plus de 1 million d'euros »,tout en précisant que sa rédaction nationale mobilise le tiers du budget de l'info de France 2. De son côté, Robert Namias, directeur de l'information de TF1, avoue un surcoût inférieur aux prévisions :« Nous avions provisionné 3 millions d'euros pour six semaines de conflit, et l'enveloppe des dépenses est inférieure à 2 millions d'euros avec quatre semaines de couverture. »Selon lui, la présence de moyens de diffusion privatifs comme le « digital video on Sat », indépendant des coûteux faisceaux satellites, le retrait rapide des envoyés spéciaux sur les pays limitrophes quatre à cinq jours après le début des hostilités et la maîtrise du temps d'antenne ont facilité une bonne gestion financière du conflit. Il n'en aurait certainement pas été de même en cas d'enlisement des troupes américaines. Robert Namias fustige, chez son principal concurrent, les« allongements de JT jusqu'à une heure et quart et la multiplication des émissions spéciales pour faire de la part de marché ».La chaîne privée a, quant à elle, rapatrié l'événement dans des journaux télévisés de taille normale dès le troisième jour des bombardements. Sa régie publicitaire n'observe« quasiment pas de conséquences du conflit, à la différence du 11 septembre »,et« très peu de reports ».France Télévisions Publicité, en revanche, reconnaît un manque à gagner de 1 million d'euros,« autant à cause d'écrans publicitaires non diffusés qu'en raison de corrections tarifaires liées à des décalages de programmes ».

Les audiences

À la différence de TF1(1), France Télévisions recueille les fruits de son investissement rédactionnel avec des parts d'audience en progression, à la fois pendant et après le conflit (lire le tableau). Autant la Une a relâché sa couverture après la prise de Bagdad, la capitale irakienne, autant le service public, lui, a maintenu sa présence :« Ce n'est pas au moment où on découvre la réalité du pouvoir de Saddam Hussein, avec ses geôles, son luxe et ses charniers, que l'on ne va plus s'intéresser à ce qui se passe »,explique Hervé Brusini, directeur de la rédaction nationale de France3. Selon lui, le conflit a vu« la restauration de la figure du reporter et du contrat de confiance entre les citoyens et les journalistes, qui avaient été plus que meurtris pendant la guerre du Golfe ».

La couverture journalistique

Dominique Baudis, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, juge la couverture journalistique très satisfaisante.« Jamais les téléspectateurs n'ont été aussi complètement informés sur un conflit,indique-t-il àStratégies. Les télévisions ont beaucoup veillé à ne pas les manipuler. Elles ont souvent employé le conditionnel, indiqué leurs sources et dit le contexte dans lesquelles les images étaient tournées. »Le fait que les deux belligérants aient autorisé les médias à suivre l'événement a permis, selon lui, d'avoir un aperçu des deux réalités. Les chaînes ont-elles déjà tiré quelques leçons ? Outre l'accroissement d'antenne, Robert Namias s'interroge sur l'exploitation des images violentes dans les JT, comme celles du petit Ali, victime d'un bombardement américain. Hervé Brusini, lui, met d'abord en évidence le travail de terrain réalisé :« On a été à Bagdad sous les bombes, on a senti la peur et on a cherché à expliquer les conditions de réalisation des sujets en supprimant les voix off. »Seules questions en suspens selon le patron de l'info de France 3 :« Le floutage des prisonniers américains alors que les détenus irakiens n'avaient ému personne, l'évaporation de la figure du dictateur à travers la multiplication de ses sosies »ou encore la couverture des tirs américains contre l'hôtel Palestine, rempli de journalistes. Si on doit à une télévision française, France 3, les images du char ouvrant le feu, l'importance donnée à l'événement n'a rien eu de commun avec ce qu'il en a été en Espagne où l'on déplore la mort d'un cameraman.« C'est compliqué,conclut Hervé Brusini,car si vous ouvrez le journal dessus, on peut vous dire que vous ne prenez conscience de la mort que quand il s'agit de confrères... »Corporatisme ou réalisme ?

(1) TF1 passe pour son 20 Heures d'une part d'audience moyenne 15 ans et plus de 41,1 % (du 1er au 19 mars) à 40,5 % (du 20 au 31 mars).

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